INTERVIEWS EXCLUSIVES DE RACHED GHANNOUCHI MONCEF MARZOUKI ET MOHAMED MOUADA Le Parti socialiste français met en garde l'Etat-RCD Réactions officielles à Tunis Corruption - Jeu de 7 Familles LES DOUZE GLORIEUSES DE LA MARSA " PREMIERE DRAME " DE TUNISIE |
Sommaire Editorial : " Zinosevic pour l'éternité ! "Mieux vaut le dire Le Parti socialiste français met en garde le RCD Interview exclusive avec Rached Ghannouchi Jugeons-les ! Interview exclusive avec Mohamed Mouada Interview exclusive avec Moncef Marzouki Mohamed Charfi s'exprime sur Le Monde Les prisonniers français écrivent des geoles tunisiennes Affaire Kallel : interview de Abdennacer Naït-Liman Mohamed Masmoudi, défenseur d'un régime policier unaniment contesté Agression de la journaliste Souhayr Belhassen Arrestation de cinq tunisiens en Italie Bourguiba un an après Droits de l'homme Opinion Opinion et actuel Presse internationale La Plume déchaînée |
"Zinosevic
pour l'éternité !"
Ill y a quelques mois, "L'Audace" faisait des révélations au sujet de la confection de tee-shirts sur lesquels étaient imprimés la photo du Général Ben Ali avec la légende "Ben Ali, Président à vie", à l'inititative du RCD. Nous avions alors subi des critiques de toutes parts mettant en doute la véracité de nos informations. Aujourd'hui, c'est chose faite puisque ces tee-shirts circulent déjà avec, comble de l'ironie, la mention "Ben Ali pour l'éternité"...
Nous ne savons pas encore ce qu'en penserait Slaheddine Maaoui, ce nouveau ministre ventriloque d'un Zinosevic aux abois et plus que jamais menteur.
A ce sujet, l'opposition aurait beau jeu d'affirmer que, n'étant pas encore en 2004, sa 4eme candidature anticonstitutionnelle et refusée par tous, est plus du domaine de l'hypothèse probable que du certain, et que, de ce fait, "wait and see". Ce raisonnement peut s'avérer fatal car Ben Ali a déjà un pied au delà de 2004. "Le clan des Zinoseviciens" n'attend pas et oeuvre déjà à l'implantation de Ben Ali "pour l'éternité". Les affirmations récentes de Cheikh Rached Ghannouchi selon lesquelles Ben Ali allait annoncer le référendum qui le plébisiciterait dès le 20 mars dernier mais qu'il y a renoncé in-extremis à cause des divers communiqués et pétitions qui ont précédé son discours, bien que non encore vérifiées, semblent les plus proches de la vérité.
Dans les interviews qu'ils livrent exclusivement à "L'Audace", trois opposants tombent d'accord sur l'exécrable état des lieux dans notre pays et sur la nécessité impérieuse d'empêcher Ben Ali de se représenter une quatrième fois.
Alors, qu'attend-on? Et que fait-on pour coordonner l'action salvatrice? Nous avons l'impression que les querelles de leadership sont en train de submerger l'action efficace. Ce qui s'avèrera, à moyen terme, une grande erreur d'appréciation.
Car si les ambitions légitimes de chacun sont compréhensibles, il ne faut pas que la pluralité soit un élément de paralysie...
Ben Ali est certes secoué, mais il est loin d'être parti. Son régime, quoique fragilisé, est encore debout et dispose d'énormes moyens humains, matériels et financiers. Sa police, quoique de plus en plus récalcitrante, sait gré à Ben Ali de lui avoir accordé des privilèges dont elle n'a pas rêvé sous Bourguiba et auxquels elle n'ose pas prétendre sans lui.
La balle est plus que jamais aujourd'hui dans le camp de l'opposition. Sa restructuration en marche ne doit pas être freinée par les velléités de leadership ou de réglements de comptes personnels qui ne réussiraient qu'à donner la preuve par neuf de son irresponsabilité.
Dans d'autres contrées, le régime dictatorial de Zinosevic serait tombé depuis longtemps déjà car il ne tire sa force que de l'éparpillement et de la faiblesse de sa véritable opposition. Or, celle-ci est aujourd'hui soutenue et gagne de plus en plus la sympathie des forces démocratiques à travers le monde. Il n'est qu'à voir le dernier communiqué du Bureau national du Parti socialiste français menaçant de rompre avec le RCD, entraînant avec lui dans sa démarche le Parti socialiste européen et l'Internationale socialiste, pour s'en convaincre et croire qu'universellement les démocrates sont exaspérés par le discours et la méthode de Ben Ali et de ses complices.
Il faut surtout songer aujourd'hui à ne pas dilapider les points gagnés par tous les combattants de la liberté et tous ceux qui ont sacrifié leur vie pour que le peuple tunisien accède à la citoyenneté.
L'affaire Ben Brik, la mort de Bourguiba, mais aussi l'ouvrage "Notre ami Ben Ali", la tentative d'assassinat du journaliste Ryadh Ben Fadhl, les agressions quotidiennes contre les défenseurs des droits de l'homme, dont la dernière en date est celle de la journaliste et écrivain Souhayr Belhassen, le samedi 14 avril à son retour de Paris, les mensonges répétés de Ben Ali et de son pouvoir, la corruption, le chômage, le trop sécuritaire vecteur d'insécurité, tout cela devrait permettre à l'opposition de resserrer ses rangs et de considérer, comme le dit Moncef Marzouki, que "la Tunisie a déjà un pied dans la démocratie".
A elle de se souder et de laisser aux vestiaires ses différences idéologiques ou de personnes.
Pour que "Zinosevic" ne règne pas pour l'éternité... Et pour qu'une rue mal encadrée ne prenne pas les devants, provoquant par son action téméraire et spontanée, l'accession au pouvoir d'un autre flic inculte, pour encore deux décénnies...
Slim Bagga
MIEUX VAUT LE DIRE : JEU DE 7 FAMILLES
MIEUX VAUT LE DIRE : POLITIQUE
La cabale de Hamadi Ben Said
Ce n'est pas la première fois que le journaliste Hamadi Ben Saïd engage une cabale contre Ben Ali, Abdelwaheb Abdallah et le régime du RCD. Rappelons-nous, en 1998, il avait attaqué le porte-parole du Général-président (" L'Audace " nÁ42-43), alors qu'en filigramme se trouvait une affaire bassement politique.
Aujourd'hui, Hamadi Ben Saïd est signataire du Manifeste des 93, tout comme Mohamed Charfi. Pourquoi ?
Hamadi Ben Saïd a été nommé représentant de l'UPI (Union de la presse internationale) à Tunis et Carthage a refusé sa nomination. Au bout de quatre mois d'attente, il dut rebrousser chemin et rentrer à Paris o* il entama une cabale médiatique contre le régime tunisien. Hamadi Ben Saïd est donc aujourd'hui un démocrate. Bienvenue au club...
Dépôt de plainte contre Ben Ali
Jeudi 12 avril, Tarek Maaroufi, Tunisien d'origine et citoyen belge, a déposé une plainte contre le président Ben Ali, auprès du procureur du Royaume à Bruxelles
Tarek Maarouki considère qu'il a été victime d'une machination de l'Etat tunisien dans l'affaire chimérique du bombardement de l'ambassade des USA à Rome en Italie.
Papiers, s'il vous plait... ou pas
De plus en plus, le régime policier s'acharne à isoler Moncef Marzouki. Tous ses visiteurs à son domicile à Sousse sont contrôlés.
Ainsi, lundi 9 avril, par exemple un couple d'amis et leurs deux enfants adolescents ont rendu visite au professeur Marzouki et ont été contrôlés à leur sortie.
C'est à n'y plus rien comprendre
" Le Monde " du 28 mars 2001 qui publiait une interview de Mohamed Charfi, a été censuré en Tunisie. Quoi de plus prévisible ? Mais l'insolite dans cette affaire, c'est qu'après avoir obtenu l'autorisation de "qui de droit ", les quotidiens " Essabah " et " Le Temps " ont reproduit deux jours plus tard de larges extraits de cet entretien. Ce qui m'empêcha pas la police de ramasser ces quotidiens dans les kiosques...
Mécontentement au ministère de l'Intérieur
A la suite des déclarations de Slaheddine Maaoui, ministre des "non-droits de l'homme" du régime de Zinosevic concernant les violences policières exercées à l'encontre des militants et des défenseurs des droits de l'homme, violences qu'il attribue à certains policiers trop zélés " qui ont été sanctionnés ", des voix se sont élevées au ministère de l'Intérieur pour contester ces accusations.
Tout le monde sait, en effet, que les violences, les insultes, les interrogatoires musclés, etc.. sont décidés en plus haut lieu...
Avertissement
Toujours dans le cadre des violences, les Autorités françaises ont prévenu les responsables tunisiens en France, que désormais ils n'hésiteront pas à interpeller les barbouzes du RCD qui se pointeraient à chaque meeting et à chaque manifestation organisées légalement par l'opposition sur le sol français.
En effet, à chaque rassemblement de l'opposition, une horde de voyous et de gangsters occupent le lieu, menacent, injurient et chahutent fortement pour faire capoter la manifestation.
Ces mercenaires pourront même être expulsés de France dans l'avenir.
Un Etat-voyou averti en vaut deux...
Un ministre grande gueule
... Mais cela ne semble pas impressionner outre mesure le nouveau ministre de la Défense nationale, Dali Jazy qui lors du dernier week-end de mars, présidant une réunion au siège de la barbouzerie tunisienne en France, 36 rue Botzaris, a fait la déclaration suivante : " Ils n'ont qu'à aller se faire foutre ". "Ils", ce sont bien sur Robert Ménard de RSF, nommément cité, les responsables des ONG internationales en France, et peut-être bien l'Etat français soucieux de ne pas connaître de vagues et d'agressions sur son sol.
Et le ministre d'ajouter que la cabale contre la Tunisie et son régime est le fait d'un complot "de francs maçons et de prostituées". Tiens donc !
De l'avis même de nombreux destouriens présents, ces propos sont carrément choquants, surtout qu'ils sortent de la bouche d'un ministre qui fut autrefois l'un des fondateurs de la Ligue des droits de l'homme en Tunisie et responsable dans un parti d'opposition, le MDS.
Précision
Dans notre dernière édition p25. une grossière erreur a glissé dans un fait relatant une enième arnaque de Slim Chiboub. Ce n'est pas " M. Chammari " qui obtenu la licence d'exploitation des " Mac Donalds " mais plutôt le gabésien Bouchamaoui. Nous nous excusons auprès de notre ami Khemaïs Chammari.
Vols et arnaques d'appartements par des voyous au service de l'Etat
On a longuement épilogué, sur ces colonnes, de la nouvelle Cité olympique de Radès, qui accueillera les Jeux Méditerranéens cet été 2001.
Le super gendre de Ben Ali, Slim Chiboub, s'est engraissé un peu plus... (vive la commission!)
Grace aux budgets afférents à ces Jeux, grâce aussi au budget de l'Etat, des appartements ont poussé comme des champignons face à la nouvelle Cité olympique pour accueillir les différentes délégations sportives étrangères.
L'on sait aujourd'hui que ces appartements ont déjà de nouveaux propriétaires proches de la Nomenclature et qu'ils seront occupés dès le départ des délégations.
A titre d'exemple, l'ancien patron des RG mis en réserve au service du RCD, Hassen Abid alias "Si Hamadi" alias "Hamadi boukerche" (gros ventre), dispose déjà de deux appartements dans la Cité. Rappelons que ce sinistre tortionnaire a été mis à la retraite par Ganzoui à la suite de la communication téléphonique entre la radio RFI et Hamma Hammami, l'homme le plus recherché de Tunisie, à partir d'une cabine de La Marsa, et à la suite d'une filature de son épouse, Radhia Nasraoui, qui parvint à piéger la police alors qu'elle se rendait chez des parents dans la région agricole de Mornag.
"Hamadi boukerche" n'est pas le seul puisque d'autres proches du système, dont nous vous révèlerons bientot les noms, sont a-(ou in) quisiteurs de ces appartements.
Sting et Cheb Mami cautionnent le rŽgime tunisien !
Alors que le Parti socialiste francais vient de menacer de rompre toute collaboration avec le RCD, parti du GŽnŽral-prŽsident au pouvoir en Tunisie depuis plus de 13 ans, et responsable des actes de torture et de corruption dans ce pays, Sting et Cheb Mami se prŽparent ˆ se produire en conncert "gratuitement". C'est en tout cas ce que pense le peuple tunisien. Sting et Cheb Mami verseront leus bŽnŽfices au 26-26, Caisse de solidaritŽ gŽrŽe directement par le prŽsident Ben Ali, dans une opacitŽ totale.
Les deux chanteurs qualifiŽs d'engagŽs ignorent-ils ce qui se passe dans ce pays, des atteintes aux libertŽs d'expression et d'association aux agressions quotidiennes des militants des droits de l'homme ?
Sting est-il toujours reprŽsentant d'Amnesty International ou a-t-il rompu son engagement pour une poignŽe de dollars ?
Un appel de Salah Karker
Dans un communiquŽ datŽ du 07/04/2001, le reclus de Digne-les Bains Salah Karker, arbitrairement assignŽ ˆ rŽsidence depuis 8 ans, lance un cri d'alarme concernant d'abord les prisonniers politiques en Tunisie qui ne seraient pas, selon ce communiquŽ, traitŽs par l'opposition comme il se doit. En outre, il pose la question au Mouvement dont il est issu, Ennahdha, et l'interpelle au sujet de son cas.
InterrogŽ par "L'Audace", Salah Karker nous affirma que : "J'attends de l'opposition en gŽnŽral et d''Ennahdha en particulier qu'ils s'intŽressent ˆ mon cas. Cela fait huit ans que je suis loin de ma famille. J'ai parfois l'impression que tout le monde semble s'y plaire et fait avec. J'espre me tromper."
PŽtition
Une pŽtition circule ˆ Tunis et a dŽjˆ rŽcoltŽ 225 premires signatures en faveur de Khedija Cherif, vice-prŽsidente de la LTDH. Parmi les signataires, des hommes qu'on ne pouvait souponner il y a quelques jours de "dŽsobŽissance" ˆ Ben Ali.
Tortionnaires (suite)
Les trois tortionnaires en question citŽs dans le rapport du Conseil national pour les libertŽs s'appelent Jamel Habassi, Amor Habibi (alias Okka) et Mohamed Sinaoui.
Le prisonnier amputŽ est un dŽtenu de droit commun et non pas un islamiste comme mentionnŽ plus haut.Suite ˆ maltraitements, cette jeune personne ˆ ŽtŽ amputŽe des deux jambes en juillet dernier.
Ben Ali veut montrer qu'il donne l'exemple en sanctionnant trois tortionnaires sous ses ordres. Tu parles...
"Zé suis Pablo"
C'est le sinistre agent du pouvoir Sayed Hadaji qui le raconte : " Mon ami Mezri Haddad m'a confié qu'il avait mis en demeure le porte-parole du Président Abdelwaheb Abdallah et son directeur de Cabinet Abdelaziz Ben Dhia, sur le fait qu'il fallait impérativement neutraliser Slim Bagga et Tarek Bechraoui". Pour une fois, nous osons croire aux propos de Hadaji, l'attitude de Mezri Haddad envers le Général-président aidant.
Commentaire : nous trouvons particulièrement affligeants que Tarek Bechraoui, autrefois ennemi acharné de ce Mezri-là, soit comparé aujourd'hui au journaliste qui fut "officiellement" son ami des années durant.
Que peut nous inspirer cet énième volteface?
D'abord il faut savoir que dès 1995, Mezri Haddad avait promis au défunt "Noureddine Hafsi", patron à l'époque de la barbouzerie à Paris, auteur incontestable mais non encore avéré des agressions contre Mondher Sfar et Ahmed Manaï, qu'à travers l'aide qu'il lui fournirait pour la création de "La voix de l'Audace", "L'Audace" disparaitrait. Parce qu'il en serait "le Père, la Mère, le Créateur, ..." Il lui a fallu six mois pour accoucher de deux numéros avant de réviser sa leçon et de revenir quémander un poste de directeur de rédaction à "L'Audace" mère...
