L'AUDACE

Corruption
BEN, ALI, SA FEMME, SES FILLES, SES GENDRES ET SES CONSEILLERS :
HISTOIRES VÉRIDIQUES DE DÉTOURNEMENTS QUOTIDIENS

TÉMOIGNAGE D'UN DÉTENU D'OPINION À LE PRISON DU 9 AVRIL

PROCÉS D'OPINION
MONCEF MARZOUKI, NÉJID HOSNI, MOHAMED MOUADA, LES FEMMES DÉMOCRATES ET LA LTDH : Embrassement de la société civile

PRÉDICTIONS : LE HAJ SALIM PRÉVOIT UNE FIN FATALE POUR BEN ALI

LA MORT D'UN ÉTUDIANT OU LE SACRIFICE D'UNE JEUNESSE À LA FLEUR DE L'ÂGE

N¡ 71 janvier 2001

Sommaire

Editorial : Ben Ali ne gouvernera pas jusqu'en 2011
Mieux vaut le dire
L'autre edito
Corruption : Histoires véridiques de détournements au quotidien
A la une : la déclaration de Moncef Marzouki
Communiqué, du Forum démocratique
Droits de l'homme : Déclaration de Slaheddine Jourchi
Communiqué, de Mohamed Mouada
Cri de détresse de derrière les barreaux
Mort d'un étudiant
Politique : L'abominable homme de Carthage
Interview avec le sociologue Salah Hamzaoui
Prédictions : Cheik Salim, Ben Ali et l'an 2001
Jugeons-les !
Libertés de Mondher Sfar
La vie de l'Audace
Autre affaire Tarek Maaroufi
Jean Daniel dénonce l'imposture en Tunisie
Chronique d'une débâcle annoncée II
La Plume déchaînée


EDITORIAL


Ben Ali ne gouvernera pas jusqu'en 2011

Que les caciques du RCD, adeptes du Parti unique, comme Abdelwaheb Abdallah et Abdelaziz Ben Dhia se brossent les dents. Et que le peuple tunisien se rassure : Ben Ali n'ira pas jusqu'en 2011. Les informations recueillies par notre journal nous démontrent que toutes les gesticulations ridicules d'un régime en faillite tendant à privilégier un système vieux de 50 ans n'ont aucune chance de garantir sa survie. Des analystes avisés considèrent que Bourguiba décédé a emporté avec lui tout un système longtemps contesté.
A la tête de la Tunisie d'aujourd'hui, il n'y a plus "le combattant suprême" fougueux et capricieux, ni une Wassila Ben Ammar comme contre-pouvoir, ni des Premiers ministres fussent-ils Nouira ou Mzali ou même le pâle et éphémère Rachid Sfar qui ne furent que les premiers des ministres. Il y a une mafia composée de Leïla Trabelsi épouse Ben Ali, les filles et les gendres du Général, et des frères, soeurs et alliés de Madame.
Grâce aux conseils toulousains de son directeur de Cabinet, Ben Ali se croit réellement investi d'une mission pour le pays dont il a dilapidé les richesses et lapidé le peuple. Ainsi, l'on semble s'orienter aujourd'hui vers une autre présidence à vie. Parce que la Tunisie est une démocratie comme la France (voir "L'Audace" nÁ56 d'octobre 1999), des constitutionnalistes languissant de la colonisation ont approuvé "la lumière" des Ben Dhia et Abdallah afin de réformer la Constitution en adoptant le septennat (sept ans) ou l'octonnat (huit ans) sans limitation de mandat. Né le 3 septembre 1936, Ben Ali aura 68 ans en 2004 et contournera ainsi la disposition limitant à 70 ans l'âge des candidats à la présidence de la République. Le parano de Carthage bloque, pour le moment, au sujet de la réforme de la loi qui ne permet qu'aux Secrétaires généraux des partis d'opposition légaux de se présenter à une supercherie qui le consacre toujours champion.
Le drame est que ces clans mafieux l'utilisent à leur tour et d'en servent pour sauvegarder leurs privilèges en lui donnant l'illusion qu'il est le meilleur... En attendant le prochain coup d'Etat qui le mettra quelque part à la périphérie de Carthage... sinon en Argentine.
Il est vrai q'un système, vieux d'un demi-siècle a une peau de pachyderme. Ce n'est donc pas de l'inculte de Carthage qu'on devrait s'attendre à ce qu'il soit réformé. Ce système doit disparaître avec celui qui le préside en mafieux : Ben Ali lui-même.
Reste ce qu'on appelle l'alternative. Rien, pour le moment, ne semble se mettre en place pour que la passation se fasse sans incidents majeurs. Mais des hommes comme Moncef Marzouki, Mustapha Ben Jaafar, et quelques autres qui ont fini par comprendre à temps que la Tunisie n'appartient à personne, peuvent constituer des alternatives crédibles. Et tout démocrate ne peut que les applaudir.
Ce Mandela tunisien qu'est Moncef Marzouki se trouve aujourdhui dans la tourmente de la dictature implacable alors qu'à l'étranger comme à Tunis, il a besoin qu'on 'aide à dénoncer ce dont il a été le précurseur à considérer comme inacceptable.
Il est temps pour la Tunisie que la politique ne se fasse plus dans les cafés.
Toute une génération a été sacrifiée. Espérons qu'avec cette génération d'hommes courageux et audacieux, une autre Tunisie renaîtra.

Slim Bagga





Retour sommaire





MIEUX VAUT LE DIRE : POLITIQUE

TGhazi Ganzoui et les cadeaux paternels
Le fils adoptif de Mohamed Ali Ganzoui, Ghazi Ganzoui, est l'animateur le mieux payé de la RTT (Radio télévision tunisienne). Dans les milieux de la Télévision publique, de plus en plus de grincements de dents se font sentir. Après avoir débuté dans des émissions sportives, le jeune animateur sans envergure s'est imposé à la Télé grâce à son père qui trône à la tête de la sûreté en qualité de tortionnaire en chef.
Ghazi Ganzoui dispose déjà, en outre, d'une société de location de voitures, secteur monopolisé par le clan des Trabelsi , auquel s'est rallié Ganzoui père depuis 1993.

Mongi Safra : un conseiller bien bavard
Le nouveau conseiller économique du Général Ben Ali, Mongi Safra, ne cesse d'étonner. Après avoir remplacé le conseiller Mohamed Ghenima, il s'est installé dans la forteresse de Carthage et ne rate pas une occasion de se quereller avec d'autres conseillers tels Abdelwaheb Abdallah et, plus récemment, avec Abdelaziz Ben Dhia, le directeur de Cabinet de son Excellence.
Ainsi, c'est Mongi Safra lui-même qui, se targuant de jouir de l'entière confiance de Ben Ali, fait actuellement circuler la rumeur selon laquelle Abdelaziz Ben Dhia serait nommé ambassadeur à Paris dans les tous prochains jours. Cette information est à prendre avec beaucoup de circonspection, d'autant qu'elle est relayée par certains repentis qui n'ont jamais rien compris à la lutte des clans.
Cela étant, si le gros Ben Dhia était vraiment nommé à Paris, comme le prédit Mongi Safra, ce n'est pas lui qui risquerait de meubler ses longues nuits entouré de call-girls, comme ce fut le cas à Bruxelles du nouveau conseiller économique de Ben Ali. Ben Dhia, c'est une toute autre nature. Si douce !...