Entre temps, il avait floué ses anciens amis et par là même, le régime dont il voulait se rapprocher. Ainsi, le numéro un de "La voix de l'Audace" aurait-il été financé par des Tunisiens outre Manche et des mercenaires au pouvoir à Paris.
Au bout de deux échecs, il fut l'un des premiers à colporter de fausses affirmations non seulement sur Slim Bagga, mais sur des personnes qui lui ont offert le gîte et le couvert.
Ainsi par exemple, en 1997, alors que nous le croyions encore ami de "L'Audace", qu'il dit d'une manière impertinente avoir créée,"Merzi" Haddad alla raconter à Noureddine Hafsi, à Luc Sommère et à Saied Hadaji que si "L'Audace" avait un retard de parution, c'était parce que le Comité de censure d'Ennahdha, composé d'Habib Mokni et de Ridha Driss, était aux abois face à l'interview du Cheikh Ghannouchi accordé à "L'Audace" à Bruxelles. Il était le seul à connaitre le lieu du rendez-vous, "Les Masques" nous ont révélé l'amitié, et même plus encore, la poids de la délation. Nous reviendrons bien sûr sur d'autres faitsincontestables concernant cette girouette.
Mais en attendant, parlons du Portugais Pablo.
Mezri Haddad a toujours reproché au véritable fondateur de "L'Audace" d'avoir été élevé, selon ses dires, "dans le coton" et s'insurgeait contre le fait que, fils de postier, il gagnait son argent de poche en lavant les parebrises dans les stations services du Kram, ce qui, à notre avis, devrait plutôt le rendre fier et non pas maladivement jaloux.
A Paris, Pablo Haddad continua à se consacrer (et cela est l'éléverait moins) à laver les carreaux, à laver les tapis de tel ancien ministre corrompu, à faire le chauffeur de telle personnalité défenseur des droits de l'homme avant qu'il ne le trahisse, etc...
Serpent sans venin, parce qu'il faut rendre au serpent sa dignité, il se consacre aujourd'hui à de basses besognes et dit à qui veut bien l'entendre qu'il a prévenu Moncef Marzouki, qu'il a mis en garde le Dr Ben Jaafar et que s'il y a problème, quelque part avec quelque opposant, c'est lui qui le résoudrait, en réaffirmant sans vergogne qu'il avait obtenu le passeport de Mohamed Mzali et le retour à Tunis de Ahmed Ben Salah.
Mythomane il fut, mythomane il restera... Paroles de Abdelwaheb Abdallah. Nous nous réservons cependant le droit d'évoquer encore ce sinistre personnage classé parmi les sinistres délateurs du pouvoir en évoquant tout prochainement comment, en pleine affaire Taoufik Ben Brik, il écrivait au Président en lui suggérant que ce qui se passait en avril dernier en France, en Tunisie et en Algérie du fait de cette grève de la faim internationalement médiatisée, n'était somme toute qu'un complot de la juiverie et de la franc-maçonnerie.
Mezri Pablo a intérêt à réfléchir.
C'est un dernier conseil de la part de celui qui ne sera plus jamais son ami.
Son supérieur hiérarchique
Slim Bagga
Le Parti socialiste français prend position
C'est l'heure de vérité
Trop, c'est trop. Le Parti socialiste français vient de lancer une sorte de mise en demeure au RCD de Zine El Abidine Ben Ali. Sans commenter davantage le communiqué, ni les réactions du Bureau politique du Parti-Etat tunisien, les démocrates tunisiens peuvent se féliciter de ce premier geste symbolique des démocrates français avec l'espoir qu'il sera suivi par les parlementaires du PSE et de l'Internationale socialiste...
Le 10 avril 2001. François Hollande, premier secrétaire, a reçu Mustapha Ben Jaafar, porte-parole du Forum démocratique de Tunisie. Après un échange approfondi sur la situation en Tunisie, ils ont décidé de développer la coopération entre le Parti socialiste et le Forum démocratique.
A l'occasion de cette rencontre, le Bureau national du Parti socialiste tient à affirmer un certain nombre de positions à propos des évolutions politiques récentes qu'a connues la Tunisie. Depuis l'été 2000, les Autorités tunisiennes ont incontestablement durci leur attitude : la Ligue tunisienne des droits de l'homme, qui fut la pionnière respectées des Ligues dans le Monde arabe, est aujourd'hui paralysée et les personnalités regroupées autour du Forum démocratique et du Conseil national des libertés ne peuvent agir librement.
Le Parti socialiste a multiplié ces dernières années les contacts et démarches avec le RCD, parti au pouvoir, pour demander des mesures concrètes d'ouverture, notamment :
-le plein exercice des libertés politiques, y compris la reconnaissance légale des forces démocratiques ;
-la libération de tous les prisonniers d'opinion ;
-la garantie d'une réelle liberté de la presse.
Cependant, la pratique a plutôt montré ces derniers mois une régression dans tous ces domaines.
En conséquence, le Parti socialiste
1-réaffirme son amitié profonde avec le peuple tunisien et son attachement à un partenariat politique, économique et culturel fécond et durable entre la France et la Tunisie;
2-déclare qu'il ne pourra désormais entretenir de relations normales avec le RCD tant que la Ligue des droits de l'homme et les Organisations démocratiques seront en pratique réduits au silence, quels que soient les prétextes juridiques avancés ;
3-considère que le Forum démocratique et le Conseil national des libertés comme un de ses partenaires essentiels en Tunisie et demande leur reconnaissance par l'Internationale socialiste et le Parti des socialistes européens ;
4-souhaite organiser, avec les autres partis membres de l'IS et du PSE, une mission indépendante afin de rencontrer sur place toutes les forces politiques, associatives et syndicales.
Réaction du bureau
politique du RCD
Le parti au pouvoir en Tunisie
s'insurge contre ''l'immixion'' du PS francais
Le Rassemblement constitutionnel démocratique tunisien (RCD, au pouvoir) a qualifié vendredi soir d'''inacceptable'' l'attitude adoptée à son égard par le Parti socialiste français à son égard, dénonçant une ingérence dans les affaires intérieures du pays.
Mardi dernier, le Bureau national du PS avait indiqué, dans un communiqué publié à Paris, qu'''il ne pourra désormais entretenir des relations normales avec le RCD '' tant que la Ligue des droits de l'homme et les Organisations démocratiques seront en pratique réduits au silence'' en Tunisie.
Dans une réaction parvenue à l'Associated Press, le RCD a exprimé son ''regret" et son ''indignation'', estimant que cette prise de position du PS ''constitue un précédent insolite et inacceptable''.
Le Bureau politique du RCD a jugé que ''le Bureau national du PS français s'est tout simplement immiscé dans les affaires intérieures d'un pays indépendant et souverain''.
Considérant que le communiqué du PS, ''rédigé en termes de menaces et de chantage a peine voilés, rappelle une époque depuis longtemps révolue'', la direction du parti tunisien note que le PS ''se trompe visiblement d'époque et de pays''.
''Seul le peuple tunisien est en mesure de décider de ce qui lui convient, sans se préoccuper des humeurs de donneurs de lecons'', souligne encore le parti du président Zine El Abidine Ben Ali, faisant valoir que le pays progresse ''sur la voie démocratique''. (AFP)
CARTES SUR LA TABLE AVEC
RACHED GHANNOUCHI :
" Ennahdha ne présentera pas de candidat à la présidentielle... "
Un Congrès tant attendu, une situation de blocage en Tunisie, beaucoup de bruit dans le landerneau politique au sujet d'Ennahdha, un communiqué co-signé par le président légitime du MDS, Mohamed Mouada...
Autant d'explications de Cheikh Rached Ghannouchi qui répond, comme tous les ans, exclusivement à "L'Audace", dans un ton qui ne plairait pas à certains, qui ne rassemblerait pas tous, mais qui a au moins l'avantage de la sincérité.
"L'Audace" ne prend pas ici position sur les affirmations de Rached Ghannouchi ni sur celles qui figurent dans les pages suivantes.
Nous nous contentons de reproduire en toute honnêteté les affirmations des uns et des autres, qui se recoupent pour l'essentiel.
Celui-ci étant pour nous que l'opposition sorte définitivement de son opposition et mette le cap sur l'après 2004.
" L'Audace " : Quoi de neuf chez Ennahdha à l'issue de la tenue de votre dernier Congrès qui était si attendu ?
Rached Ghannouchi :
Ce fut un événement pour le Mouvement. Comme d'habitude, ce Congrès a fixé les nouvelles orientations politiques, renouvelé les organes institutionnels et élu la nouvelle direction. Traditionnellement, nous le tenions tous les trois ans. Mais celui-ci n'a pu être tenu qu'après plus de cinq ans, essentiellement à cause des conditions politiques et sociales dans lesquelles vit la Tunisie. Ce retard s'explique aussi par le souci de nous donner le temps de débattre profondément des différentes questions posées.
Après avoir passé en revue le bilan financier du Mouvement et débattu de la gestion de sa direction sortante, le Congrès a étudié trois motions: l'une générale, la seconde politique et la troisième organisationnelle.
La première motion a fixé le cadre, les principes essentiels qui guident la politique du Mouvement à savoir l'attachement à l'identité arabo-musulmane dans la conception du mouvement réformateur, l'attachement à la démocratie en tant que moyen de gouvernement, d'opposition et de résolution des problèmes politiques et idéologiques au sein de la société. Contrairement à certains partis islamistes, Ennahdha ne considère pas que la démocratie est un péché. Nous avons aussi appelé à la pacification et réaffirmé notre rejet de la violence, d'o* qu'elle vienne (du pouvoir ou de l'opposition, qu'elle soit d'ordre physique, matériel ou idéologique). Je rappelle toutefois que la violence en Tunisie a pour origine l'Etat qui gouverne par la force et l'exclusion.
Tout le monde, au sein du Mouvement Ennahdha, s'accordait à dire que notre pays vit une grave crise et qu'il a besoin d'une réconciliation globale : une réconciliation entre l'Etat et la société, entre les décideurs et les divers acteurs politiques, économiques et sociaux dans la société. Je précise que l'Etat ne signifie pas Ben Ali mais l'entité politique à ses divers échelons. Par exemple, l'on peut aisément constater qu'en Tunisie, le citoyen a peur du policier, il est carrément son ennemi ; alors que dans une démocratie, le policier rassure plutôt le citoyen.
Au sein du Mouvement, il y avait deux thèses essentielles quant à l'attitude à prendre vis-à-vis du pouvoir. On en a débattu démocratiquement au sein du Congrès...
Quelles sont-elles ?
Rached Ghannouchi. :
Certains considéraient que ce pouvoir ne plie que sous la pression, et qu'il fallait par conséquent tout mettre en ìuvre, hormis la violence, pour que la rue bouge, pour mettre à nu le pouvoir et l'obliger à reculer ou à faire d'importantes concessions.
D'autres considéraient qu'il fallait parallèlement à la pression chercher à dresser des ponts, à établir une sorte de liens avec le pouvoir pour essayer de mettre un terme au bras de fer, avec le souhait que cela se concrétise par la libération des prisonniers islamistes. Cette thèse avait donc pour vocation de rassurer le pouvoir.
Le Congrès a tranché en faveur de la première position.
Une autre décision importante a trait à la fin de l'activité clandestine ou plutôt semi clandestine, dans la mesure o* le MTI et puis Ennahdha sont connus depuis 1981. Cependant, le Congrès a cette fois décidé d'exercer l'action politique dans la plus totale transparence.
Mais alors pourquoi vingt années de semi-clandestinité ?
Rached Ghannouchi. :
Vous savez, l'activité politique clandestine nous a été imposée par la réalité. Nous avons toujours frappé à la porte de la loi, et le pouvoir nous a toujours répondu par la répression et l'emprisonnement. Ainsi en fut-il en 1981 lorsqu'on jeta 500 de nos membres en prison, puis en 1985 avec 10000 emprisonnements et sous Ben Ali avec 30 000, avant de transformer toute la Tunisie en une immense prison. Mais la clandestinité engendre, par ailleurs, plusieurs maux. C'est pour cela que nous disons aujourd'hui plus que jamais aux membres d'Ennahdha, même en Tunisie, d'agir et de se conduire à visage découvert, en toute transparence. C'est ainsi que nous imposerons l'obtention de nos droits. De ce fait, cette position est plutôt offensive. Après tout, ce n'est pas nous qui sommes hors-la-loi, mais le régime lui-même qui gouverne contre la justice et l'équité.
Enfin, pour revenir à cette première motion d'ordre général, nous avons réaffirmé lors de ce Congrès le caractère populaire de notre Mouvement. Ennahdha a confiance dans le peuple et le considère comme la fin, le but du changement. Il en est aussi la force et il en est capable dès lors qu'il trouve la direction qui lui fait confiance et qui parie sur lui. (Voir encadrés pour les motions politique p11 et organisationnelle p12).
Si Ben Ali décidait de rester au pouvoir au delà de 2004, quelle stratégie envisageriez-vous d'adopter ou de proposer en commun à l'opposition ? Quel mot d'ordre donneriez-vous à vos partisans ?
Rached Ghannouchi. :
Le Congrès a décidé de rejeter une nouvelle candidature de Ben Ali en 2004. Ce dernier, dont la seule légitimité, a été de mettre fin à la Présidence à vie, doit respecter ses engagements et la Constitution. La Présidence monarchique est un scandale pour la Tunisie et en totale contradiction avec les règles démocratiques. Donc, Ben Ali doit au moins respecter les lois qu'il a lui-même instaurées.
S'il décide de rester malgré tout, nous appellerons à la création d'un Front national constitué des partis crédibles, des Organisations de défense des libertés et des Organisations syndicales et professionnelles pour imposer le respect de la Constitution. De toutes manières, je crois sincèrement qu'il lui sera inutile de s'engager dans un référendum ou de faire décréter son quatrième mandat par une mesure parlementaire. Cela n'a plus aucun sens, car tout le monde a été habitué aux élections truquées.
Et si miraculeusement il partait, quels seraient vos projets pour 2004 ?
Rached Ghannouchi :
Dans cette étape intermédiaire, le Mouvement a décidé de ne présenter aucun candidat. Nous nous désisterons de notre droit à la concurrence politique. Nous participerions peut-être à un gouvernement d'Union nationale, mais pour ce qui est de la Présidence, nous nous limiterons à soutenir tout candidat qui soit parrainé, cautionné par l'opposition, et à la condition bien sûr qu'il ne soit pas un éradicateur.
Il y a tout juste un an, à l'occasion de la mort du président Bourguiba, vous aviez publiquement refusé sur " El Jazira " de souhaiter paix à son âme. La population tunisienne en a été choquée. Aujourd'hui, certains estiment que deux personnes sont sorties perdantes de la mort de Bourguiba : Ben Ali pour la manière dont il a organisé ses funérailles et vous-même pour les propos que vous avez tenus. Avez-vous changé d'avis depuis?
Rached Ghannouchi :
Je ne peux pas oublier qui était Bourguiba. Il a agressé les sentiments religieux du peuple, et cela n'y change rien. Il a fermé la mosquée Ezzeitouna qui était la plus importante institution culturelle du pays, et cela n'y change rien. Il a publiquement appelé les Tunisiens à ne pas faire le carême pendant le mois de Ramadan, et cela n'y change rien. Il fut un dictateur, et cela n'y change rien.
D'autre part, regardez ce qu'a légué Mandéla à son pays et ce qu'a légué Bourguiba à la Tunisie. Enfin, il faut savoir que la formule " Que Dieu l'accueille dans sa vaste miséricorde " a un sens bien précis. Elle signifie que celui qui la prononce se pose en intermédiaire entre Dieu et le mort. Comment puis-je être un intermédiaire entre Dieu et Bourguiba ?
Parlons, si vous le permettez, du communiqué que vous avez co-signé avec Mohamed Mouada, le président légitime du MDS. Il y a eu beaucoup de bruit dans le landerneau politique à ce sujet. Certains ont considéré qu'il était précipité, d'autres vous ont reproché d'avoir voulu les brusquer en ne les consultant pas avant de prendre cette initiative, etc... Que s'est-il passé au juste?
Rached Ghannouchi :
D'abord ce communiqué ne sera pas le dernier. Ce n'est qu'un premier pas. Mohamed Mouada nous a rencontrés et, à la fin de la discussion, nous sommes tombés d'accord sur de nombreux points. On a alors pensé mettre cela noir sur blanc et on a rédigé ce communiqué commun. On en fera d'autres et avec d'autres partenaires politiques. Mais ce qu'il faut savoir, c'est qu'avant de le signer, nous l'avons soumis à toutes les autres parties de l'opposition, et personne n'a eu rien à dire sur le fond. Nous aurions souhaité qu'il comporte plus de signatures, cela ne s'est pas fait, mais je demeure convaincu que cela viendra à l'occasion d'autres initiatives.
Ce communiqué, sachez-le une fois pour toutes, n'était pas une déclaration d'alliance, mais un pas sur la voie de la rencontre du plus grand nombre. Je ne comprends pas tout ce tapage et à qui il profite. Rappelez-vous : Ennahdha avait bien soutenu la Conférence nationale organisée par Néjib Chebbi en juillet dernier. Mouada y a participé, et nous l'avons considérée comme une initiative positive.
Mais alors par quoi expliquez-vous certaines réticences ?
Rached Ghannouchi :
Certains pensent qu'il est encore tôt pour signer avec Ennahdha ou pour prendre des initiatives communes avec telle ou telle personnalité de l'opposition.
Quelle devrait être, selon vous, la stratégie de l'opposition pour les mois à venir ?
Rached Ghannouchi :
L'opposition doit se rencontrer et s'unir. Et je suis persuadé que cela va se faire. En fait, il y aura deux oppositions : la première, démocratique avec son aile laïque et son aile islamiste, combattra la dictature, militera contre l'exclusion ; la seconde opposition est éradicatrice et ses thèses verseront fatalement dans celles du pouvoir.
Prenons par exemple Mohamed Charfi. Nous aurions souhaité qu'en se démarquant du pouvoir, il fasse son mea culpa. Mais en affirmant qu'il ne se rencontrera jamais avec les islamistes, il se comporte en adepte de l'exclusion. En d'autres termes, je dirais que c'est son droit de ne pas nous rencontrer mais il n'est pas de son droit de nier notre existence et nos droits.
En revanche, un homme comme Hamma Hammami, qui est victime d'une énorme injustice et dont nous défendrons toujours les droits, participera sûrement à un Front national avec beaucoup d'autres. J'en suis persuadé.
Ben Ali a indéniablement reçu un coup de semonce ces derniers mois. Il est fragilisé. Mais peut-on dire que le système est quasiment tombé ? Certains considèrent qu'on ne peut pas balayer aussi facilement un régime vieux de 50 ans.
Rached Ghannouchi :
Ben Ali et son régime sont fortement fragilisés. A moins que des parties étrangères entrent en lice. La Tunisie appartient à un système mondial gravitant autour de l'OTAN. C'est pour cela que l'on entend ça et là des voix de l'extérieur s'élever pour conseiller à Ben Ali plus de libertés, plus de souplesse, des élections libres. Mais il n'en tient pas compte. C'est pour cela qu'il est possible qu'il soit chassé et remplacé par un autre du même système. On n'en est pas là, et c'est ce que nous, en tant qu'opposition, devrons éviter à tout prix.
Interview réalisée
à Genève
par Slim Bagga
Un aperçu de la motion politique
"La motion politique a analysé la réalité intérieure, régionale et internationale. Toutes les conditions ont, en effet, changé par rapport au début des années 90. L'équation avec laquelle a gouverné arbitrairement Ben Ali a changé. La prééminence des Etats-Unis, la course folle vers Isra‘l, l'embargo sur la Libye, la situation en Algérie, la situation intérieure de notre propre pays, tout cela a changé. D'autre part, l'on a constaté qu'Ennahdha a résisté au choc de la répression. Son discours et ses prisonniers n'ont pas été usés par le poids de la violence, comme le prétend le régime. Ainsi, aujourd'hui, la revendication de l'amnistie générale par tous prouve, s'il en est besoin, qu'Ennahdha n'a pas disparu. La demande de libération des prisonniers politiques et d'opinion, l'enquête sur les tortionnaires, la plainte contre Abdallah Kallel, les familles corrompues, le prétendu miracle économique auquel plus personne ne croit, le chômage endémique, les exils à travers les mers et leurs désastreuses conséquences (drames de la mer entre la Tunisie et l'Italie), les alliances du pouvoir qui s'évaporent depuis 1995 et l'affaire Mouada : tout cela démontre qu'on assiste plutôt à un retour en force de l'opposition et à un isolement progressif du pouvoir.
La deuxième chose a été l'insistance sur les pressions. Nous avons considéré, en effet, que le regroupement des forces politiques, la mobilisation des forces de la rue pour imposer l'ouverture politique et la réconciliation globale étaient indispensables. Il faut nous rencontrer avec toutes les oppositions pour la défense des libertés publiques, indépendamment de nos différences idéologiques. Aujourd'hui, la classification entre les diverses oppositions doit se faire politiquement : est-on avec ou contre la dictature actuelle ? "
JUGEONS-LES !
LE CONSEIL DES LIBERTES DEVOILE
LA LISTE DE TORTIONNAIRES
Personnes impliquées dans la torture en Tunisie
selon les critères définis par l'article 1 de la Convention
internationale contre la torture
|
Fonctionnaires de la sûreté
nationale (Première liste) |
Officiers et agents de
l'administration pénitentiare (Deuxième liste) |
Mohamed Mouada,
président légitime
du Mouvement des démocrates socialistes
"ACTUELLEMENT, L'HEURE
DOIT ETRE A L'UNION"
"L'Audace" : Comment évaluez-vous la situation générale en Tunisie?
Mohamed Mouada :
Il est regrettable de réaffirmer que la situation en Tunisie est devenue connue de tous, et malheureusement très négativement, surtout dans le domaine politique. Les satisfécits ne viennent que de la part des mercennaires, des hypocrites et de ceux qui profitent du pouvoir. Par contre, toutes les classes populaires et les forces vives du pays, quelles que soient leurs sensibilités et leurs orientations, mettent l'accent sur :
- l'absence de vie politique en Tunisie ;
- la grave dégradation dans le domaine des libertés publiques et des droits de l'homme ;
- l'utilisation par le pouvoir des moyens les plus divers pour réprimer et harceler militants et militantes ;
- la mobilisation de l'institution judiciaire pour réprimer les forces nationales et démocratiques.
Les Autorités tunisiennes refusent tout avis contraire, quel que soit le degré de désaccord et quel que soit le sujet en question. Elles rejettent toute idée d'émergence de la société civile plurielle, telle que connue universellement.
Son comportement avec la Ligue tunisienne des droits de l'homme en est la preuve la plus éclatante. C'est pourquoi, il n'y a pas en Tunisie des Partis politiques d'opposition crédibles, ni d'Organisations, ni d'Associations indépendantes. Et encore moins un sytème d'informations pluriel qui exprime les préoccupations de la société et de ses ambitions légitimes.
Notre pays vit une crise profonde et géneralisée, il est miné par la corruption et gouverné par un régime dictatorial et policier.
Face à cette situation dramatique, il y a une dynamique militante et patriotique qui progresse et qui se génralise.
Ce qui est nécessaire maintenant, c'est de rassembler toutes ces forces patriotiques et militantes, de coordoner leurs efforts sans exclusion afin de répondre à l'intérêt supérieur du pays.
Quelle est la situation du MDS, surtout après son dernier Congrès, et la scission qui vient d'y avoir lieu entre "légalistes" et "légitimistes"?
M.M :
Il faut rappeler que le problème du MDS ne peut être analyser sans l'intégrer à la réalité politique dans la Tunisie d'aujourd'hui. En vérité, le désaccord actuel se situe entre le Mouvement, avec ses structures légitimes élues par le Congrès de 1993. et le Pouvoir.
Depuis Octobre 1995. à la suite de la lettre de la direction du MDS adressée au chef de l'Etat, concernant la dégradation de la situation générale dans le pays et la demande de l'ouverture d'un grand débat général avec les forces patriotiques afin de remédier à la situation, donc deuis cette fameuse missive, je fusl'objet d'un procès politique inique, d'accusations mensongères et jeté en prison.Ce qui fut le cas également également quelques mois plus tard du militant Khemais Chammari, vice-président du MDS.
Notre Mouvement fut victime de nombreuses manoeuvres dilatoires afin de le marginaliser et en disperser les rangs. Le pouvoir a finalement installé une direction nouvelle à la tête du MDS qui ne bénéficie d'aucune crédibilité. Depuis, et jusqu'à ce jour, les Autorités n'ont pas réussi à imposer cette nouvelle direction malgré de gros moyens matériels, humains et d'informations mis à sa disposition par le pouvoir. Le résultat en a été que le Congrès de 1997 et celui qui vient de se tenir en mars dernier se sont avérés des comédies dans la mesure o* leurs tenues étaient déconnectées de la base réelle du Mouvement.
Les légitimistes ont refusé de cautioner le dernier Congrès dans leur déclaration du 21 mars 2001, signée par le militant Ahmed Khaskhoussi, coordinateur général du MDS légitime, et cosigné par beaucoup d'autres responsables comme Hassine Mejri, Souad Gharbi, Brahim Senoussi, Aleya Allani, Ammar Jalani.
Les informations parvenues sur le déroulement du Congrès et à travers les comptes rendus de la presse, caractérisé par le trucage dans sa préparation et les scandales, notamment la perte des rapports moral et financier, la participation d'éléments suspects aux travaux et aux votes, etc... grâce aux témoignages des responsables du Congrès, tout cela démontre que les divisions sont de pure forme et qu'elles n'ont rien à voir avec les orientations politiques et les choix essentiels.
Tous les participants à ce Congrès, quelles que soient leurs différences sont d'accord pour soutenir le pouvoir et ils ne sont pas en mesure de représenter une opposition crédible et sérieuse.
Ainsi, le problème essentiel demeure entier et porte sur le fait que notre Mouvement ne peut trouver une solution viable en dehors d'une évolution générale positive du pays. C'est d'ailleurs ce que j'avais consigné dans différentes déclarations.
Il est à noter que le pouvoir qui refuse de coopérer avec un comité indépendant de la LTDH ne peut en aucune manière accepter de coopérer avec un Parti de l'opposition qui a une crédibilité et qui fait partie de la mouvance patriotique nationale.
Vous avez publié un communiqué avec Cheikh Rached Ghannouchi le 19 mars 2001. ce qui a provoqué des réactions diverses et contradictoires. Pourquoi cette déclaration commune et que pensez-vous de ces diverses réactions?
M.M :
Cette déclaration commune émanant de deux Mouvements d'opposition n'est pas une alliance politique. C'est un appel aux Mouvements d'opposition nationaux dont l'objectif est de resserrer les rangs, d'unir les efforts autour de la revendication centrale, à savoir la défense des libertés et des droits de l'homme.
Le régime tunisien réprime et harcèle à volonté toutes les parties, et cela sans distinction aucune. C'est pourquoi j'affirme qu'à partir du moment o* le Pouvoir se comporte de la sorte, nous sommes tous appelés à unir nos efforts contre cette autorité répressive et policière. Je vous dis cela en toute simplicité: c'était le point de départ de cette déclaration. Je continue à croire que l'exclusion d'une partie de l'opposition est une attitude anti-démocratique car l'ostracisme est en contradiction flagrante avec la logique démocratique.
Pour nous, l'exclusion d'une partie de l'oppositon constitue une alliance objective avec le pouvoir. C'est pourquoi l'intérêt supérieur de la Nation nous impose à tous de nous débarrasser de certaines attitudes exclusivistes ou "exclusionnistes", idéologiques, intellectuelles et personnelles.
Le moment venu, quand ce combat pour les libertés et la citoyenneté aura réussi, un débat général franc et profond sera organisé entre toutes les parties, afin de faire disparaître toutes les ambiguités et rectifier des prises de position antérieures de beaucoup d'entre nous.
L'heure, actuellement, doit être à l'Union.
C'est à la suite de ce débat que les alliances entre les Partis, tant sur le plan intellectuel que politique, peuvent être fécondes et opérationnelles. C'est pourquoi je considère que le moment n'est pas venu, même sur le plan intellectuel, pour des alliances programmatiques.
L'étape décisive actuelle que vit la Tunisie doit se caractériser par l'Union, le militantisme patriotique afin de lutter pour les libertés publiques, le respect des droits de l'homme et la concrétisation de la citoyenneté pour tous et pour toutes.
Par conséquent, cette initiative est ouverte à toutes les parties, et le dialogue autour du contenu de ce communiqué se poursuit, d'autant plus que l'union de toute les sensibilités autour d'un projet commun, émane de toutes les parties, quels que soient les communiqués et les pétitions.
Il reste que le différend, actuellement porte sur le timing, ou si vous voulez sur le choix du moment, pour réaliser cet objectif d'Union. Pour ma part, je considère que l'heure a sonné pour la réalisation de cette Union, d'autant plus que les Autorités ont accentué leurs pressions sur les forces vives de la Nation par le développement vertigineux du harcèlement et de la répression. Je saisis cette occasion pour affirmer que l'analyse des différents communiqués et pétititons publiés à la veille du 20 mars, nous amène aux conclusions suivantes :
1- l'uniformité de leurs contenus et l'uniformité des questions traîtées dans cette phase sensible et dramatique que connait le pays.
2- la seule différence porterait peut-ête sur la forme et sur le degré de précision dans l'expression des revendications et des prises de position.
Tous ces éléments, dans les circonstances actuelles, ne doivent-ils pas nous interpeller et nous inviter à unir nos efforts et à resserrer nos rangs?
Je pense que c'était l'objectif premier de l'initiative que j'ai prise avec Rached Ghannouchi. Cette initiative me rappelle le Comité de coordination dans les années 80 avec la participation de tous les Partis politiques de l'opposition sans exclusive.
Tout compte fait, cette initiative n'était pas celle de deux hommes (Ghannouchi et moi-même) mais celle de deux mouvements politiques, à savoir Ennahdha et le MDS.
C'était un appel contre la division et contre l'effritement, un appel qui a pour objectif de réunir dans l'intérêt général de la Tunisie, notre pays ne pouvant progresser dans tous les domaines que dans l'Union.
A la fin de cet entretien, Mohamed Mouadda a proposé que, vu l'importance du Mouvement Ennahdha et du débat qu'il peut susciter, "L'Audace" ouvre ses colonnes afin que toutes les parties intéressées par l'avenir de la Tunisie fassent entendre leurs sons de cloche et s'expriment librement au sujet du Parti islamiste tunisien.
Nous enregistrons avec satisfaction cette proposition et assurons toutes les parties que les colonnes de "L'Audace" leur sont ouvertes
Interview réalisée
par Slim Bagga
Cartes sur table avec
MONCEF MARZOUKI
"JE SERAIS CANDIDAT SI..."
" L'Audace " : Comment résumez-vous la situation politique actuelle en Tunisie ?
Moncef Marzouki :
Elle est bloquée. Le pouvoir sait qu'il faut des réformes mais il en est incapable. L'opposition réelle est encore trop divisée sur des questions prématurées de leadership. La population est inquiète et de plus en plus exaspérée par les conditions de vie qui se détériorent. Bref, il y a tempête sur le navire et point de bon barreur.
Que pensez-vous des propos de Slaheddine Maaoui (ministre des droits de l'homme) sur " Le Monde " attribuant à certains policiers zélés les agressions, et se disant être mandaté par le Président pour recevoir les différents acteurs de l'opposition et veiller à ce qu'une ouverture se réalise ?
M.M :
Si ces gens là veulent envoyer un vrai message et être crus pour une fois par un pays qui a été toujours payé par des chèques en bois, il faut :
1- libérer Néjib Hosni ;
2- sortir ce que j'appelle les emmurés vivants, les leaders islamistes, de l'isolement carcéral o* ils sont depuis 10 ans ;
3- laisser Hamma Hammami rentrer chez lui.
Ces trois mesures détendraient l'atmosphère considérablement et on pourrait alors passer à la phase B avec :
1- la reconnaissance du Forum, du CNLT et de la direction de la LTDH
2- un changement significatif au niveau de la presse
La phase C consisterait à annoncer, à l'occasion du 25 juillet, une amnistie générale.