Ben Ali : "un verre de temps à autre"
A un ancien ministre des Affaires étrangères à la retraite qui lui rendait visite il y a quelques mois, Ben Ali s'est laissé aller à certaines confidences. Mais rassurez-vous : elles ne comportent aucun début de vérité.
Ainsi, le Général aux grandes oreilles s'informait auprès de son hôte sur ce qui se disait à son propos dans la rue ou dans les sphères politiques aussi bien dans le pays qu'à l'étranger, l'ancien ministre en question vivant à Paris.
"Monsieur le Président, lui confia-t-il, on dit que vous buvez beaucoup".
Et notre pieux Général de s'exclamer sur un ton dont seul Tartuffe connaît la résonance : " C'est faux. Je vous jure qu'il n'y a rien de tout cela. Je bois un verre (de whysky) de temps en temps".
"De temps en temps", c'est à dire tous les quart d'heure? Toutes les demi-heure?

Affaire Karker
Durant l'été, on a beaucoup parlé de la libération de Salah Karker, assigné injustement à résidence depuis sept ans à Digne-les-Bains.
Il était même question pour le ministère français de l'Intérieur de l'assigner en un premier temps dans le département du Val d'Oise ou encore à la commune d'Eaubonne où vit sa famille. Il n'en fut rien.
Certains ont alors cru attribuer ce report de décision au départ de Jean-Pierre Chevènement, à l'arrivée de Daniel Vaillant et au remue-ménage au sein du Cabinet. Ce qui est absolument faux.
Nous savons aujourd'hui que dès l'annonce de la "libération" de Salah Karker, le ministre de l'Intérieur tunisien, Abdallah Kallel, a fait parvenir un dossier à ses collègues français, impliquant le reclus de Digne dans la création d'un réseau islamiste terroriste ayant pour vocation d'effectuer des actions violentes entre la Tunisie et l'Algérie.
Là, nous sommes en droit de nous poser quelques questions au sujet de la France et de ses décideurs politiques. Comment peut-on encore croire en de pareilles énormités et en de si immenses supercheries émanant d'un régime en faillite? Comment le Quai d'Orsay peut-il d'une part condamner, quoique timidement, les abus relatifs aux libertés en Tunisie alors que le ministère de l'Intérieur semble souvent accorder du crédit aux colportations mensongères de ce pouvoir paranoïaque?

Un indic " ch' intéressant "
Mohamed Tahar, dont les dents se baladent quelque part du côté du 7ème arrondissement, n'en peut plus. Cet indicateur de police, à la solde de la Brigade des Stup (française), des RG (français), du Consulat (tunisien) et des services de sécurité de l'ambassade de Tunisie, nous annonce qu'il va bientôt changer de cap. Pourquoi pas, après tout, puisque quitter le navire Ben Ali s'inscrit désormais dans l'air du temps? Mais Mohamed Tahar envisage de rejoindre les opposants (en veulent-ils?) avec des informations clé en main.
Ainsi, l'on sait d'ores et déjà que l'information, selon sa teneur et sa véracité bien sûr, est monnayée entre 300 et 400 francs. Le scoop vient, cependant (et celui-ci n'est pas monnayé), c'est que l'informateur qui perçoit 400 francs permet au flic qui la récolte d'en recevoir 600... C'est que selon le dépité, Mohamed Tahar, le régime policier tunisien paye bien. Et ce sont les Ouertani (ex-chef des services à l'ambassade), l'actuel Badreddine Chaouch et leurs agents qui puisent dans la caisse noire pour "acheter des bijoux à leurs femmes, rue de la Goutte d'Or dans le 18ème arrondissement de Paris. Des bijoux volés", précise-t-il.
Ces agents au service de la dictature ont, durant ces 7 années, été dénoncés par "L'Audace". Que les véritables opposants à Paris prennent donc garde d'être approchés par des trafiquants avares et obséquieux notoires. On ne peut jamais rien espérer de la part de mercenaires de l'acabit de Mohamed "Ch'Tahar". Ni, d'ailleurs, d'un certain agent du consulat-et de l'ambassade, toujours trempé dans la délation, tel Sherlock Holmes (" chlaket Holmes " ) de la Haute-Essone.
La Haute-Essone et Evreux nous ont fourni des cas à pleurer, et Dieu sait qu'ils semblaient engagés.
Alors, les deux premiers...
Pour revenir à Mohamed ch'Tahar, il faut rappeler qu'il est toujours et encore "l'ami" à Ménilmontant, dans le 20ème arrondissement à Paris, d'une certaine Hasna (délatrice), d'un certain Ben Amor (flic patenté) et d'... Ahmed Ouerghemi (opposant tunisien). Elle est belle la flicaille...

A propos de guerre entre flicaille
Abderrahim Zouari serait passé par Paris fin décembre. Le fusible de Ben Ali, qui a fait les frais de la bavure "ubenalienne" au sujet de la LTDH, aurait donc passé son jour de l'an dans la ville des Lumières. Cela nous importe peu, si ce n'était que de mauvaises langues l'ont classé parmi les exilés. Or, cela est absolument faux. Cet homme n'est pas capable d'être autre chose qu'un fusible. Parions qu'il rebondira bientôt pour servir cette dictature ou n'importe quelle autre. Ce qui est, en revanche, intéressant au sujet de l'ex-secrétaire général du RCD, c'est qu'il raconte les péripéties de son limogeage. Et avec tact : "Ben Ali est prisonnier des clans sévissant à Carthage, mais sur le plan politique, il est devenu tributaire d'une autre guerre d'ordre sécuritaire : celle des hauts cadres du ministère de l'Intérieur. Entre Kallel et Gdoura, en passant par Ganzoui et Sériati et leurs cliques respectives, il perd la tête.
Tenez, moi, par exemple, un tel m'a poussé à faire cette déclaration au sujet de la LTDH, et tel autre a vite fait de transmettre un rapport pour me sacrifier. Jugez-vous même ! " Sûrement, Zouari, qui est le seul à se voir un jour Président, aura sa revanche à partir de 2018 .. ou alors en 2025...