Nous aurions alors enfin une vie politique normale et la Tunisie cesserait d'être la République bananière qu'elle est progressivement devenue.
Sans ces mesures, ils peuvent toujours parler, et la seule ouverture que le pays acceptera d'eux un jour sera l'ouverture de leur propre porte de sortie.
Et du fait que le CNLT se serait avéré une structure politique, et non une Organisation de défense des droits de l'homme et des libertés ?
M.M. :
Foutaise. Le CNLT est une association politique comme toute association des droits de l'homme. Mais ce n'est pas un parti politique car on ne verra jamais le CNLT présenter un candidat aux élections législatives, municipales ou présidentielles.
Dépasser les différences d'ordre idéologique et dépersonnaliser les divergences pour cibler un ennemi commun : la dictature, n'est-ce là qu'un vìu pieux ou bien la chose est-elle réalisable ?
M.M. :
ll ne faut pas confondre unité et coordination. Je suis pour la pluralité de l'opposition démocratique. Il faut en finir avec les mythes de Fronts de partis uniques, même démocratique. Les ambitions de personnes, la pluralité des idées politiques sont des choses normales. Ce qui n'est pas normal, c'est l'absence de coordination. Je n'ai pas cessé de répéter à tous mes amis " Coordonnons nos efforts pour une nouvelle règle du jeu, pour la souveraineté du peuple et des élections libres. Que le peuple décide et que le meilleur gagne ". Cette coordination démocratique, nous allons la faire et la réussir dans la diversité et dans l'émulation même.
Depuis le 20 mars, pas moins de trois textes de personnalités les plus diverses ont été publiés, que ce soit le communiqués de Rached Ghannouchi et Mohamed Mouada, le Manifeste des démocrates progressistes ou la pétition du Forum démocratique. Vous avez d'ailleurs signé ces deux derniers. Ils reprennent tous, à quelques différences près, les mêmes revendications et décrivent un même état des lieux. Que vous inspirent ces actions politiques ?
M.M. :
J'y vois d'abord deux choses fantastiques : l'unanimité du diagnostic sur la dictature et l'unanimité sur le remède : la République démocratique. C'est formidable. Quand je pense à mon isolement, à celui de mes amis dès le début des années 90, j'ai l'impression de ressusciter. Fini le prophète de malheur prêchant dans le désert. Il y a aussi cette formidable unanimité qui va d'un extrême du spectre à l'autre. Pour une fois, toute la Tunisie a le même projet : plus de sauveur mais des institutions, plus de mensonge et de démagogie mais la loi, plus de corruption mais la rigueur. Vous savez, je dis toujours les Etats naissent et s'effondrent dans les cìurs et les esprits longtemps avant leur naissance et leur effondrement de fait. En ce sens, la dictature est déjà finie et la Démocratie est déjà là.
Que pensez-vous des propos de Rached Ghannouchi selon lesquels " Il y aura désormais deux oppositions : l'une démocratique regroupant l'aile nationale et l'aile islamiste, et l'autre opposition, éradicatrice versant dans les thèses du pouvoir " faisant allusion à Mohamed Charfi ?
M.M. :
Deux, trois, une, ma façon de voir les choses est simple. Il y a ceux qui sont prêts à accepter que la politique en Tunisie soit dorénavant régie par le principe de souveraineté absolue du peuple, par le droit de tous à l'association pacifique, de tous à la liberté de parole, de tous aux élections libres. En face, il y a ceux qui refusent ces règles et qui veulent un jeu o* ils sont toujours gagnants, qui mettent leurs intérêts, leurs phobies, au dessus des principes de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Ces gens-là se sont mis au ban et de la loi internationale et de la volonté de notre peuple.
Quels sont vos projets pour l'avenir?
M.M. :
J'ai toujours soutenu que les droits de l'homme étaient de la politique, mais une politique centrée sur les articles 5 (torture), 19 (liberté de la presse), 20 (liberté d'association), 21(élections). Aujourd'hui, après avoir été à la tête de la LTDH pendant 5 ans, et 2 ans à la tête du CNLT, les deux grandes associations tunisiennes de défense des droits de l'homme, j'entends élargir mon combat au reste des droits de l'homme, notamment les droits socio-économiques dans un pays ravagé par la corruption et o* quoi qu'en disent les chiffres , la pauvreté avance.
Quelle forme va prendre ce combat?
M.M. :
Je voudrais développer mon activité sur deux plans :
1-faire réussir la Conférence nationale démocratique dont j'appelle la tenue depuis 1996. C'est le seul cadre o* toutes les oppositions peuvent se rencontrer pour penser les alternatives, notamment la nouvelle Constitution.
2- une voie qui me soit propre, o* je pourrais développer mes propositions pour le pays sur le plan social, économique, sur l'intégration maghrébine et la place de la Tunisie dans le monde. Je suis en train d'explorer cette voie avec mes amis, je veux prendre mon temps.
Quels sont vos projets pour 2004?
M.M. :
Le premier c'est que les élections tant présidentielle que législatives aient lieu en 2004 et qu'elles ne soient pas la mascarade que ces messieurs ont l'habitude d'organiser. Cette fois-ci, on ne laissera plus une poignée de gens trahir notre peuple. Car falsifier les élections, c'est de la haute trahison.
Et quand je serais sûr que les élections ne soient pas une insulte à la souveraineté, à l'intelligence et à la dignité, alors oui, je serais candidat bien sûr.
Interview réalisée
par Slim Bagga
MOHAMED CHARFI
" M. Ben Ali se prépare de toute évidence
à une présidence à vie "
Mohamed Charfi est professeur à la faculté de droit de Tunis. Ancien président de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, il a cru en M. Ben Ali quand celui-ci est arrivé au pouvoir, le 7 novembre 1987. Ministre de l'Education nationale à partir de 1989. il a démissionné cinq ans plus tard pour désaccords grandissants avec le chef de l'Etat. Après des années de silence, pendant lesquelles il a notamment travaillé à la rédaction d'un livre (Islam et libertés, le malentendu historique, Albin Michel), il a créé la surprise il y a quelques jours en s'associant à une centaine d'autres personnalités modérées de la société civile, et en signant un Manifeste qui dénonce la violation des libertés en Tunisie ainsi que l'éventualité d'une Présidence à vie de M. Ben Ali.
Qu'est ce qui vous a décidé à sortir de votre réserve ?
Mohamed Charfi :
La dérive a atteint une dimension telle en Tunisie qu'on ne peut plus être patriote et continuer à se taire. Il arrive un moment o* il faut savoir prendre ses responsabilités. La plus grande erreur du président Bourguiba, despote éclairé, a été d'engager le pays dans une impasse en s'installant dans une présidence à vie. Or nous voici à la veille d'une date fatidique, le président Ben Ali étant visiblement tenté de s'engager dans un quatrième mandat et de modifier pour cela la Constitution qui, telle qu'elle est aujourd'hui, le lui interdit. Un nouveau mandat de sa part reviendrait à le voir emprunter la même impasse que le président Bourguiba. Car M. Ben Ali se prépare, de toute évidence, à une présidence à vie. Il appartient donc à tous les Tunisiens de s'engager pour éviter à leur pays un tel malheur
Quand avez-vous estimé que les choses étaient devenues intolérables pour vous ?
M.C. :
La situation a changé pendant les années 1991-1992, quand les islamistes ont tenté de prendre le pouvoir par la violence. L'Etat s'est défendu. Il y a eu des abus et des bavures, je l'ai déploré à ce moment-là. Mais j'espérais que cette parenthèse allait se refermer rapidement et que les responsables de ces dérapages allaient être jugés. Il n'en a rien été et la situation a continué d'empirer sur le plan des libertés publiques. En 1994. alors que j'avais déjà avalé bien des couleuvres, il y a eu des élections présidentielle et législatives. Le président Ben Ali a remporté la victoire -ainsi que le parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel et démocratique, le RCD, mais en renouant avec la tradition des 99% et des 98% des votes positifs. Quant aux deux autres candidats de principe, le Dr Moncef Marzouki et l'avocat El Hani, qui avaient osé se présenter contre lui, ils ont été poursuivis en justice et jetés en prison. Tout cela m'a fait comprendre que tout espoir de revenir à la démocratie des années 1988-1990 s'était évanoui. J'ai choisi d'assumer mes responsabilités en démissionnant.
A tous ceux qui critiquent les violations répétées des libertés en Tunisie, le pouvoir répond en citant ses réussites en matière économique.
M.C. :
Cela aussi, je le conteste. J'ai longtemps cru que le régime Ben Ali était comparable au régime de Franco en Espagne, c'est à dire inacceptable en matière de droits de l'homme, mais tenant la route sur le plan économique. Aujourd'hui, je révise totalement cette idée. Le niveau de corruption en Tunisie est tel qu'il freine à présent le développement économique du pays. Quant aux finances de l'Etat, on voudrait nous faire croire qu'elles sont saines et que la balance des paiements n'est pas si mauvaise, ce qui n'est pas faux, mais on oublie de nous dire pourquoi ! Ce résultat positif a été obtenu l'année dernière grâce à la vente de deux cimenteries à des groupes espagnols et portugais, transactions qui n'ont pas créé le moindre emploi. Cela s'appelle dilapider son capital et non attirer des investisseurs.
Les islamistes ne vous portent pas dans leur cìur, d'abord parce que vous avez mené une importante réforme quand vous étiez ministre de l'Education nationale, ensuite parce que vous les avez combattus aux côtés du président Ben Ali dans les années 1991-1992. Avez-vous changé de stratégie à leur égard?
M. C. :
J'ai toujours défendu la même position : les droits de l'homme sont universels, tout le monde a le droit d'en bénéficier, et je déplore qu'il y ait aujourd'hui, dans les prisons tunisiennes, un nombre élevé d'islamistes. Cela dit, pour ce qui est de la vie politique, je ne mêlerai jamais ma voix à la leur.
Quel est votre objectif principal à présent ?
M. C. :
Empêcher la présidence à vie en Tunisie, instaurer la démocratie et les droits de l'homme, et restaurer la noblesse de la politique. Car ceux qui font de la politique à l'heure actuelle servent ce régime comme des mercenaires, uniquement par intérêt. Or la politique, à mes yeux, consiste à mener un dialogue permanent entre un peuple et ceux qui le gouvernent, dialogue totalement inexistant, aujourd'hui, en Tunisie.
Tous ceux qui ont pris un engagement politique véritable en Tunisie l'ont payé très cher. Ne craignez-vous pas des représailles, maintenant que vous êtes rallié ouvertement à l'opposition?
M. C. :
Si un Ryad Ben Fadhel, en mai de l'année dernière, a reçu deux balles dans le corps pour avoir simplement osé soulever la question de l'échéance présidentielle de 2004 dans les colonnes du "Monde", c'est vous dire combien nous sommes tous consciens des risques que nous courons ".
Propos recueillis
par Florence Beaugé,
Le Monde, 28/03/2001
Lettre ouverte à la France
des prisonniers français en Tunisie
Nous avons été élevés dans l'idée de la grandeur de la France, dans l'idée que notre pays, grand défenseur de la liberté et des droits de l'homme, voudrait et saurait veiller à ce que ses propres enfants n'aient à souffrir, o* qu'ils soient dans le monde, de manquement à ces principes. Or, la France nous a abandonnés, nous les 18 détenus français incarcérés en Tunisie. Depuis plusieurs mois, grâce à certains médias courageux, s'est enfin levé le *voile sur la prétendue réalité démocratique de l'Etat tunisien, mettant en évidence les carences criantes de ce régime en matière des doits de l'homme. Ces carences s'expriment en particulier dans l'exercice d'une justice sommaire, arbitraire, répressive à l'extrême et subordonnée aux ordres d'un Etat policier (plus de 25000 détenus sur une population de 10 millions à comparer avec les 51000 détenus sur 60 millions d'habitants en France).
Cette justice nous a condamnés à des peines sans commune mesure avec la gravité des délits qui nous sont reprochés, et ce, dans l'indifférence totale de l'ambassade de France et des associations de Français à l'étranger (UFE et ADFE) , à qui nous avions pourtant fait part de nos inquiétudes et demandé assistance.
La France est le seul pays européen à sembler s'accommoder de cette injustice (raison d'état?) et alors que les autres pays européens interviennent systématiquement et énergétiquement et avec succès pour obtenir des grâces présidentielles en faveur de leurs ressortissants, nous restons aujourd'hui les seuls condamnés européens encore incarcérés en Tunisie. Pour les condamnés français, rien... Tout comme les détenus tunisiens.
A l'occasion de la fête de l'indépendance, le 20 mars, le Général-président a décidé de grâcier quelques détenus condamnés à des peines de plus de 30 ans en réduisant leurs peines de quelques mois... Une véritable humiliation. Les islamistes concernés ont tous refusé d'accepter de s'associer à cette mascarade.
Malgré les demandes répétées de nos familles, tant auprès des Autorités tunisiennes que des Autorités françaises, aucune démarche sérieuse de l'Etat français en notre faveur ne semble faite. Pourquoi cette indifférence ? Serions-nous détenus, des espèces d'otages, victimes de la rancune des Autorités tunisiennes envers la France ? C'est ce que nous sommes tentés de penser, en particulier lorsque nous constatons à travers la presse tunisienne des agressions sans précédent contre la prétendue ingérence française dans les affaires internes tunisiennes. Silence, on intéresse !!!
Révoltés devant tant de haine contre la France et les Français, nous désespérons de voir se terminer notre calvaire, et c'est pourquoi, nous lançons ce dernier cri : " Au secours, la France".
Le 21 mars 2001
Les détenus français
en Tunisie
Affaire Kallel
Abdennacer Naït-Liman :
" Surprise, Surprise ! "
" L'Audace " : Comment avez vous localisé Abdallah Kallel?
Abdennacer Nait-Liman :
Vous savez qu'il y a eu beaucoup de contradictions à propos du lieu o* se trouvait Abdallah Kallel. Les Autorités on voulu faire croire aux gens que le dénommé Kallel se trouvait à La Salpétrière à Paris, puis nous avons reçu des informations qui confirmaient que le tortionnaire de gros calibre se trouvait effectivement à Genève. Un citoyen tunisien a vu par hasard l'ambassadrice de Tunisie à Berne à l'hôpital cantonal de Genève, portant des bouquets de fleurs. J'ai pris ses informations très au sérieux, puis j'ai contacté directement mon avocat et l'OMCT.
La plainte a été très vite jugée recevable. Comment cela s'est-il passé?
A.N.L :
C'est vrai. Même pour moi et mon avocat, la recevabilité de la plainte par le Parquet de Genève a été un moment historique, vu que la plainte a été déposée le 14 Février 2001 à 10h45 et que l'ordre de la localisation de recherche et d'arrestation a été donné par le procureur de la République de Genève, M.Bernard Bertossa, vers 14h le jour-même. Alors imaginez un peu ce que cela signifie pour une victime de la torture d'avoir convaincu la justice d'un pays qui n'est pas le sien, de la crédibilité de ses accusations. Pour ce qui est de la plainte, on a travaillé deux nuits et deux jours pour triers des documents qui mettent en cause le dénommé Kallel en personne pour son implication directe et son recours à la torture comme moyen de répression contre l'opposition islamiste, les militants et défenseurs des droits de l'homme en Tunisie.
Qu'allez vous faire dans l'avenir ?
A.N.L :
Tout d'abord et à titre d'information, je suis président de l'association des victimes de la torture en Tunisie (A.V.T.T) qui, jusqu'à maintenant, a fait un travail remarquable pour la lutte contre l'impunité en Tunisie. Je peux juste vous confirmer que l'association dispose de plusieurs dossiers concernant les tortionnaires et les commanditaires qu'elle déposera devant les instances juridiques internationales pour crime contre l'humanité. En ce qui concerne l'avenir, je ne peux publiquement en dire plus pour le moment, vu que le travail viens juste de commencer. Mais, croyez-moi, les tortionnaires tunisiens ne bénéficieront pas plus longtemps de l'impunité.
J'en profite enfin pour saluer toute l'équipe de "L'Audace" pour son audace.