Cabale
Le président de Radio-Méditerranée, Taoufik Mathlouthi, aurait été récemment la cible d'attaques personnelles, à la suite de la publication sur les colonnes de "L'Audace" nÁ70 d'une opinion qui n'engage que lui-même.
A part le respect qui pourrait lier notre journal à cette radio et son principal responsable, à part le combat pour les libertés dans le monde en général, et en Tunisie en particulier, chaque canal d'information suit son chemin en toute indépendance. Et Taoufik sera toujours le bienvenu sur nos colonnes.

Le blues d'un patron de presse africain
Après plus d'une décennie de silence complice et de compromissions, un journal africain vient de publier, fin décembre, un dossier sur l'opposition tunisienne en exil. Il faut d'abord rappeler qu'aucun membre de l'opposition n'a été approché. Tout au plus a-t-on discuté avec M. Ahmed Ben Salah, exilé en France pendant près de trois décennies et qui est récemment rentré au pays. C'est dire la haute idée de la déontologie dont fait preuve le journal.
Ensuite, les portraits dressés de certaines personnalités d'opposition se cantonnent à rappeler certaines thèses erronées du pouvoir lui-même, mensongères et n'ayant aucun début de vérité. Qui colporte l'idée saugrenue selon laquelle Salah Kanker, par exemple, anime l'aile militaire du mouvement islamiste tunisien sinon le pouvoir lui-même ? Qui a véhiculé depuis des années la supercherie selon laquelle Cheikh Rached Ghannouchi a été marié à la soeur du Soudanais Hassen Tourabi en plus de sa première épouse sinon le pouvoir lui-même ?
Les déboires de ce journal africain avec le gouvernement qui le prive de publicité en sont sûrement pour quelque chose dans la publication d'un dossier qui n'amène rien de nouveau.
Sinon qu'il puisse constituer un petit et mesquin chantage du directeur de cette publication à Abdelwaheb Abdallah pour lui signifier qu'il peut approcher désormais l'opposition en exil et lui donner la parole. Si la manne publicitaire se faisait encore trop attendre...

Dossier à consulter sur internet :
http://www.ceri-sciences-po.org
" La Tunisie sous Ben Ali ", préparé par Béatrice Hibou

" Alors que, jusqu'à très récemment, la Tunisie était sans conteste le "bon élève" de la région, elle se fait remarquer, depuis un peu plus d'un an maintenant, sur la scène internationale, pour ses atteintes aux droits de l'homme et le durcissement, sans raison légitime, de son régime. Le dossier ci-dessous cherche à aller au-delà de ces dénonciations, désormais connues et bien relayées dans la presse, les médias, les Organisations gouvernementales et non gouvernementales, en offrant une analyse socio-politique et historique de l'autoritarisme et de la personnalisation du pouvoir qui caractérisent le régime Ben Ali. Ce dossier entend montrer les conséquences de cette organisation du pouvoir, en termes de sa centralisation extrême et de son arbitraire, d'occultation de la politique, d'instrumentalisation clientéliste et sécuritaire des interventions publiques ou de construction d'une rhétorique (aussi grotesque qu'efficace) sur la solidarité, la société civile et la démocratisation.
" Les textes présentés ici ont en outre ceci en commun de montrer l'ancrage historique des pratiques politiques et sociales du régime Ben Ali. Sous couvert de "Changement", pour reprendre le slogan du coup d'Etat du 7 novembre 1987, il semble plutôt que c'est la continuité qui l'emporte, tant d'un point de vue de la personnalisation du pouvoir (article de M. Kilani), que du point de vue des politiques sociales (article de D. Chakerli) ou des relations entre l'Etat et la société dite civile (articles de S. Khiari et de M. Desmères). "
Liste des articles à consulter :
1) Sur-pouvoir personnel et évanescence de la politique par Moncef Kilani.
2) Reclassements et recompositions au sein de la bureaucratie syndicale depuis l'Indépendance. La place de l'UGTT dans le système politique tunisien par Sadri Khiari
3) La société civile tunisienne prise en otage ? par Marine Desmères. Cet article a été rédigé dans le cadre d'une recherche collective intitulée "Démocratisation et stabilisation dans le monde arabe ", dirigée par Rodolfo RAGIONIERI et financée par le CEMISS (Centro Militare di Studi Strategici - Rome).
4) Lutte contre la pauvreté et solidarité nationale par Douja Chakerli.



MIEUX VAUT LE DIRE : POLITIQUE

Ali Saïdi et "Réalités"
Le journal "Réalités" du 21 au 27 décembre dont le président directeur général n'est autre que le grand docteur Taïeb Zahar, vient de publier cette information concernant le repenti Ali Saïdi. Pouvons-nous ne pas la commenter? Mais lisons la d'abord.
"Nous avons appris la récente nomination de Monsieur Ali Saïdi en tant que conseiller auprès du ministre des Affaires étrangères.
Monsieur Saïdi est fort connu sur la scène tunisienne, maghrébine et en France pour son dynamisme dans les domaines social et humanitaire, et pour le rôle efficace et apprécié qu'il a longtemps joué au sein du RCD (maison de Botzaris) ou au niveau consulaire, dans l'encadrement de la communauté tunisienne, et des jeunes générations en particulier (Paris, Evreux, Rouen, Marseille...). Par ailleurs, M. Saïdi, qui entretient des relations amicales avec les élus de la Normandie, gère dans cette région, et depuis quatorze ans, une banque alimentaire au profit des plus démunis dont un grand nombre d'immigrés. A noter qu'Ali Saïdi est détenteur d'une maîtrise en Sciences sociales (Université de Villetaneuse) et d'un DESS en informatique. Toutes nos félicitations."
En ces moments où le nivellement se fait par le bas en Tunisie, il semble que Taïeb Zahar ou ses "journaleux" aient des raisons de faire une fleur à l'inculte Saïdi. Pour l'histoire, il faut savoir que la majorité des articles publiés par ce dernier à Genève ou à Montréal ont été rédigés par un autre repenti contre 1000 ou 1500F. C'est dire si le docteur en sciences sociales que nous présente "Réalités" sait aligner un verbe, un sujet et un complément.
Il faut reconnaître cependant que l'autre inculte, Taïeb Zahar, qui de l'avis de ses propres amis, fut incapable de "finir" Carnot et qui dut son baccalauréat à l'Algérie des années 70, a ses raisons de propulser Ali Saïdi sur le devant de la scène. Entre délateurs, il faut bien s'entraider. Et entre ignards, il faut bien se serrer les coudes.


Un lecteur de "L'Audace", qui a jugé de ne pas indiquer son identité, nous a envoyé 500 francs, l'équivalent d'un abonnement annuel. La transparence et la gratitude veulent qu'on évoque ce geste qui fait chaud au coeur.