Interview réalisée à Genève par Slim Bagga
Lettre ouverte à Mohamed Charfi
Après 1992, date à laquelle commença la persécution à grande echelle des islamistes, le gouvernement auquel tu appartenais a eu recours à la torture et au meurtre organisés de ces gens là. Ce gouvernement a eu recours aussi au ratissage systématique de cités et de villages entiers ainsi qu'à la prise d'otages pour arrêter ses victimes. Le peuple tunisien entier peut raconter ces épisodes sombres de votre histoir, le peuple entier connait ceci. Tu ne pouvais en aucune façon ignorer ce qui s'est passé. Un des reponsables de ces faits a fui de justesse la justice suisse qui a jugé recevable une plainte pour pratique de la torture déposée contre lui pendant qu'il séjournait dans ce pays. Ce fait est très grave pour un de tes anciens collègues et en vertu du principe de la solidarité gouvernementale, tu dois répondre aussi des mêmes accusations, du moins moralement. A moins que tu comptes nier aussi ta qualité de juriste, tu ne peux pas ignorer la justesse de ces dires. Après avoir cru en finir avec les islamistes, le
gouvernement de la dictature sanguinaire s'est retourné contre l'opposition laïque.
A supposer que tu considères que les islamistes sont bons à massacrer, cequi est probablement vrai, pourquoi tu as gardé lesilence absolu concernant la persécution contre le clan même dont tu prétends faire partie ? La seule raison qui pouvait expliquer cela, c'est que tu as décidé de rompre avec la politique. Mais après avoir cru que tu faisais désormais partie des pages sombres de l'histoire, voilà que tu surgis de nouveau. Pourquoi ? Et pourquoi maintenant ?
A ce point la
france a fait faillite politiquement ? Elle n'est plus en mesure de trouver des hommes pour défendre ses intérêts dans ses anciennes colonies, au point qu'elle nous sort une momie des poubelles de l'histoire ! (...)
Abdou Dhar
Texte publié sur le forum CNL
Mohamed Masmoudi,
défenseur d'un régime
unanimement contesté
L'ancien ministre des Affaires étrangères, Mohamed Masmoudi, limogé par Bourguiba en 1974 à la suite de l'Union avortée entre la Tunisie et la Libye, s'est placé depuis quelques années en tant que fervent supporter du Benalisme. En d'autres termes de la dictature corrompue, puisque le Benalisme, si tant est qui il existe, ne peut se résumer qu'à la trilogie répression - népotisme - corruption.
Selon des sources dignes de foi, Mohamed Masmoudi envisage de tout mettre en ìuvre pour aider le Général Ben Ali à se représenter pour un quatrième mandat en 2004, en affirmant notamment qu'il est en train d'agir pour que certains chefs d'Etat arabes dont il prétend être l'ami appuient son initiative.
Il est ainsi des hommes qui naviguent à contre courant puisqu'au moment o* le plus grand nombre fait front pour s'opposer à une telle perspective qui pourrait s'avérer dramatique pour la Tunisie, Mohamed Masmoudi (mais il n'est pas le seul puisque l'ancien Premier ministre Hedi Baccouche, le concepteur du coup d'Etat de Ben Ali, ainsi que d'autres personnages superflus s'agitent dans ce sens), qui n'est pas à un retournement de veste près, propose d'ores et déjà que l'on fasse circuler une pétition signée par les zélateurs de tous bords et des caciques du Parti qui gravitent dans le carré benalien pour appeler à la reconduite d'un dictateur au delà de ses mandats légaux. Ce serait aussi une forme de contrecarrer les nombreuses pétitions et manifestes qui circulent aujourd'hui en Tunisie et à l'étranger, regroupant les sensibilités les plus diverses et appelant au départ d'un Président qui a saigné le pays à blanc durant 13 ans avec sa famille et ses proches, et annihilé tous les espaces de liberté.
A ce sujet, il faut rappeler que l'ancien ministre des Affaires étrangères n'a jamais cru en la démocratie ni en l'alternance, ni au pluralisme politique. Il suffit de se pencher sur la lettre qu'il avait adressée en 1996 au président du Parlement européen, après que cette institution eût voté une Résolution condamnant la dérive autoritaire du régime tunisien, pour s'en convaincre (voir de larges extraits de cette lettre ci-contre). Dans cette missive, M. Masmoudi considéra que Ben Ali a mieux réussi que Bourguiba (dans quoi ?). Sans pudeur, il nia la torture exercée dans les locaux de la police et alla jusqu'à justifier la condamantion et l'éxécution d'un militant islamiste. Curieuses allégations émanant d'un homme qui se disait pourtant un allié et un conseiller privilégié des islamistes d'Ennahdha...
Si le passé valeureux de Mohamed Masmoudi en tant que militant de la libération aux côtés de Bourguiba est, à bien des égards, à mettre à son actif, celui qui avait écrit dès 1961 " Le pouvoir personnel ", sur les colonnes de " Jeune Afrique ", mettant en cause la manière de gouverner de Bourguiba, choque aujourd'hui tout le monde vu l'appui sans réserve qu'il apporte à la dictature actuelle. Il choque tout le monde, mais il ne surprend à vrai dire personne.
Pour tous, le soutien qu'il apporte depuis quelques années à une dictature policière entre dans le cadre de l'idée qu'il a de la politique. En effet, Mohamed Masmoudi, tout au long de son itinéraire, a fait de la politique un commerce. C'est ainsi qu'il avait engagé en 1974 la Tunisie dans le bourbier libyen au nom de "l'Union". Tous les Tunisiens ont en mémoire le climat d'insécurité, les complots, les menées subversives et terroristes (comme le complot de Gafsa en 1980) qu'ils ont vécu depuis cette Union mort-née, et que le régime libyen a fomentés en représailles à l'échec de cette Union.
Un an auparavant, en 1973, ce fut au Kef qu'il tenta de faire réaliser l'Union avec l'Algérie dont le ministre des Affaires étrangères était un certain... Abdelaziz Bouteflika.
Aujourd'hui encore, Mohamed Masmoudi n'en démord pas puisque, dans une lettre de félicitations qu'il a adressée au président algérien nouvellement élu il y a deux ans, il écrivit à propos de l'Union du Maghreb arabe : Le Maghreb arabe se concrétisera " grâce à la voie qu'a tracée Ben Ali et qu'éclairera Bouteflika ".
Mohamed Masmoudi remit lui-même une copie de cette lettre au Général-président qu'il s'efforce d'installer aujourd'hui dans une présidence à vie...
d'après Le Matin d'Alger
du 19/04/2001
Extraits de la lettre adressée
par Masmoudi au président
du Parlement européen
juillet 1996
Monsieur le Président
de l'Assemblée européenne,
Monsieur le Président,
En vous présentant mes respects et en saluant à travers vous et vos collègues de Strasbourg l'esprit d'union et de solidarité que vous animez, souffrez que je m'adresse à vous, suite aux délicates remarques et observations qu vous avez récemment formulées au sujet de mon pays, la Tunisie.
Parce que des agents tunisiens, chargés de la sécurité, ont cru devoir interpeller tel compatriote, au demeurant respectable, vous avez cru devoir dire, du haut de la prestigieuse tribune de l'Assemblée de Strasbourg, ce que vous avez dit, même si l'on a pu vous induire en erreur sur la Tunisie et ses dirigeants actuels.
Sachez, Monsieur le président, que la Méditerranée, notre lac commun, constitue une véritable caisse de résonance, comme si elle cherchait à nous rappeler que nous sommes tenus à la discrétion, à l'efficacité et aux nécessaires consultations entre nous pour réussir notre avenir solidaire.
Vos objections rapportées ici et là par les journaux qui les assortissaient de leurs propres commentaires, nous arrivaient enTunisie poivrées salées comme si elles étaient spécialement étudiées et préparées pour être servies et " consommées" sur les terrasses des cafés et restaurants de Tunis et sa banlieue, particulièrement fréquentées au printemps et en été par les touristes et leurs compagnons, ainsi que par les " Titis " tunisiens qui, râleurs et moqueurs, n'hésitaient pas à en rajouter. Ainsi, les délicates observations de Strasbourg donnaient lieu aux interprétations les plus fantaisistes... Comme s'il s'agissait de nuire à la Tunisie au moment o* démarre, dans les meilleures conditions, notre saison touristique. Nous ne faisons l'injure à personne de croire qu'on ait cherché, à Strasbourg ou ailleurs en Europe, à nous porter préjudice dans le domaine touristique ou dans d'autres domaines.(...)
Aussi Monsieur le Président, les propos qui nous sont parvenus de la capitale européenne en France, nous ont-ils affectés, moi le premier. Je ne sais pas quelle est la réaction officielle du gouvernement tunisien à ces propos grossis et sans doute déformés. Mais les compatriotes que j'ai pu rencontrer en France, se posent des questions et répètent à l'envi cette remarque sage : " le bruit fait peu de bien et le bien ne fait généralement pas de bruit ".(...)
L'opération du changement salvateur conduite par Zine El Abidine Ben Ali, alors Premier ministre de Bourguiba, le père de la Nation, devenu " Président à vie de la République " ne fut pas une sorte de coup d'Etat militaire comme on en voit dans les Républiques bananières en Afrique ou ailleurs, mais bien une opération de salut public, qui s'inscrit dans ce que j'appelle une hérédité de civilisation et d'engagement.
J'ai dit " changement salvateur " du 7 novembre, parce que je ne suis pas le seul à croire que l'opération du 7 novembre 1987 a bien sauvé Bourguiba de lui-même et la Tunisie de Bourguiba. Il s'avérait, à l'époque, chaque jour davantage, que le Président Bourguiba précipitait la Tunisie dans le naufrage.(...)
Je suis, comme tous les vieux peut-être, un peu bavard... mais il me reste encore suffisamment de tonus pour réagir et manifester quand je me sens profondément atteint. Je ne vous cache pas, Monsieur le Président, que j'étais horrifié par l'opération égorgement en bloc perpétrée en Algérie. Quand je commence à penser à cette monstruosité commise par des soi-disants " islamistes fous de dieu " contre nos frères les sept prêtres qui étaient allés chez ces innommables bêtes folles de Satan... probablement pour les soigner..., je deviens fou de rage parce que atteint dans ma foi de musulman et dans ma dignité d'homme... Je leur en veux à ces "fous de Dieu "... Je ne prie pas pour eux... mais pour les prêtres martyrs.
Je me console toutefois que la bonne terre de Tunisie n'est pas, n'a pas été et ne sera pas gorgée de sang, hérédité de civilisation oblige ! Dieu merci ! Il est vrai que les islamistes de Tunisie, diffèrent des " fous de Dieu " d'Algérie et d'ailleurs ; quand l'un d'eux a voulu faire le " fou " dans les débuts de l'ère Ben Ali, celui-ci n'avait pas hésité à le faire passer par les armes.
Monsieur le Président, je ne viens ni protester contre vos délicates et solennelles observations, ni vous demander de profiter de la prochaine occasion pour parler de la Tunisie comme vous savez le faire. Puissiez-vous témoigner pour la Tunisie, pour son peuple et pour son avenir. En Tunisie nous ne sommes fous de personne ni sur cette terre ni dans les cieux. Nous essayons de bien et de bien nous tenir pour mériter notre condition d'homme créé à l'image de Dieu . "Les droits de l'homme " sont sacrés et vous avez raison, Monsieur le Président, d'exiger qu'ils soient partout respectés.
Y compris en Tunisie.
Je pense cependant que, comparée à ce qui se passe autour de nous, sans citer personne, la Tunisie n'a pas failli au point qu'on l'écrit ici ou là. Que les agents chargés de la sécurité aient parfois des manières dures, qu'il y eût et qu'il y ait quelques " ratés " regrettables, je le reconnais. J'en ai souffert moi-même... plus du temps de Bourguiba que de Ben Ali.
Notre " police " des frontières notamment, mène un travail exténuant dans les ports, dans les aéroports et surtout aux confins de la folie meurtrière, en Algérie et aux menaces de tous genres qui secouent la Libye... Les deux seuls voisins que la providence ou la géographie nous ait choisis... Vous comprenez que les circonstances nous obligent à la diligence, parfois jusqu'à l'excès.(...)
Mon excellent ami, Maurice Druon, secrétaire perpétuel de l'Académie française, écrivait dans l'introduction du septième volume des " Rois maudits " cette belle et grande " remarque-vérité " : " Rien ne s'accomplit de grand dans l'ordre politique et rien ne dure sans la présence d'hommes dont le caractère et la volonté inspirent, rassemblent et dirigent les énergies d'un peuple... Tout se défait dès lors que des personnages insuffisants se succèdent au sommet de l'Etat. L'unité se dissout quand la grandeur s'effondre...
Le peuple se plaint certes de sentir sur lui une main qu'il juge trop ferme ; il gémira bien plus quand il sera livré à des mains trop molles ou trop folles ".
Je m'en voudrais, Monsieur le Président, si cette lettre trop longue ou plutôt cette supplique avait pu soustraire votre attention ou peser sur votre emploi du temps dans l'exercice de vos hautes et nobles charges.
Avec l'expression respectueuse de ma haute considération et de mon dévouement.
Mohamed Masmoudi
Ancien ministre
des Affaires étrangères,
Ancien ambassadeur
de Tunisie en France
Souhayr Belhassen,
La vice-présidente de la LTDH,
Agressée par la police politique
Le soir du 14 avril courant, madame Souhayr Belhassen, vice présidente de la Ligue Tunisienne de défense des droits de l'homme, chargée des Relations internationales a été agressée à l'aéroport de Tunis-Carthage. Alors qu'elle rentrait d'un périple qui l'a conduit à Genève, Strasbourg, Bruxelles et Paris o* elle a défendu le dossier des droits de l'homme en Tunisie et de la LTDH menacée de dissolution aupès des instances de l'ONU, du Parlement européen et d'ONG internationales, madame Belhassen a fait l'objet à l'aéroport de Tunis Carthage d'une fouille au corps et s'est vue confisquer tous ses documents, même personnels, avec pour conseil d'aller les récuperer chez le ministre des droits de l'homme ! Devant l'aéroport, alors qu'elle attendait une voiture, deux malabars de la police politique l'ont violemment frappée en la traitant de " putain", de "traitre à la Patrie" et de "vendue aux puissances étrangères" ! Au commissariat de l'aéroport, après un simulacre de recherche des agresseurs, personne n'a voulu prendre sa déposition prétendant que le responsable était absent !
Cette agression, qui vient quelques semaines seulement après celle subie par madame Khédija Chérif, est probablement encore un "acte isolé" d'une police qui a du mal à contrôler ses éléments ! Elle vient en écho à la vaste campagne médiatique montée ces derniers temps contre les défenseurs des droits humains et les opposants.
Le CNLT fait encore une fois le constat que le traitement par la violence des personnalités de la société civile qui tentent d'exercer pacifiquement leurs droits légitimes, est devenue la règle dans un pays de non droit. Il s'élève avec la plus grande vigueur contre ces pratiques indignes d'une société civilisée et contraires à toutes les normes d'un Etat de droit et exige la poursuite judiciaire des coupables.
Il ne peut que relever la duplicité du pouvoir qui promet une "ouverture" et le respect des libertés par la bouche de son ministre des Droits de l'homme et de la Communication, au moment o* l'étau de la dictature continue de se resserrer sur l'ensemble de la société et particulièrement sur les défenseurs des droits humains qui osent témoigner de cette dictature à visage démocratique. Il condamne la mysoginie officielle des Autorités publiques qui est le fond réel d'un féminisme de façade, vendu pour la consommation extérieure et démontre, si besoin est, que le régime de Ben Ali n'est pas prêt à accepter dans la vie publique des femmes qui osent s'opposer à lui.
Il considère que les militants des droits humains pris à partie par les médias de caniveau, le dernier en date étant le courageux dirigeant du CRLDHT, Kamel Jendoubi privé de passeport, précisement à cause de leur engagement en faveur des libertés et de la citoyenneté, sont les véritables défenseurs de la Patrie face à ceux qui dirigent la Tunisie selon des méthodes révolues et qui démantèlent les institutions du pays, faisant peser de graves menaces sur son avenir.
Il appelle toutes les composantes de la société civile à faire preuve de vigilance et à poursuivre la lutte afin d'imposer sur le terrain leurs droits de citoyens.