Un avocat tué et les meubles de sa maison incendiés à Tunis
AFP, le 6 Janvier 2001. à 19h48 - Un avocat tunisien a été tué et les meubles de sa maison incendiés dans la nuit de mercredi à jeudi à El Mourouj dans la banlieue de Tunis, a rapporté samedi l'agence tunisienne TAP...Taoufik Salhi, 39 ans, retrouvé mort jeudi matin dans son appartement, portait "des blessures graves au niveau de la tête ayant entraîné la mort", a précisé l'agence... Une femme identifiée et arrêtée par la police, a avoué le crime, a-t-on ajouté de même source sans préciser l'identité de la femme ou donner le motif du crime.... La victime, originaire de Sidi Bouzid (centre), enseignait également le droit à l'université de Tunis.

EXCLUSIF
TUNISNEWS croit savoir - de sources généralement bien informées - que le président Ben Ali est confronté depuis quelque temps à une opposition sourde et diffuse à l'intérieur des rangs du parti au pouvoir (RCD) à l'octroi d'un nouveau terme au pouvoir à la fin de son mandat actuel en novembre 2004. Les mêmes sources- fraîchement rentrés du pays - rapportent que plusieurs "quadras" du régime sont de plus en plus préoccupés de leur avenir politique avec un Président si impopulaire qui compte rester vissé à son poste au delà de 2004 ! Selon ces mêmes sources, le plus grand danger qui guette Ben Ali ( contrairement aux analyses en cours ces derniéres semaines ) ne vient ni des opposants au régime de l'intérieur, ni des militants acharnés de la société civile, ni des dizaines d'activistes politiques à l'extérieur, ni de la réaction éventuelle de certains pays européens ou occidentaux. Mais de l'intérieur même du RCD dont certains responsables influents dans des régions-clés ne seraient plus insensibes à la dégradation de l'image du pouvoir et du pays en général.





Retour sommaire





L'AUTRE EDITO




Tunisie :
M. Ben Ali s'éternise, les libertés agonisent




Les décisions du chef de l'Etat tunisien, Zine El Abidine Ben Ali, suscitent des interrogations légitimes, à la mesure de leur caractère de plus en plus démesuré et contreproductif. La dernière en date - la mise hors la loi de la Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH) - laisse les observateurs perplexes, et le bureau directeur de la LTDH sans défense, livré à une justice expéditive. Chacun sait qu'elle est totalement au service du pouvoir exécutif, notamment de celui du chef de l'Etat, intolérant et peu regardant sur le respect, même apparent, des procédures juridiques.
A peine le Congrès de la LTDH se terminait-il sur l'élection démocratique d'un Bureau directeur qu'une procédure judiciaire était enclenchée par le pouvoir à l'instigation de quatre candidats malheureux aux dites élections, dont trois membres de l'omnipotent parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD).
Mais alors pourquoi? La frilosité d'un pouvoir, policier à l'excès, qui voit des ennemis partout, quitte à les inventer de toutes pièces, ne peut pas tout expliquer. Ni le prétexte, véhiculé ici et là, que la Ligue a été accaparée par des radicaux de gauche. En fait, la décision n'a pas seulement pour but de faire taire une Ligue dont on craint qu'elle dénonce les violations systématiques des droits de l'homme.
En finir avec la Ligue participe d'une stratégie tellement évidente que toutes les spéculations savantes et compliquées sur l'irrationalité de la décision se dissipent d'un coup : postuler en 2004 à un mandat auquel le président Ben Ali ne peut plus constitutionnellement prétendre. La Constitution tunisienne de 1959, telle qu'elle fut amendée en 1988, stipule clairement que "le président de la République est rééligible deux fois consécutives" (art. 39). M. Ben Ali a déjà dans un premier temps largement modifié la Constitution pour parer à toutes les éventualités. Retenons parmi les "innovations" juridiques celles qui lui donnent toute latitude pour réviser la Constitution, révision dont il détient l'initiative.
Une fois le droit soumis à son arbitraire par des modifications de la Constitution, le président Ben Ali se prépare à la deuxième manche, celle qui consiste à faire passer pour "une urgence nationale" le projet anticonstitutionnel de son maintien au pouvoir pour une durée indéfinie. En vérité, il a hésité, depuis quelques temps, entre l'introduction douce et en catimini du projet de révision et la manière forte et bruyante.
Le choix qui semble avoir eu cours avant le Congrès de la LTDH consistait à faire avaliser la demande d'un quatrième mandat par un dispositif institutionnel et politique qui lui est totalement soumis (partis d'opposition, Organisations nationales et près de 6000 associations - "OVG", Organisations véritablement gouvernementales), quitte à admettre des protestations de circonstance de quelques partis qu'une presse inféodée se chargera volontiers d'inonder par une pluie d'insultes. Celui qui est mis en oeuvre depuis le 30 octobre 2000 consiste à faire en sorte qu'aucune voix discordante ne s'élève pour semer le doute, le mensonge ayant d'autant plus de chance d'être cru qu'il est grossier.
Bref, il s'agit d'avancer sur un champ de ruines, en anticipant sur toute velléité de contestation, de quelque origine qu'elle soit, y compris peut-être de quelques constitutionnalistes nostalgiques d'un semblant d'Etat de droit aujourd'hui révolu. Le président Ben Ali veut aller vite, frapper fort et tous azimuts. Quel autre organisme constitué, reconnu légalement, pourrait contester la révision constitutionnelle, sinon la Ligue, dont le nouveau Président a déjà évoqué publiquement, avant qu'il ne soit candidat, la nécessité de s'opposer ouvertement à la révision de l'article 39 ? Dans la foulée, les rares organisations indépendantes de la société civile (les femmes démocrates, Amnesty International section Tunisie, le Conseil national pour les libertés en Tunisie, le Rassemblement pour une alternative internationale du développement...) et les milieux indépendants seront sûrement réprimés, du moins ceux qui n'auront pas décrypté clairement le message.
La dernière illustration est la condamnation du docteur Moncef Marzouki à douze mois de prison ferme et celle de Me Néjib Hosni à quinze jours de prison ferme. Il faut s'attendre donc à une série de procès préfabriqués, dont l'objectif est de neutraliser les adversaires potentiels de M. Ben Ali par des condamnations qui les empêchent "techniquement" de postuler aux élections. Le chef de l'Etat a décidé de ne pas attendre 2004, donc de se faire plébisciter le jour même de la révision de la Constitution, c'est-à-dire dans les mois à venir.
On s'interroge raisonnablement sur les raisons qui le pousseraient à postuler pour un mandat supplémentaire en 2004 quand il aura régné, à terme, sans partage pendant près de vingt ans. Là aussi, les raisons sont plus simples que les élucubrations métaphysiques sur un amour, inné et démesuré, pour le pouvoir.
M. Ben Ali et les siens, sa famille et ses proches, sont tellement impliqués dans une corruption endémique, immorale et à grande échelle qu'il est hors de question qu'ils puissent envisager un seul instant une alternance douce et négociée (j'allais dire à la sénégalaise), seule à même d'épargner à la Tunisie une crise morale et politique dont les effets seront sans doute amplifiés par l'accumulation des frustrations et des injustices. D'aucuns pensent qu'en décidant de bâillonner la Ligue, au prestige international intact, M. Ben Ali a pris un grand risque, celui peut-être de précipiter son départ. C'est oublier que le risque est d'autant plus calculé que le pouvoir jouit d'une impunité que lui envieraient tous les dictateurs de la Terre. L'expérience lui a appris que les gains politiques de l'opposition varient en sens inverse à ses luttes : plus il avance dans la répression, plus les protestations nationales et internationales sont nombreuses, et cependant, paradoxalement, plus les revendications reculent et plus les prétentions sont révisées à la baisse.
Aujourd'hui, les protestataires craignent pour l'avenir d'une Ligue menacée dans son existence même. Demain, selon un scénario auquel nous sommes désormais accoutumés, la libération des membres du Bureau directeur ou le classement judiciaire de l'affaire apparaîtra aux yeux de tous, notamment des Européens, comme une grande victoire des droits de l'homme en Tunisie. Entre-temps, une Ligue indépendante aura vécu.
On doit le savoir : il se peut que, face à une pression nationale et internationale qui s'annonce forte, le pouvoir tunisien recule. Mais c'est alors pour tenter inlassablement le même coup tout de suite après et contre d'autres.
Or, reculer le plus loin possible les limites de la contestation, en assénant des frappes massives, disproportionnées par rapport au danger potentiel, est une stratégie qui a porté ses fruits. Même banalisé et démasqué, pourquoi modifier un système de jeu gagnant ?
On déplore, à tort et à travers, le silence, le manque de combativité et le consumérisme des Tunisiens. Mais depuis quand une dictature impitoyable ou un système politique hermétiquement fermé ont-ils été déverrouillés de l'intérieur ? Où est l'opposition qui fit tomber le fascisme et le nazisme et, aujourd'hui, aurait déstabilisé l'Irak, Cuba, la Birmanie ou la Serbie ?
Ensuite, la responsabilité des amis de ce régime, notamment européens, est particulièrement engagée. Le mot d'ordre des Européens - "bougez pour qu'on bouge" - apparaît dans ces conditions d'autant plus cynique que le noyau des Tunisiens qui luttent vaillamment paye pour cela le prix fort. La Tunisie est désormais liée à ses partenaires européens par un Accord d'association, un Traité international dûment ratifié qui stipule le respect des droits de l'homme et de la démocratie comme partie essentielle et intégrante de la Convention.
Dans ses rapports extra communautaires, l'Union européenne - donc les Etats et les gouvernements membres - exige la conditionnalité démocratique consacrée, par exemple dans la clause lettone ou roumaine. Pourtant, dès lors qu'il s'agit de la Tunisie, ces mêmes partenaires se réfugient derrière l'absence de mécanismes techniques indiquant les sanctions à prendre contre le non-respect des articles 2 et 90 relatifs aux mesures de sanction.
Tout se passe comme s'il y avait deux régimes extra communautaires, l'un pour les candidats qui frappent à la porte de l'Union, l'autre pour les lointains pays du Sud, dont la performance la plus banale dans le domaine économique est matière à félicitations.
Un tel double standard fait fi des aspirations profondes du peuple tunisien à la démocratie. Quand le miracle tunisien n'aura été finalement qu'un mirage, l'Union européenne fera sûrement son mea culpa, mais alors il sera trop tard pour compter les rescapés.