Pour le Conseil
La porte-parole
Sihem Bensedrine
Tunis le 15 avril 2001
Affaire Tarek Maaroufi
Cinq Tunisiens victimes de la haine
de Ben Ali arrêtés en Italie
Le journal "Eshark El Awsat" du 6 avril 2001 a publié un article concernant l'arrestation de "six arabes appartenant au réseau Ben Laden en Europe". Relayée par "Le Monde", la chaîne de télévision RAI Uno, le quotidien italien "La Reppublica" et "Le Soir" de Bruxelles, cette information a commencé par faire boule de neige avant de fondre.
Qu'en est-il? Depuis trois mois, nous vous entretenions de la machination policière du régime de Ben Ali ayant pour but de faire arrêter et extrader Tarek Maaroufi (voir "L'Audace" n ¡73 de mars 2001. p.32).
Ce dernier a déposé plainte contre Ben Ali jeudi 12 avril et a personnellement demandé à ce que la Justice belge l'entende en qualité de témoin. C'est que Ben Ali et sa police politique n'en démordent pas. Ils tiennent mordicus à leur thèse fallacieuse selon laquelle Tarek Maaroufi et cinq de ses amis basés en Italie étaient en train de préparer "un coup" contre l'ambassade des USA à Rome. La meilleure défense étant l'attaque, il parvint à faire arrêter cinq jeunes hommes qu'il accuse d'être proches d'Oussama Ben Laden, ce milliardaire saoudien recherché par toutes les polices du monde.
Ces Tunisiens sont Samir Ben Khemis, Adel Ben Soltane, Kamoune Mehdi et Tarek Charaabi, le cinquième Ferid Eshak ayant été libéré dès le lundi 9 avril pour manque de preuves.
Il n'est point à douter que les Services secrets de Ben Ali perdront cette bataille car, en démocratie, il y a plusieurs moyens de se défendre. En attendant, ils peuvent se réjouir en considérant que le mal est fait.
Victor Hugo ne disait-il pas : "Calomnions, calomnions, il en restera toujours quelque chose"...
Abou Idyl
"Les Afghans en ligne de mire"
Le Belge Tarek Maarouki, originaire de Tunisie, autrefois condamné en Belgique aux côtés d'Ahmed Zaoui, fait-il l'objet, depuis la semaine dernière, d'un mandat d'arrêt international émis par les Autorités italiennes, et justifié par ses liens avec des groupes islamistes implantés en Italie ? Au Parquet de Bruxelles, notre question recevait ce lundi une réponse "no-no " : ni confirmation ni infirmation.
Ce qui est certain, c'est que la Belgique détient une pièce du puzzle " afghan ", ce réseau horizontal, beaucoup plus difficile à appréhender (dixit le juge Bruguière, ce samedi à nos confrères du Figaro), qui caractérise la nouvelle génération de terroristes islamistes. Ce n'est pas neuf : lorsqu'aux premiers jours de cette année, l'ambassade des Etats-Unis à Rome est subitement fermée, le nom de Tarek Maaroufi est spontanément cité par les Autorités italiennes. M. Maaroufi aura l'occasion de s'exprimer et de nier toute relation avec le groupe alors suspect.
La semaine passée, les Italiens démantèlent un groupe islamiste en banlieue de Milan, à Gallarate. Cinq personnes sont arrêtées et mises en cause pour trafic d'armes et faux documents. Selon l'Italie, un lien est établi entre ce groupe et les cellules réputées proches Ben Laden en Grande-Bretagne, en Belgique, en Allemagne et en France. Les Italiens s'attaquent typiquement à une extension du réseau qu'empruntait Ressam. Or, à nouveau, le nom de Maaroufi surgit . A quel titre exact ? Nous l'ignorons.
Tarek Maaroufi dit depuis plusieurs mois qu'il pourrait être intercepté. Lui, qui se déplaçait fin 2000 encore en Iran et en Afghanistan, ne se sent plus en sécurité hors du territoire belge. Mais il n'a pas, en Belgique, de raison immédiate de craindre une arrestation. Formellement, son dossier demeure insignifiant.
A.L., Le Soir, Bruxelles
10/04/2001
Bourguiba un an après
Habib Bourguiba, 96 ans, qui était president dela tunisie entre 1957 et 1987 après avoir conduit le pays à l'indépendance de la France, est mort jeudi.
Mr. Bourguiba est mort dans sa ville natale de Monastir, une cille portuaire à 160km au Sud de Tunis. Il avait été hospitalisé le 5 mars en coondition critique à l'hopital militaire de Tunis, où il a été opéré pour enlever de l'air de ses poumon. Le 13 mars, il est retourné à Monastir, où, il y a des années, il s'était fait construire un imposant mausolée de marbre.
Le Palais présidentiel à Carthage a dit que le corps de Mr. Bourguiba était ramené à Tunis pour être préparé pour un cortège funéraire samedi de la capitale tunisienne à Monastir. Une période de deuil national de sept jours à été décrétée.
Mr. Bourguiba a été un des leaders arabes les plus durable. Il était aussi relativement modéré et pro-occidental et a fait beaucoup pour améliorer les droits de la femme en Tunisie.
Souvent appelé le Combattant Suprème, il a longtemps dominé sa nation nord africaine tout comme Jawaharla Nehru le fit en Inde ou Gamal Abdel Nasser en Egypte.
Au début des années 60. après avoir consolidé le pouvoir en tant que président, on lui posa la question du système politique tunisien. " Le système ? quel système ? s'exclama-t-il gaiement. " Je suis le système ".
Mr. Bourguiba reçu le titre de " Président à vie " en 1975, et il fut le seul président que la Tunisie indépendante eut jamais eut, quand, en novembre 1987. à l'âge de 84. il fut déposé dans un coup sans une goutte de sang. Il fut sorti par son nouveau premier ministre, Zine Abidine Ben Ali, qui déclara qu le président était trop sénile et malade pour gouverner les 7 millions de Tunisiens. Il souffrait de divers maux depuis des années.
Mr. Ben Ali, un ancien officier, mis Mr. Bourguiba sous garde pendant un temps dans une villa en dehors de Tunis et assuma la présidence lui-même.
Plus tôt, pendant la période Bourguiba, la Tunisie se transforma en l'un des pays arabes les plus tolérant et fut une vitrine du développement pendant des années(...)
Lors de ses dernières années au pouvoir, Mr. Bourguiba pris des mesures draconiennes contre les militants islamistes et il fut destitué après avoir ordonné un second jugement et la peine capitale pour plusieurs d'entre eux. Mr. Ben Ali et d'autres eurent peur que cet ordre conduise à une guerre civile
Cette période de crise était bien loin des jours de gloire de Mr. Bourguiba. Décade après décade, il fut lla t^te de fontaine de la vie politique tunisienne, d'abord comme leader du mouvement pour l'indépendance et lorsque l'indépendance vint en 1956, en tant que chef d'état, modernisateur, pionnier des droits de l'homme et avocat de la modération arabe sur la question d'Isra‘l.
Il était un leader flamboyant et un orateur doué. Mais dans sa jeunesse, il fut aussi un politicien difficile qui préféra souvent manÏuvrer ses adversaires somme les officiels français et les conservateurs islamistes plutôt que de leur faire face.
Ses tactiques devinrent connues dans la presse parisienne comme le Bourguibisme, et elle l'aidèrent à conserver sa position en tant que chef de la Tunisie, après que d'autres nation islamique -le shah d'Iran, le roi de Libye, les hommes forts de Syrie et d'Irak- aient été renversés. (traduit de l'anglais)
International Herald Tribune,
07/04/2001
Traduction : Sophie Bagga
"La caravane pour les droits
de l'homme en Tunisie,
l'envers du décor "
Strasbourg (03/04)
et Bruxelles (05/04)
Une délégation composée de Mme Sihem Ben Sedrine, porte-parole du Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), de Mme Souhayr Belhassen, vice-présidente de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'homme (LTDH) et du Dr Khelil Zaouia, membre du Comité directeur de la LTDH et du CNLT, s'est rendue à Strasbourg au Parlement européen. La délégation a été accompagnée au titre de la "caravane" par M. Khémaies Chammari. Cette visite qui a été organisée en relation avec le Bureau de la FIDH auprès de l'Union européenne a permis de rencontrer 14 députés appartenant aux différents groupes parlementaires.
La délégation a ainsi eu des entretiens pour l'essentiel positifs avec (dans l'ordre chronologique) :
- Mme Catherine Lalumière, députée du Parti socialiste européen (PSE), Parti radical de gauche-France, vice-présidente de la Commission des Affaires étrangères, membre du Groupe de travail sur les droits de l'homme.
- M. José Salfranca Sanchez Neyra, député du Parti populaire européen (PPE- Espagne), coordinateur PPE pour la Commission des Affaires étrangères.
- M. Jacques Poos, député PSE (Luxembourg), membre de la Commission des Affaires étrangères, membre suppléant de la Délégation pour les Relations avec les pays du Maghreb.
- Mme Yasmine Boudjenah, députée de la Gauche unie européenne (GUE/NGL), membre de la délégation pour les Relations avec les pays du Maghreb.
- M. Alain Krivine, député GUE/NGL (LCR France) .
- M. Ramon Obiols i Germà, député PSE (Espagne), président de la Délégation pour les pays du Maghreb.
- Mme Cecilia Malmström, députée du groupe libéral (Suède), membre suppléante de la Délégation des Affaires étrangères et du Groupe de travail sur les droits de l'homme
- M. Bob Van Den Bos, député du Groupe libéral ELDR (Pays Bas), membre de la Commission pour la coopération et le développement.
- Mme Marie-Arlette Carlotti, députée PSE (France), membre de la Commission du développement et de la coopération, membre suppléante de la Délégation des Affaires étrangères.
- Mme Pasqualina Napolitano, députée PSE (Italie), présidente du Groupe socialiste italien, membre de la délégation des Relations avec les pays du Maghreb
- M. Daniel Cohn-Bendit, député du groupe des Verts/ALE (les Verts français), membre de la Commission des Affaires étrangères
- Mme Hélène Flautre, députée du Groupe des Verts/ALE (les Verts français), vice-présidente de la Délégation des Relations avec les pays du Maghreb.
- M. Philippe Morillon, député PPE (Démocratie libérale - France), membre de la Commission des Affaires étrangères
- M. Olivier Dupuy, député de Radical international (Italie).
Au cours de cette journée au Parlement européen, la délégation a été également en contact avec M. Francis Wurtz, député GUE/ALE (Parti communiste français) et M. Harlem Desir, député PSE (PS France) ainsi que Mesdames Michelle Rieux, Thérésa Molorès, Messieurs Jean-Paul Lemarrec, Nicollo Rinaldi et Paolo Azzari, responsables administratifs au sein des Groupes des Verts, PSE, GUE/ALE, ELDR, Radical international et les assistants de Mme Flautre, C. Lalumière, M.A Carlotti, P. Napolitano.
Les entretiens ont porté notamment sur :
- la situation des droits de l'homme en Tunisie,
- la question des modalités de mise en oeuvre des clauses de droits de l'homme et des Accords d'association Tunisie-UE
- l'utilisation des fonds MEDA et MEDA-démocratie (transparence, utilisation exclusivement partisane dans les domaines de la presse et des médias, de l'appui à la vie associative et de la création culturelle).
Durant cette visite, une équipe de la chaîne de télévision ARTE (Evelyne Herber) a suivi la délégation dans ses déplacements, et un sujet a été diffusé au journal télévisé du soir le mardi 3 avril 2001.
La délégation a été avisée de l'octroi du passeport de la liberté du Parlement européen à Maître Néjib Hosni.
Enfin la délégation a participé à la réunion du Groupe socialiste italien à l'occasion de la remise solennelle du prix de la Fondation Maatoub Lounès à Imen Derwiche et Noureddine Ben Ticha anciens détenus politiques ayant subi la torture.
Cette distinction faite à deux jeunes défenseurs des droits humains, membre de l'Union générale des étudiants tunisiens - UGET- et de la " Caravane ", a une valeur et une portée hautement symboliques. La présence de tous les membres du Groupe socialiste italien et celle de Mme Malika Lounès, sìur du feu Maatoub, chantre de la liberté assassiné en Algérie ont illustré la triple dimension des droits humains, de la solidarité et de la perspective maghrébine de cette distinction.
Toutes nos félicitations à Imen et Noureddine. Avec la certitude qu'ils sauront rester fidèles à ce cri de Maatoub Lounès extrait de sa "Lettre ouverte au pouvoir " chantée en berbère sur la musique de l'hymne algérien: "la vérité, il faut que nous la racontions, donnons congé au mensonge".
C.R.L.D.H. Tunisie
45 ans d'indépendance
Quarante cinq ans d'indépendance et la Tunisie n'a connu que deux Présidents. Gage de stabilité pour les uns, signe d'une "si douce dictature" pour les autres. Aux "trois décennies" du Combattant suprême, risque de succéder une Présidence à prolongations de "l'homme du changement". Et l'on s'interroge comme l'écrivain nigérian Wole Soyinka : "On a souvent coutume de dire que l'Afrique n'est pas prête pour la démocratie. Je m'interroge: a-t-elle jamais été prête pour la dictature ?"
Cruel dilemme et atroce destin pour la Tunisie dont l'histoire n'est qu'une suite de conquêtes et de colonisations. Indépendante pour la première fois de son histoire en 1956, elle sombre dès les premières années sous le règne d'un régime prédateur de libertés. On dirait qu'on est un peuple de sauvages qui ne peut être gouverné que par le fer. Bourguiba abolit la monarchie beylicale, institue une République avec comme devise: ordre, liberté, justice qui se métamorphosent rapidement en désordre, domination et injustice.
Désordre par l'instauration d'un régime présidentiel à Parti unique et une Présidence à vie d'o* des politiques économiques sans cesse remises en cause et un régionalisme quasi tribal alimenté par un arrivisme destourien charognard. Chacun veut la place de l'autre, d'o* des intrigues, des complots, des "boucs émissaires", des procès politiques, des grèves et des révoltes réprimées dans le sang.
Domination, car la mainmise de Parti-Etat sur l'espace public est écrasante, insolente, arrogante du despotisme paternaliste mythomane. Dés lors les seules alternatives qui restent à toute voix discordante sont la prison ou l'exil. Tout le monde y passe, même certains destouriens qui ont voulu démocratiser leur Parti et contester les choix du Père de la Nation . Tais-toi et applaudis "les directives présidentielles" au nom de l'unité nationale, de la construction du jeune Etat et du développement économique. A la revendication légitime d'une liberté citoyenne, on répond par des procès politiques, d'o* une injustice de plus en plus diffuse qui devient une banalité, une souffrance partagée par tous, une fatalité de l'histoire.
Cette malédiction destourienne finit par se retourner contre ses instigateurs et l'on fit appel à "l'ogre", un miliaire pour restaurer une décadence perceptible de l'Etat-Parti. Alors il complote, case ses pions et, face à la menace d'une destitution prévisible, fit un coup d'Etat policier qu'il camoufla par des raisons médicales depuis longtemps évidentes. Il promit tout ce qu'un peuple réclamait afin de légitimer son pouvoir. Alors tout le monde se précipita vers le nouveau Kafour, le combla d'éloges, enfla sa vanité et oublia sa perfidie et les méfaits de son passé.
Dans cette fourberie généralisée, le Tunisien en transes, se voyait déjà citoyen entier et sa souffrance passée devint un vague souvenir... La noce des racailles donna lieu très vite à la fantasia de l'horreur, une "zerda" hystérique de Sidi Ben Ali o* l'on servit -entre autre- de "la position du poulet rôti" et "de l'orteil écrasé par un gourdin", le tout accompagné par les cris de douleurs de tout un peuple condamnéeau supplice.
Le "miracle tunisien" devient ainsi un cauchemar, un hiver taciturne, une continuité historique douloureuse. En Tunisie, "terre de sérénité", si on te maltraite, si on t'insulte, si on te harcèle, si on t'empêche de travailler, tu dois t'estimer comme un privilégié car d'autres ont eu un sort plus triste que le tien. Ils ont subitdes tortures au ministère de l'Intérieur et on continue à les maltraiter en prison o* ils croupissent depuis de très longues années. Même dans la répression, le régime de Ben Ali a inventé des classes sociales, une hiérarchie dans la douleur. D'une "poussière d'hommes" notre peuple devient des carcasses d'individus sans dignité, titulaires de la seule tolérance permise: se taire face à l'adversité ambiante.
Et l'on se demande à quoi sert l'indépendance d'un peuple s'il doit subir un tel sort. Aujourd'hui comme hier en Tunisie; il n'y a ni islamiste ni laïc, ni socialiste ni libéral, parce qu'il n'y a qu'une citoyenneté servile, niée, en souffrance. La propagande du régime nous annonce une croissance économique flatteuse, une paix sociale certaine, des droits de l'homme garantis et une démocratie en marche !
Amen ! Mais l'on s'interroge alors sur les causes de cette répression et sur cette négation de la citoyenneté par un régime qui se veut démocratique et garant des droits de l'homme.
Est-ce à cause de la menace intégriste maintes fois agitée? Le seul intégrisme que l'on constate est l'ostracisme du régime! Est-ce par cette répression sauvage que l'on combat l'intégrisme? Ce remède n'est-il pas plus dangereux que le mal qu'il est censé guérir? Est-ce que le pouvoir du "changement" défend des idéaux laïcs?
Est-ce pour des impératifs de développement ? Il est admis qu'il n'y a pas de progrès si le citoyen est maintenu à l'écart et privé de toute participation à la vie publique. Si développement il y a, il devrait favoriser à défaut d'une véritable démocratie, une certaine tolérance à l'égard de tout ceux qui ne se reconnaissent pas dans "l'oeuvre de l'homme du changement".
Est-ce pour des raisons culturelles, raciales, économiques, sociales, conjoncturelles, régionales? Les admettre nous réduit à n'être que des individus préhistoriques, inaptes à s'exprimer, circuler, travailler librement et en toute quiétude, si l'on n'est pas aux ordres de "l'artisan du changement". Les admettre c'est aussi reconnaître que le pouvoir du "changement" est incapable de gouverner démocratiquement notre pays. D'une incapacité supposée, on met en évidence une dictature, un pouvoir sans légitimité populaire.
Le pouvoir répond à notre impatience par une propagande usée et naïve qu'il emprunte aux dictateurs de l'époque de la guerre froide, et l'on devient traitres, néocolonialistes, des "éléments hostiles à la solde de milieux étrangers, des faux défenseurs de la démocratie et des droits de l'homme qui se plaisent dans cette hypocrisie et qui restent sans réactions devant le meurtre d'enfants et d'innocents en Palestine, en Irak..." Ben Ali massacre le peuple tunisien pour mieux secourir les enfants palestiniens et irakiens! Dans l'art d'occulter les vrais problèmes... il y a mieux.
Une conception quasi militaire de la souveraineté défendue par un conglomérat de nervis méprisables, sans convictions et qui trahit un sens moral limité aux seuls privilèges matériels et éphémères du quotidien.
Une propagande stérile érodée par les méfaits de plus en plus flagrants d'un régime condamné et que confirme la récente tentative d'arrestation en Suisse de son ex-ministre de l'intérieur.
Dés lors, spéculer sur un départ volontaire de Ben Ali à la fin de ses mandats constitutionnels en 2004, n'est que foutaise. "Le roi de Tunis" sait qu'il n'a pas gouverné démocratiquement pour espérer partir en toute quiétude à la fin de ses mandats. Il n'a pas respecté les engagements le légitimant, souscrits dans sa déclaration du 7 novembre pour s'incliner demain devant les impératifs d'une loi constitutionnelle qu'il peut modifier à tout instant. La loi en Tunisie n'est que l'expression de la volonté générale de Ben Ali. Bourguiba avait une idéologie, un discours et une conviction antidémocratique qu'il a assumée jusqu'à la fin de sa vie. Ben Ali dit ce qu'il ne fait pas et gère en fonction de la conjoncture.Une méthode de flic qui cherche à berner notre peuple et l'opinion publique internationale par la peur et la manipulation. Bourguiba croyait qu'il pouvait éduquer tout un peuple et le rassembler autour de ses propres valeurs modernistes quitte à nier celles des autres. Ben Ali pense pouvoir le soumettre par la répression , les brimades et un discours fallacieux sur les droits de l'homme.
Alors quarante cinq d'indépendance, c'est autant de souffrances, de servitudes et de cécité citoyenne qui réclament justice, la seule alternative qui peut réconcilier notre peuple avec son Etat en lui rendant son prestige et sa véritable fonction et l'épargner d'un chaos de plus en plus prévisible.
L'histoire enseigne qu'aucun peuple ne peut endurer indéfiniment et sans réactions une dictature aussi perfide,"aussi cauchemardesque" que celle que Ben Ali a instauré en Tunisie.
Brahim Hamdi
Une mentalité groupusculaire
Hamdi Brahim
Mohamed Charfi*,
collabo de la
première heure
et opposant
de la 25ème heure
On se croirait au cinéma : tout le monde est beau, tout le monde est brave. Tous champions : que tu aies joué les prolongations ou sué toute la partie, tu seras sur le podium le jour de la remise des médailles - même si tu es resté sur le banc.
Dans les années de braise, le benalisme était un serpent à double tête : la propagande et le flingue. Une minorité de va-nu-pieds, deux années durant, ont déclenché une offensive générale pour aplatir la propagande. Ces "sous-commandant Marcos " ont manié, comme personne, l'arme des mots. Des stratèges des médias. La victoire a été totale sur ce front.
Aujourd'hui, toiser et narguer Ben Ali, c'est canarder un moribond. La belle affaire ! Les têtes brûlées ont nettoyé la ville et c'est le dessus du panier qui tient le haut du pavé, le jour du défilé... On découvre leurs hauts faits d'armes, leurs lettres de démission... Qu'ils nous les montrent pour qu'on se torche le cul avec !
Le sous-commandant Ben Brik
Taoufik Ben Brik
ACTUEL
Tarek Dhiab élu
"footballeur tunisien du siècle"
APF, le 4 avril 2001 à 12h40.
TUNIS (AP) -- Ballon d'or africain en 1977, l'ancien joueur international de l'Espérance sportive de Tunis, Tarek Dhiab, a été élu mardi "footballeur tunisien du siècle" au terme d'un référendum organisé par le journal de Tunis "Le Renouveau".
Sacré parmi 21 joueurs nominés, dont le "légendaire" gardien du Onze tunisien et du Club africain Sadok Sassi, alias "Attouga", après le dépouillement de 9.000 bulletins de vote (journalistes et sportifs), l'ancienne gloire du football tunisien n'a pas caché sa joie pour cette consécration qu'il a tenu à partager avec sa génération."J'ai eu la chance d'évoluer avec de grands joueurs au sein de mon équipe et de la sélection tunisienne", a déclaré le célèbre numéro 10.
Agé de 47 ans, le lauréat est l'auteur d'une riche carrière qui a duré 17 ans -15 ans à l'Espérance de Tunis et deux ans à Ahly Jeddah (Arabie Saoudite)-, couronnée par plusieurs consécrations dont le Ballon d'Or africain que lui a décerné le journal français "L'Equipe" en 1977.
Outre les nombreux titres qu'il a remportés avec son équipe, il a été l'une des vedettes du Onze tunisien lors du Mondial en 1978 en Argentine.
En tenant en échec le champion du monde en titre, l'Allemagne (0-0), une victoire sur le Mexique (3-1) et une défaite face à la Pologne (0-1), la sélection tunisienne, alors seul représentant africain, avait eu le mérite d'ouvrir la voie à l'Afrique qui s'est vu octroyer quatre ans après une deuxième place dans cette joute footballistique universelle.
Tunisie : S'accrocher au pouvoir
Un entretien avec Khémaïs Chammari
Khémaïs Chammari a été secrétaire général de la Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH), vice-président de la Fédération internationale des Ligues des droits de l'homme (FIDH) et l'un des dirigeants du Mouvement des démocrates socialistes (MDS), parti d'opposition qui a été récupéré par le pouvoir tunisien et qui ne joue plus aujourd'hui qu'un rôle d'alibi démocratique. Victime de cette récupération, Khemaïs Chammari, député du MDS, a vite compris qu'il jouait dans un marché de dupes. Ce réalisme lui vaudra d'être incarcéré. Depuis, il s'est exilé en France o* il poursuit son combat pour la défense des libertés en Tunisie, un pays qui s'enfonce dans une dérive totalitaire anachronique.
Bien qu'elle réunisse certains critères socio-économiques qui pourraient faire d'elle une démocratie, la Tunisie semble s'enfermer dans un système autoritaire anachronique et paradoxal. Comment est-ce possible ?
Khémaïs Chammari :
Je pense que la raison principale du maintien de cette situation est l'héritage et la perpétuation de la culture du Parti unique. L'Algérie voisine avait aussi un Parti unique, mais celui-ci s'est effondré. Dès lors, contrairement à ce qui se passe en Algérie, il n'y a rien qui pèse autant aujourd'hui en Tunisie sur le fonctionnement de l'espace autonome, de ce qu'il est convenu d'appeler la société civile, que le système du Parti unique et le quadrillage systématique de la population par les différentes instances du Parti, par le réseau des associations créées de toutes pièces par le pouvoir et qui ont une fonction d'encadrement dans le mauvais sens du terme, les fameuses " OVG " (Organisations véritablement gouvernementales), les comités de quartiers, etc.
Il y a donc un contrôle social et politique très fort, qui est un héritage du système et de la culture du Parti unique. A cela s'est ajouté le fait qu'avec l'avènement du régime de Ben Ali (novembre 1987), et une fois passée la période de transition, une obsession sécuritaire, bien plus marquée encore que du temps de Bourguiba, a commencé à se manifester.
Cette situation tient aussi au profil des hommes qui sont au pouvoir. Outre le Parti unique, l'autoritarisme et l'intolérance, il ne faut pas oublier que les personnes qui se trouvent au sommet du pouvoir en Tunisie sont issues des appareils de sécurité et que ce régime est aussi le résultat d'un coup d'Etat médical avec pour corollaire le développement d'une paranoïa chez ses concepteurs. Donc, l'obsession sécuritaire se conjuguant avec l'héritage du Parti unique débouche sur un système politique tout à fait paradoxal dans la mesure o* il cohabite avec l'image d'une Tunisie stable, ce qui n'est d'ailleurs pas complètement dénué de fondement, ainsi qu'avec celle longtemps véhiculée d'une économie performante. Et c'est vrai que comparée aux pays limitrophes et à la situation d'un continent naufragé, l'économie tunisienne apparaît comme relativement performante.
Nous sommes donc effectivement dans une situation paradoxale. Pourtant, s'il faut prendre à la lettre ce que disent les officiels tunisiens, on est tenté de dire " mais raison de plus ! ". En effet, si la situation est stable, si l'économie se porte bien, enfin si la Tunisie peut se targuer d'avoir réalisé de véritables avancées, qui sont incontestables, sur le plan socio-économique, en matière de droits de la femme par exemple ; et bien raison de plus pour que des réformes institutionnelles et politiques constituent des aspirations légitimes des différentes couches de la population.
En Algérie, il n'y a plus de Parti unique, mais il y a l'islamisme...
KC :
L'islamisme est alors brandi par le pouvoir tunisien comme un spectre qui justifierait tout. Pourtant, ne craignant pas la contradiction, Ben Ali annonce avoir complètement éradiqué l'islamisme en Tunisie. Cependant, on peut dire qu'il n'y a pas de péril islamiste aujourd'hui en Tunisie. Bien entendu, on peut discuter de la nature de cet islamisme. Il faut et il faudra d'ailleurs à l'avenir lutter contre un conservatisme islamiste qui correspond au projet islamiste, notamment pour sauvegarder et développer les acquis sociaux de la Tunisie moderne. Mais il s'agit là d'un combat qui doit être mené sur le mode du contredire et non pas de l'interdire. Le risque d'un islamisme radical de type terroriste n'existe pas en Tunisie. En effet, à l'exception d'un attentat commis en 1992 contre les locaux du Parti unique, il n'y a pas eu jusqu'ici une seule opération de type terroriste menée par des islamistes. Cela signifie peut-être que la police est vigilante, mais cela signifie surtout qu'un terrorisme islamique n'est pas à l'ordre du jour en Tunisie.
Vous estimez que l'atout majeur du pouvoir tunisien est qu'il a parié sur le développement d'une classe moyenne qui lui sert de base.
KC :
Oui mais au sein de cette classe moyenne, le carcan de contrôle politique et policier imposé par le pouvoir est de moins en moins supportable. La façon dont la Justice est instrumentalisée a atteint un degré tel aujourd'hui qu'au sein même de la classe possédante, il y a une incertitude face à l'institution judiciaire. Il n'existe aucune garantie pour que la Justice soit rendue correctement, à moins bien sûr d'avoir les moyens de rentrer dans le jeu de la corruption. Mais là aussi pour ceux qui en profitent et en bénéficient, c'est une source de déchéance. Des tensions se font donc sentir maintenant au sein de cette classe moyenne, même si elles ne sont pas exprimées ouvertement.
Comment ce régime tunisien, passé maître dans l'art du renseignement, ne se rend-il pas compte qu'il est en train de perdre sa base ?
KC :
Parce que le changement ne se produit pas de façon spectaculaire. L'érosion est imperceptible aux yeux du pouvoir qui ne regarde la société qu'à travers le prisme déformant de ses appareils de répression, de délation et de contrôle. En outre, le pouvoir tunisien a adopté une attitude qui procède d'un certain mépris. Il y a dans la pratique politique du régime tunisien une vocation rédemptrice qui veut faire croire que le Parti unique va assurer le bonheur des gens contre leur propre gré. Un élément de déstabilisation de cette classe moyenne, qui constitue le socle de ce régime, est le développement à un rythme accéléré de la grande corruption. Il ne s'agit pas seulement du détournement direct des deniers publics. Non, il s'agit en réalité d'une mise en coupe réglée de l'économie du pays par l'entourage direct des gens les plus haut placés de ce pouvoir. Les intérêts en jeu sont tels que le président Ben Ali et ses proches ne peuvent que s'accrocher au pouvoir.
Donc, ils ne peuvent plus faire machine arrière, quand bien même voudraient-ils introduire un peu d'ouverture dans le système ...
KC :
Pour cela, le régime devrait permettre une certaine ouverture de la presse, mais il ne pourrait jamais franchir ce pas. D'abord, parce que les réflexes autoritaires ne débouchent jamais sur de telles initiatives, mais aussi parce qu'il s'agit pour le pouvoir d'un trop grand risque. En effet, la presse pourrait rendre publiques toutes les rumeurs qui circulent sur la corruption endémique de l'entourage direct du Président.
Outre l'obsession sécuritaire et la culture du Parti unique qui explique le maintien d'une telle chape de plomb sur la société tunisienne aujourd'hui, la tradition d'un Etat fort n'a-t-elle pas aussi joué un rôle dans le développement de cette dérive autoritaire ?
KC :
Il y a en effet une tradition étatiste très forte en Tunisie qui date des années 60 et qui se distingue par la mise en place et la consolidation de l'Etat centralisé, omnipotent, doté d'une bureaucratie redoutable qui a permis aussi de réaliser les premiers grands investissements et de créer l'infrastructure sur laquelle le secteur touristique s'est développé au moindre coût pour les générations suivantes.
On se trouve à nouveau en plein paradoxe. Voilà qu'un régime qui se réclame du libéralisme économique et qui anticipe sur la demande de ses interlocuteurs et de ses partenaires dans le cadre de l'accord d'association avec l'Union européenne - dont l'objectif est d'établir une zone de libre-échange dans la Région sur le mode libéral - mais qui en même temps a d'énormes difficultés à se départir des procédures de fonctionnement d'une Administration qui est omniprésente et tatillonne. La situation du système bancaire tunisien par exemple, qui est un des sujets de préoccupation au niveau du partenariat euro-méditérannéen dans le cadre de la mise en place de l'Accord d'association, n'est à l'évidence plus tenable parce que ce secteur s'apparente de plus en plus à un colosse aux pieds d'argile. Les banques étatiques, qui constituent l'essentiel du marché bancaire en Tunisie, ne tiennent plus que de façon artificielle. La " mise à niveau " n'a pas donné de résultats concluants, et d'ailleurs les partenaires réclament un peu plus de rigueur dans ce domaine ainsi que des réformes plus conséquentes.