Kamel Jendoubi
président du CRLDHT
(Cet article a été publié par "Le Monde"
du dimanche 7 - lundi 8 janvier 2001)





Retour sommaire





MIEUX VAUT LE DIRE
JEU DE 7 FAMILLES




CORRUPTION

Ben Ali, sa femme, ses filles,
ses gendres et ses conseillers :

Histoires véridiques
de détournements au quotidien




Je vous souhaite un merveilleux AID et une bonne et heureuse année 2001. Je m'adresse à votre revue après mûre réflexion pour vous communiquer des informations dont je dispose et qui me semblent utiles pour tous les Tunisiens. Cette démarche s'inscrit dans un esprit de révolte face à des situations auxquelles je suis confronté en permanence en tant que fonctionnaire responsable et que je ne peux plus cautionner. Il n'est pas dans mes habitudes de jouer au héros, ni de mettre en péril les miens, et même si je ne fais partie d'aucune tendance politique, mon devoir m'impose de divulguer ces informations surtout que la presse locale est prise en otage par le pouvoir.
J'ai eu accès à certains de vos articles par le biais de personnes parmi mes connaissances, et je n'adhère pas à toutes les idées rapportées par votre mensuel. Cependant, si ma contribution peut être utile pour éclairer les Tunisiens sur la situation dans laquelle ils se trouvent, je ne m'y déroberai pas. (...) Les articles suivants montrent le danger de la gangrène de la corruption de la "Famille du Président" qui ne cesse de se développer dans notre pays (...) Il est encore temps de réagir et de couper l'herbe sous les pieds des rapaces. Toutes les informations fournies sont vraies et peuvent être confirmées à tous les niveaux...

La procédure d'adjudication des marchés publics

Il n'échappe à personne que depuis l'instauration du régime actuel, tout a été mis en ìuvre pour montrer l'intégrité des hauts responsables et leur respect des règles de la transparence.
Une institution de l'Etat a même été érigée dans ce sens : la Commission supérieure des marchés (CSM) : une sorte de Cour suprême à l'américaine pour le suivi des adjudications des appels d'offres.
Cette CSM , un organe consultatif faisant partie officiellement du Premier ministère, doit statuer en toute indépendance sur tout marché public dépassant un montant important et objet de convoitises.
Elle se compose de douze hauts fonctionnaires(majorité énarques) censés faire respecter la loi et les procédures, et éviter la corruption et le favoritisme. Mais cette institution est noyautée dans sa grande majorité par la "Famille" régnante.
La nomination de ses membres fait l'objet de marchandage et de querelles au sein de la "Famille", chacun exigeant la nomination d'une personne qui lui est fidèle pour défendre ses intérêts au sein de la CSM.
Les marchés les plus importants, surtout en devises, font l'objet d'une attention particulière de la CSM.
1. Les enchères commencent en premier lieu lors de l'établissement des cahiers des charges pour favoriser telle technique d'une société et exclure telle autre. Des parrains de la "Famille" offrent en permanence leurs services aux entreprises pour inclure leurs techniques dans les cahiers des charges et ne pas les défavoriser par rapport à la concurrence.
2. Ensuite, le système de notation technico-commercial doit être aussi présenté à la CSM pour avis, et chaque membre défend son parrain et la/les sociétés qu'il soutient dans la course et fixer les notes en fonction des standards des entreprises plutôt que des normes internationales.
Certains parrains de la "Famille" demandent des royalties même sur ces deux premières étapes.
3. Les interventions reprennent avec plus de virulence après l'évaluation technique et commerciale, la notation et le classement préliminaire des entreprises pour prise de décision.
Au vu des premiers résultats, commencent alors les batailles de coulisses et surtout la pression sur les fonctionnaires intègres pour changer l'ordre des choses et exclure l'entreprise qui ne paye pas au détriment de celle qui promet le meilleur pourcentage et surtout "la meilleure" personne. La phase de décision prend alors le temps qu'il faut pour réajuster les résultats.
Selon le volume de l'affaire, l'intervention même des conseillers du Palais est quelquefois requise pour trancher en faveur d'un protégé.
Plusieurs fonctionnaires intègres ont même fait l'objet d'interventions, de pressions, de menaces et de mises au frigo pour avoir respecté à la lettre les règles légales et désobéi ainsi à la CSM et aux commanditaires de la "Famille".
Toutes les entreprises locales et étrangères s'habituent peu à peu à ce nouveau système et jouent le jeu en payant des commissions en devises et à l'étranger aux parrains de la "Famille" pour avoir leur faveurs.
Il est malheureux de constater qu'après plus de quarante ans d'indépendance, les centres de décision pour l'adjudication des marchés publics en Tunisie ne diffèrent pas de ceux des pires Républiques bannières et que les critères de choix des entreprises ne répondent à aucune logique technique ni commerciale.
Certains spécialistes économiques du pays n'hésitent pas à affirmer, qu'au vu du volume des projets réalisés dans de telles conditions, les montants des commissions touchées par la "Famille" dépassent des centaines de fois les sommes totalisées par le fameux 26/26, lui -même soutiré par force aux Tunisiens au nom de la solidarité.

L'affaire de la STEG ou les nouvelles Centrales électriques

L'affaire du moment est bel et bien le marché des nos vieilles Centrales électriques à gaz de la STEG budgétisées à 225 millions de dinars : 225 milliards de millimes, 1,125 milliards de francs).
Ce projet est le plus important à réaliser à l'échelle nationale pendant l'actuel mandat présidentiel (le dernier constitutionnellement). Un projet d'une telle ampleur suscite toutes les convoitises non par son importance, mais par sa valeur et celle des commissions correspondantes à payer aux membres de la famille régnante.
La pression est mise sur tous les intervenants de la STEG et du ministère de tutelle pour accélérer la réalisation avant tout éventuel changement politique. Déjà, deux projets similaires avaient été adjugés ces dernières années pour des Centrales électriques à gaz à deux entreprises américaines (la première, privée, en Tunisie et la seconde pour la STEG).
Ces entreprises ont présenté, de l'avis des connaisseurs, les meilleurs prix et ont bénéficié du support politique des USA pour ne pas être écartées de la course. Elles n'ont donc pas eu besoin de verser des commissions aux sponsors du Président. Ce qui a contrarié toute la famille, habituée à recevoir sa part du gâteau.
Le Président ne tolère pas qu'on joue ouvertement avec les intérêts américains; il risque des pressions politiques et le rappel à l'ordre à quelques années de la fin de son dernier mandat.
Pour le nouveau projet, des recommandations ont été discrètement données en haut lieu pour favoriser d'autres gammes techniques et, par conséquent, la participation de plusieurs entreprises non-américaines (habituées aux caprices de la famille présidentielle).
De nouvelles nominations ont même été ordonnées aux différents centres de décision (nouveau Pdg de la STEG et nouveaux directeurs) pour accroître l'influence de la famille et les chances de succès.
Mais pour des raisons liées à la conjoncture internationale, seules deux sociétés ont participé à l'appel d'offres de la STEG qui sont l'américaine General Electric, leader mondial du domaine, déjà adjudicatrice du dernier projet à la grande satisfaction du client et favori de tous les pronostics. Et la seconde est le groupe allemand SIEMENS déjà connu en Tunisie pour son Métro Léger et surtout pour ses prix non compétitifs faisant de lui un candidat non favori.
A contre-cìur, tous les efforts du Palais se focalisent actuellement sur le géant allemand, et l'ordre est donné à tous les niveaux : l'évaluation technique doit être orientée SIEMENS.
Malgré les multiples manquements de la société allemande au cahier des charges techniques, et surtout malgré les entorses aux conditions administratives et à la réglementation exigée par la commission des marchés, tous les responsables ferment les yeux et favorisent les Allemands.
L'espoir renaît de nouveau au Palais à l'annonce des prix (tenus entre temps sous scellés par la réglementation), et toutes les données changent. Contre toute attente, l'Allemand est moins cher que l'Américain et de beaucoup même... Tous les intermédiaires de la famille régnante rappliquent alors aux portes des Allemands pour user de leur influence, promettre le succès et demander leur part du gâteau.
Les sponsors Ben Ali, Trabelsi, Chiboub entrent en lice et même le docteur Gueddiche, médecin personnel du Président, profite de la situation pour louer sa maison (comme par hasard) à SIEMENS.
Le nouveau responsable de la firme allemande, fraîchement débarqué en Tunisie, après son limogeage de Chine, est débordé par les sollicitations des rapaces de la famille. Il saisit maladroitement la chance qui se présente à lui et se met tous les intermédiaires crapuleux sur le dos avec des promesses à tous. La société allemande, voyant sa marge s'effriter en commissions non prévues initialement, menace de se retirer de la compétition comme le permet la réglementation. Elle exige aussi, contre la réglementation en vigueur, d'augmenter ses prix en conséquence.
Le réveil est dur pour tout ce monde:
1. Pour la famille régnante, c'est le retour à la case de départ face à l'ogre américain sans aucune rétribution.
2. Pour le client qui veut concrétiser rapidement, c'est l'impasse.
3. Pour le nouveau responsable de SIEMENS qui se voyait enfin réhabilité de ses anciens déboires.
L'ordre est donné par le Président au Premier ministère et à sa commission des marchés pour élaborer un nouveau scénario et tenter de sauver les meubles.
Une mascarade fut alors préparée en urgence, fin 2000, contre toute réglementation en vigueur.
On décide amicalement d'alléger les exigences techniques de la STEG en fonction des manquements des Allemands, et de demander aux deux sociétés participantes de réajuster leurs prix une dernière fois, sachant que les chances des Allemands sont préservées, même en cas d'augmentation sensible des prix (et des commissions correspondantes).
Sauf exploit inattendu voire impossible des Américains ou réaction à l'étalage au grand jour de ces agissements, les jeux semblent faits et tout le monde sortira gagnant, sauf la Tunisie qui paye au prix fort les caprices financiers du Président et de sa famille qui saignent à blanc l'économie du pays.