Il semble qu'après une relative accalmie, le pouvoir tunisien ait décidé de réprimer à nouveau de façon disproportionnée toute tentative d'ouverture de la société civile. Pourquoi ?
KC :
En effet, après l'éphémère trêve qui a fait suite au désarroi du pouvoir avec la montée de la dissidence démocratique de printemps dernier et dont la grève de la faim de Taoufik Ben Brik (1) a été le paroxysme, obligeant le pouvoir à lâcher un peu de lest, voilà qu'il revient à une traque systématique des opposants et au verrouillage du moin-dre espace d'expression. Une des raisons qui permet de comprendre cette réaction violente est l'échéance des élections de 2004. Le président Ben Ali n'a en effet plus la possibilité constitutionnelle de se représenter, il doit donc réaliser un tour de passe-passe pour rester dans ses fonctions. Dans ce contexte, les acteurs de cette dissidence démocratique et notamment la Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH) apparaissent, de par leur capacité de créer des vagues, comme des empêcheurs qu'il faut bâillonner avant qu'il ne soit trop tard.
Il s'agit là d'une vision assez pessimiste pour l'avenir de la Tunisie.
KC :
Non, car je ne pense que le plan de Ben Ali ne pourra pas fonctionner face aux actes de résistance qui se multiplient. La situation a évolué. L'image à l'eau de rose que le régime tunisien veut donner de lui-même ne passe plus ni à l'extérieur ni à l'intérieur de la Tunisie. L'échéance 2004, et notamment les élections législatives qui auront lieu en même temps que l'élection présidentielle, offrent une perspective intéressante avec la formation d'un front démocratique comme il n'y en avait jamais eu potentiellement en Tunisie dans la mesure o* il y a un resserrement des liens entre démocrates et progressistes, des modérés aux plus radicaux et qu'il n'est pas illusoire d'espérer qu'à l'horizon 2004 il y aura pour la première fois, quelles que soient les manìuvres utilisées par le régime, une vraie bataille politique.
Propos recueillis
par Théo Karam
" Le régime tunisien doit évoluer "
(...) Leader de l'opposition tunisienne, Mohamed Charfi affirme que " Ben Ali se prépare à une Présidence à vie "comme Habib Bourguiba". Comment jugez-vous l'évolution politique de la Tunisie?
Hubert Védrine :
On ne peut que constater qu'une frustration démocratique grandit en Tunisie. Et qu'un malaise est exprimé aujourd'hui par des personnalités modérées. La réussite économique des gouvernements successifs sous la Présidence de Ben Ali est suffisamment grande pour que le régime puisse évoluer davantage sur le plan politique, se moderniser, franchir quelques étapes en matière de démocratisation. Il y a une marge de manìuvre. Nous souhaiterions que les responsables sachent l'utiliser à bon escient.
Le Parisien,
1er avril 2001
Ben Ali
et son ancien ministre
L'Express
19/04/2001
Des hypermarchés
bien branchés
Maghreb Confidentiel, NÁ 506, 12/04/200
Harcèlement fiscal
Maghreb Confidentiel
NÁ 506, 12/04/01
L'ouverture en Tunisie
au coeur d'une lutte de clans
Florence Beaugé
Le Monde, 9/04/2001
Tunisie : le PS
français condamne,
Ben Ali agresse
Le président tunisien Zine Ben Ali a la riposte diplomatique et barbouzarde d'autant plus immédiate qu'il se sent sur la sellette. Souhayr Belhassen, vice-présidente de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, s'est fait ainsi violemment agresser samedi soir par deux hommes alors qu'ellesortait de l'aéroport de Tunis o* elle avait déjà subi une longue fouille au corps en débarquant de Paris. Elle rentrait d'un voyage au cours duquel elle avait rencontré de nombreuses personnalités pour les mobiliser sur la situation des droits de l'homme dans son pays. Le commissariat de l'aéroport a refusé d'enregistrer sa plainte. Ben Ali entend visiblement faire payer à ceux qui dénoncent sa dérive sécuritaire la très dure prise de position du PS français qui a affirmé, la semaine dernière, qu'il "ne pourrait désormais entretenir de relations normales avec le RCD (le Parti au pouvoir) tant que la Ligue et les Organisations démocratiques seront réduites au silence". Le PS a publié ce communiqué, jugé "inacceptable" par le RCD, après avoir reçu Mustapha Ben Jaafar, responsable du Forum démocratique, un Parti qui demande en vain sa reconnaissance.
Libération
16/04/2001
L'ingérence de Ben Ali
En quittant la Tunisie, il y a quelques mois, Nouredine Benticha et Imène Derouiche pensaient mettre fin à leur cauchemar. Ces deux jeunes militants d'opposition venaient de purger un an et demi de prison pour appartenance au PCOT (communiste), un Parti interdit au pays de Zine El Abidine Ben Ali. En France, o* ils se sont installés, le harcèlement, pourtant, continue. Filatures, menaces, intimidations: les barbouzes du régime de désarment pas. Il faut dire que Benticha et Derouiche, à qui le Parlement européen vient de décerner le prix Lounès Matoub des droits de l'homme, refusent de cesser le combat. Tout en poursuivant leurs études de sciences économiques, ils tiennent à témoigner, avec le soutien du Comité pour le respect des droits de l'homme en Tunisie, des tortures qu'ils ont subies en détention. Chaque fois qu'ils ont pris la parole, les séides de Ben Ali étaient présents. "Je devrais, ici, me sentir en sécurité. Mais en réalité, je suis très angoissée" confie Imène, inquiète pour sa famille. "Je préfère encore rentrer chez moi, en Tunisie, au moins je sais à quoi m'attendre". Nouredine Benticha et Imène Derouiche ne sont pas les seuls à vivre dans la peur. Selon un opposant exilé de longue date, 300 policiers tunisiens se trouveraient aujourd'hui sur le territoire français : ils sont agents d'ambassade, militants du Rassemblement des Tunisiens en France (RTF), une amicale inféodée au Parti présidentiel parfois même fonctionnaires de la Sécurité militaire; ces derniers dotés de faux passeports.
Le 6 avril dernier à Paris, une centaine de nervis, armés de battes de baseball, ont attaqué la Bourse du travail o* se tenait un meeting sur la répression en Tunisie. La Ligue des droits de l'homme a juste eu le temps de prévenir le Cabinet de Daniel Vaillant, ministre de l'Intérieur français. Et elle envisage de porter plainte.
Marianne
16-22/04/2001
Relever la tête, relever l'Etat, relever le pays
Chers amis,
Le 1er Mars dernier s'est passé quelque chose que d'aucuns ont considéré comme inoui et que j'ai consideré, pour ma part, comme faisant partie de l'évolution ou plus exactement de la dégradation normale de la dictature Rappelez-vous : je devais passer le témoin à Sihem Ben Sedrine à la tête du CNLT. La police s'était opposé par la force à la réunion en tabassant Khadija Cherif , Abdelkader Ben Khmiss , en me bousculant, etc...
Mais c'est de ce qui s'est passé le lendemain dont je veux vous parler .
A neuf heures du matin, je me présente au siège du CNLT, pour voir ce qui se passe. Une horde de policiers me barre le passage et me prie de dégager. Je n'ai pas l'habitude de discuter, encore moins de me chamailler avec des subalternes. Je fais demi tour en maugréant.
Surprise !
La horde me suit en m'abreuvant d'injures et à haute voix.
-Eh le pédé, va donc téléphoner à El Jazira .
- Traître, vendu, salaud,crie une autre voix. La horde me suit du ''Passage'' jusqu'à l'avenue Bourguiba .Ces malfrats déguisés en policiers ou ces policiers déguisés en malfrats, continuent à me coller, redoublant de sarcasmes et d'injures.
Je connais bien cette flicaille, depuis le temps que je l'ai sur les talons.
En général, ils sont à la limite de l'obséquiosité, là ils sont à la limite du passage à tabac. Je reconnais le phénomène de l'amplification propre à l'exécution des ordres dans une dictature.
En Démocratie, un ordre est exécuté de façon professionnelle sans plus.En dictature, il est toujours amplifié dans un sens ou dans un autre.
Les subalternes sont si apeurés qu'il vont en rajouter. Quand on leur dit d'être polis, ils sont carpette, quand on leur dit d'être méchants, ils font les dobermans.
Donc on leur a donné des ordres, mais mes lascars en rajoutent quand même un peu beaucoup.
La situation est pénible et franchement gênante, surtout avec tous ces regards inquiets des passants, qui ont bien vu à qui ils ont affaire (le walkie talkie et tout le tralala).
Je suis non insultable, certes mais quand même !
Exit l'idée de faire face.
Un pugilat avec ces armoires à glace o* même le cerveau doit être fait avec du muscle ! Hors de question .
J'ai souvent reproché à certains de mes amis , qui n'ont rien à prouver sur le plan du courage physique, d'en venir aux mains avec ces drôles de policiers.
Quelle idée d'aboyer avec un chien qui vous aboie ou pire encore de l'attraper pour le mordre sous prétexte qu'il vous a mordu.
Or ces hommes ont accepté de se défaire de leur dignité et de faire le chien. De toutes les façons, ce n'est pas avec eux que j'ai un litige , mais avec le maître qui les a lâchés sur moi.
Exit l'idée de protester . Auprès de qui ?
Reste une troisième idée à évacuer. Je la sens fuyante, essayant se cacher, un peu honteuse d'elle même,et pour cause .
- Dis donc l'idée, oui toi la bas , au fond du puits , oui, oui, toi , n'essaye pas de te débiner, viens par ici , que je te vois de plus prés.
L'idée, ne sachant plus o* se cacher, se présente à la lumière de la conscience.
Je l'examine amusé et irrité.
-Ah oui, quand je serais Président, ils verront de quel bois je me chauffe. Ha ha, encore faut-il que tu le deviennes Président, et à supposer que ... Comment vas-tu t'y prendre ? En les soumettant à la torture démocratique, ça va les enfantillages, mais seulement pour aujourd'hui. Allez ouste à la poubelle.
L'idée se délite. Les mots qui la formaient vont se chercher à se placer de nouvelles structures pour faire des idées acceptables par un esprit qui a inscrit comme devise sur le fronton du temple: " En mauvaise passe ne jamais céder , en situation de force ne jamais se venger".
-Hé toi le vendu, etc...
Cest çà, mon gaillard,traite moi de vend . Comme disait mon grand -père, ce petit paysan qui s'y connaissait en hommes et en palmiers : " c'est sur sa propre gueule que coule la salive, quand on crache sur les dattes aux cimes de l'arbre-roi ".
La scène ressemble de plus en plus à une chasse à courre en plein centre de la cité. Une terrible colère gronde et le volcan peut à tout moment exploser.
Oui, oui, ne cessais-je de me répéter, tu es un lion et non un renard, encore moins un lapin, mais continue quand même de garder ton calme. Le politique est déjà au plus bas dans ce pays, inutile d'ajouter à sa déchéance. Brusquement j'ai envie d'un café. Je m'installe à une terrasse à l'avenue de Carthage et commande un expresso bien serré.
La horde s'installe sur le trottoir en face, agite ses walkie-talkie et crie de plus en plus fort.
- Alors le Moncef , on va à Sousse ou à Hammam-Lif ! ! ?
J'essaye de les oublier et de me concentrer sur mon café que je prends toujours sans sucre, peut être pour savourer une amertume qui ne soit pas pour une fois synonyme de souffrance, mais du plaisir mitigé qui est celui de vivre et de plus dans un pays comme le nôtre.
- Alors Moncef , on se le boit ce café en vitesse!
Passent des étrangers tout aussi intrigués et ahuris que les autres badauds .
Ca des fonctionnaires de l'Etat tunisien ? Je me sens accablé , submergé de sentiment de honte. J'ai honte d'eux, j'ai honte pour eux. J'ai surtout honte pour la Tunisie sous la botte des mafieux et des barbouzes.
De la boue, toujours de la boue, encore plus de boue sur les armoieries et le blason de ce qu'on ose à peine appeler encore la République.
Dans quel pays, même vivant sous la dictature, verrait-on un ancien candidat à la présidence de la République, un homme, un opposant, un professeur de médecine, j'ose le croire, connu et respecté, poursuivi en plein centre de la capitale par des fonctionnaires le traitant de ''Tahan'' (ndlr: pédé, cocu, ...)
Brusquement, je réalise à quel point cette scène est révélatrice du délabrement que ce régime laid a occasionné au pays et à son Etat .
De par sa fonction, l'Etat se doit d'être le protecteur de nos vies, de nos biens et de nos droits dont les plus précieux sont la liberté et la dignité.
Hegel en faisait une quasi -divinité car il est supposé incarner l'histoire, l'essence de la Nation. et par dessus tout la Loi .
L'Etat a beau être un monstre froid, il n'existe et ne commence que par elle. Il est celui qui l'énonce, qui l'applique et qui sanctionne sa violation.
- Hé donc va en France, tu y seras bien payé pour ta trahison !
Me revient à l'esprit toutes les étapes de la plongée de notre Etat dans les abysses de l'indignité et de la vulgarité, et de l'illégalité, entamée il y a vingt ans sous le règne d'un vieillard indigne, qui s'aimait plus qu'il n'aimait le pays et précipitée par son ministre devenu son tombeur.
Il y a bien sûr le fond : arbitraire, corruption, torture, traquenards judiciaires, procès indignes, élections trafiquées et ne craignant aucun ridicule, etc
Il y a surtout la forme ou plutôt le style, confessons-le, propre à ce régime qui se qualifie d'ére nouvelle :agressions physiques contre les opposants, usage de cassettes pornographiques, vol des voitures, casse de bureaux, lâcher de journaux de caniveau, coupures arbitraires du téléphone, et puis ça, en attendant le règne au grand jour des Tontons macoutes et l'apocalypse des voyous.
Le premier hors la loi aujourd'hui en Tunisie est l'Etat confisqué par un régime sans scrupules.
Ce qui fonde le prestige de l'Etat, la fameuse ''haiba'', n'est pas la simple crainte d'un pouvoir dont on sait qu'il est le maître de la violence légale, mais c'est surtout la perception de la grandeur. Il ne faut pas seulement donner l'exemple, il faut surtout bannir du champ du visible tout ce qui est vulgaire, choquant, de basse facture.
L'Etat est en fait le père symbolique, qui peut exercer son pouvoir par la coercition mais qui ne peut exercer son autorité que s'il se montre crédible, digne de confiance et de respect.
C'est ce rapport subtil entre pouvoir coercitif et autorité par le respect et l'admiration, qui est à la base de tout Etat digne de ce nom.
En Tunisie, l'Etat aujourd'hui, par ce qui s'exhibe en permanence, et avec quelle arrogance, quelle ostentation, quelle bêtise, de brutalité, de vulgarité et de violation systématique de la loi, a de plus en plus de pouvoir et de moins en moins d'autorité. La fin de ce déséquilibre non viable ne peut être que la destruction de toute la machine Il n'y à qu'a voir dans quel état se trouvent aujourd'hui les systèmes socio-économiques comme l'Education , la Santé , l'Administration pour mesurer l'avance de la déliquiessence .
C'est de ses ruines symboliques et affectives que nous devons relever notre Etat afin qu'il ne soit plus objet de crainte et de mépris, mais de confiance et d'adhésion .
- Alors le traître, c'est fini ce café, oui!
De nouveau, je suis frappé par ce que le comportement de ces agents de l'Etat zéro, révèle.
Le message est clair : Nous ne te respectons pas, nous ne respectons rien ni personne.
La suite n'est pas criée . Elle est tue, probablement dans la douleur et la honte. Elle n'en est pas moins évidente et dans un certain sens pathétique : Nous ne respectons même pas nos propres personnes.
Relever l'Etat de ses ruines symboliques et affectives, passera donc par un préalable incontournable : redonner aux hommes et aux femmes de ce pays, fussent-ils des policiers, le sens du respect de soi ; redonner aux institutions de l'Etat, fussent-elles les diverses polices, le sens du rôle digne qu'elles doivent incarner dans un Etat digne de ce nom.
Voilà donc la situation, l'ambiance. Voilà aussi le programme : Relever la tête , relever l'Etat, Relever le pays
Sousse, le 29-3-2001
Lisez
"El Jour'a "
"L'Audace " dans son arabe
16 pages
n¡1 - Février 2001
15 F en kiosque