Retour sommaire





A LA UNE


La déclaration de Moncef Marzouki

Sousse le 9-1-2001


L e 30 décembre 2000, j'ai été condamné par le tribunal de première instance de Tunis à douze mois de prison ferme, pour l'exercice de deux droits fondamentaux : la liberté d'association et la liberté de parole.
De par ses chefs d'inculpation et son déroulement, ce procès n'est qu'un acte de plus, visant à frapper le CNLT, à intimider les démocrates, à punir les militants des droits de l'homme, pour que le silence couvre l'arbitraire et la peur que fait régner le pouvoir dans le pays. Tous les observateurs s'accordent pour dire qu'il a une autre finalité politique. La condamnation doit servir de couverture légale à ma privation de mes droits civiques et politiques.
Les garanties les plus élémentaires d'un procès équitable à, m'ayant été refusé, les avocats, qui désiraient pourtant plaider sur le fond, n'ont eu d'autre choix que de se retirer en signe de protestation contre ce qui est apparu comme un procès inique et bâclé et une parodie de justice. Les procès politiques en Tunisie et ce, depuis l'indépendance, n'ont qu'une seule issue : la condamnation. En dictature, le pouvoir exécutif ne laisse à l'appareil judiciaire que la fonction d'habiller d'un voile pudique de légalité, la répression ou la vengeance politique.
C'est la raison pour laquelle, j'ai décidé après mûre réflexion, de ne pas faire appel du jugement du 30 décembre.
Il est grand temps que soit posées clairement les deux problèmes fondamentaux concernant le dysfonctionnement de notre système judiciaire : son instrumentalisation par le pouvoir exécutif et la collusion de certains juges acceptant d'être de simples exécutants de ce pouvoir.
Je remercie de tout coeur les avocats tunisiens et ceux des pays amis, qui se sont mobilisés pour me défendre, ainsi que les organisations nationales et internationales de défense des droits de l'homme, la presse démocratique, les démocrates du monde entier et les citoyens tunisiens, qui m'ont témoigné une émouvante solidarité.
J'appelle les avocats tunisiens, à imaginer de nouvelles formules d'assistance et de solidarité avec les prévenus dans les procès politiques.
Plaider revient à pérenniser un jeu malsain car pipé d'avance qui ne profite qu'au pouvoir et dont les principales victimes sont les droits du justiciable, la dignité du juge et la sacralité de la justice. Ils pourraient suivre les procès, simplement pour relever toutes les atteintes au droit et publier des rapports de dénonciation, et ce jusqu'à ce que les règles du jeu soient de nouveau respectées.
Je réitère mon appel aux juges tunisiens, pour que le combat pour une justice réellement indépendante, digne, respectée et protectrice des droits et des libertés ne soit pas la seule affaire des militants politiques, mais aussi la leur.
J'appelle tous les démocrates de ce pays à réfléchir ensemble, dans le cadre de la Conférence Nationale Démocratique, sur une nouvelle constitution et le processus pacifique pour installer les libertés fondamentales au lieu de la démocratie frelatée, les droits sociaux économiques au lieu de la corruption, la réconciliation entre l'état et la société civile au lieu de leur affrontement permanent, la souveraineté du peuple au lieu du culte de la personnalité.
Les douleurs qui sont aujourd'hui les nôtres sont celles de la Tunisie accouchant de sa société de droit.
Puisse la Démocratie, un jour très proche, être chez elle dans notre pays. Puisse la Tunisie entrer dans ce nouveau siècle, pacifiée, réconciliée avec elle-même et vivre en plein accord avec les valeurs qui fondent la communauté des états démocratiques et des peuples libres.





Retour sommaire





A LA UNE


Communiqué du Forum démocratique
pour le travail et les libertés

L'Assemblée nationale vient d'adopter, sans rien y changer, le projet gouvernemental du budget pour l'année 2001, comme si les centaines d'interventions des députés n'avaient eu pour objectif que de créditer le pluralisme de façade. Ignorant les tensions sociales et les procès politiques qui ont jalonné le mois de décembre, les débats ont confirmé l'isolement de la Chambre des députés par rapport à la réalité du pays.
A l'aube du nouveau millénaire, le budget de 2001 se devrait, sinon de répondre aux attentes du peuple tunisien, tout au moins de susciter un espoir et de rétablir la confiance en l'avenir. Sa discussion intervient à une période cruciale : transition entre deux Plans, moment propice pour un premier bilan cinq ans après la signature de l'accord d'association avec l'Union européenne, au moment où les règles de l'OMC deviennent plus rigides et plus sévères. Face à ces défis, une vraie prise de conscience est nécessaire pour préparer la riposte et mobiliser toutes les compétences et toutes les énergies. Le Gouvernement comme l'Assemblée persévèrent dans la même voie, mêlant autosatisfaction de routine et optimisme excessif, occultant les difficultés, manipulant chiffres et données pour les adapter à un moule préconçu plus flatteur.
Les prévisions en terme de taux de croissance (6,20%), de création d'emplois couvrant toute la demande additionnelle et d'accroissement de l'investissement (11%) sont particulièrement optimistes, et ce volontarisme, visant à mobiliser toutes les énergies, s'apparenterait fort à une duperie lorsque les prévisions sont décalées par rapport à la réalité.
Les difficultés objectives ne peuvent être ignorées :

  • accroissement du taux de change des monnaies américaine et japonaise avec ses conséquences sur l'endettement et le service de la dette ;
  • majoration de la facture des carburants avec ses effets négatifs sur l'équilibre des entreprises ;
  • compétitivité retrouvée des pays du Sud-est asiatique après leur sortie de la crise ;
  • compétitivité accrue des pays de l'Europe de l'Est, candidats à l'intégration européenne ;
  • ralentissement prévu de la croissance dans les pays occidentaux avec ses effets prévisibles sur le volume de nos exportations.
    Parallèlement à ces contraintes extérieures, les données locales ne sont pas plus encourageantes :
  • constante stagnation du taux d'investissement malgré les encouragements de toutes sortes et les multiples campagnes de sensibilisation ;
  • stabilisation du niveau de création d'emplois dont la moyenne annuelle n'a pas dépassé les 60 000, conjuguée à la précarité d'une bonne partie des emplois créés ;
  • stagnation durable des secteurs agricole et industriel dont la part dans le PIB n'a pas évolué au cours des dernières années.
    Plus grave que cela, le Gouvernement se contente de ne présenter que l'aspect le plus accrocheur de son projet en évitant d'aborder les questions fondamentales comme :
  • l'extension du champ des privatisations à des secteurs stratégiques;
  • l'évaluation du nombre des victimes des ajustements structurels et des privatisations qui viennent renforcer la masse des chômeurs ;
  • la dangereuse tendance à affecter les ressources du pays et une part croissante de l'investissement au secteur des services, déjà hypertrophié, au détriment des secteurs productifs de l'agriculture et de l'industrie ;
  • la dépendance technologique chronique dans laquelle s'enlise notre agriculture ;
  • la désarticulation et l'émiettement de notre industrie et la marginalisation des Organisations professionnelles du secteur par notre économie exigent une autre approche. Tout cela montre que le gouvernement cherche surtout à réaliser les équilibres financiers sous la pression des Organisations internationales, considérant que les lois du marché suffisent à elles seules à impulser le développement sans tenir compte des difficultés auxquelles les citoyens sont confrontés pour faire face à leurs besoins essentiels en alimentation, habillement, logement, éducation et santé.
    Il est impératif de procéder à une évaluation sérieuse de la politique de ces dernières années et de l'impact de l'Accord d'association avec l'Union européenne pour en évaluer les faiblesses et apporter les ajustements nécessaires, en coordination avec les autres pays du Maghreb. Le FDTL a déjà attiré l'attention des Pouvoirs publics sur la gravité de la situation et la nécessité de réviser des choix qui ne correspondent pas aux besoins essentiels des citoyens et ne peuvent prétendre à concrétiser un développement global. L'Etat est appelé à redéfinir son rôle qui consiste à garantir les grands équilibres sectoriels, à définir les priorités, à engager une véritable réforme structurelle pour traîter la désarticulation du tissu économique, limiter sa dépendance, explorer de nouveaux créneaux à haute valeur ajoutée et encourager efficacement la recherche scientifique appliquée.
    Le FDTL réaffirme qu'il ne peut y avoir de succès en l'absence de démocratisaion du système politique, impliquant les forces vives de la Nation à travers des Organisations représentatives et indépendantes, et en l'absence de mécanismes de contrôle susceptibles de garantir la gestion transparente des deniers publics et de lutter efficacement contre la corruption. Aucun projet de développement ne peut aboutir tant que subsiste cet enfermement politique et tant que persistent l'autosatisfaction généralisée et l'occultation de tout ce qui touche aux données concernant la vie publique.
    La démocratie, la transparence, le langage de la vérité sont les garanties nécessaires du retour de la confiance et de la mobilisation des compétences et des forces productives, sans discrimination au service de l'intérêt du pays.

    Tunis le 2 janvier 2001
    Mustapha Ben Jaafar





    Retour sommaire





    DROITS DE L'HOMME


    Le communiqué qui a valu à Slaheddine Jourchi
    d'etre traîné devant la justice

    Le comité directeur de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'homme, attaché à sa légitimité et résolu à poursuivre pleinement son rôle de défenseur d'une ligue indépendante militant pour les droits humains, enregistre avec fierté le soutien dont le Comité de la LTDH a bénéficié depuis son élection au dernier congrès national les 27, 28 et 29 octobre 2000.
    Cette campagne nationale remarquable s'est déclenchée dès que le pouvoir a dévoilé sa volonté de soumettre la Ligue en traduisant celle-ci en justice afin de suspendre l'activité et les prérogatives de son comité directeur. N'hésitant pas à user de la force pour l'évacuation de son siège mis sous surveillance policière en attendant un procès de fond, dont la première audience est fixée au 25 décembre courant, un administrateur judiciaire a été désigné par jugement en référé le 30 novembre dernier.
    Conscients de la gravité de cette tentative de réduire la voix de la LTDH au silence, les différentes composantes des forces démocratiques se sont mobilisées et ont multiplié les initiatives pour lui exprimer leur solidarité. Ainsi en est-il des prises de position de la plupart des partis politiques exprimés à travers leurs communiqués, ainsi qu'à travers les interventions sans équivoques de leurs députés lors des discussions du prochain budget de l'état ou lors des audiences accordées par leurs secrétaires généraux au président de la Ligue.
    Un meeting de solidarité auquel a appelé le Rassemblement socialiste progressiste à son siège a par ailleurs drainé une présence massive et la participation de nombreuses sensibilités politiques. Lors de cette campagne de solidarité des initiatives courageuses ont été prises dont la constitution par les organisations indépendantes d'un compte permanent de suivi et de soutien à la Ligue regroupant des représentants de l'Association des femmes démocrates, le Conseil National des libertés en Tunisie, le Rassemblement pour une alternative internationale au développement et l'Association des jeunes avocats. Le comité directeur apprécie également à sa juste valeur la position de la direction de l'Union générale des travailleurs tunisiens, des ses responsables régionaux ou sectoriels et de son organe d'informations. le journal "Echaab" ainsi que les manifestations en faveur de la Ligue par les syndicalistes lors de la marche commémorative de l'assassinat du leader syndicaliste Farhat Hached le 5 décembre dernier.
    Le comité directeur salue de même les positions militantes prises par le bureau exécutif et les structures de l'union générale des étudiants tunisiens ainsi que par les différentes composantes du mouvement estudiantin. Le comité directeur de la LTDH enregistre également avec fierté les nombreuses pétitions nationales ayant recueilli des milliers de signatures dans les rangs des avocats des universitaires, et des syndicalistes ainsi que dans de larges franges des élites et des démocrates.
    L'impact de ces initiatives a été déterminant dans l'élargissement du mouvement de solidarité en faveur des structures légitimes de la Ligue, et ce, dans tous les milieux et toutes les régions du pays.
    Le comité directeur qui poursuit son rôle de défenseur des droits humains attire l'attention de l'opinion publique sur la grave et sans précédente escalade policière dirigée contre le comité directeur et les sanctions de la LTDH et qui a également touché un grand nombre de militants des droits de l'homme, symbole de la société civile.
    Après l'interdiction par la police de la tenue du conseil national de la Ligue et de la réunion de son comité directeur le 3 décembre 2000, Tunis et d'autres régions u pays ont connu les 8, 9, 10 décembre un déploiement de forces de police accompagnées de violences verbales et d'humiliations.
    Les dépassements sécuritaires entravant sérieusement le libertés d'expression, de réunion, de circulation et d'accès aux lieux publics et menaçant l'intégrité physique des militants et la sécurité de leurs domiciles se sont multipliés. ainsi une manifestation prévue le 8 décembre, organisée par la section de Sousse de la LTDH, l'Association des jeunes avocats et la section tunisienne d'Amnistie internationale a été interdite. De même, les forces de police se sont opposées à toutes les initiatives pries par le conseil national des libertés en Tunisie les 8, 9, 10 décembre : son comité de coordination a été empêché de se réunir, les domiciles de nombre de ses dirigeants ont été assiégés, certains de ces derniers ont été violentés (Sihem Ben Sedrine, Maître Nejib Hosni et Abderraoui Ayedi), l'universitaire Hamd Redissi a également été agressé.
    Les réunions préparatoires à la tenue de la conférence nationale démocratique à laquelle le Conseil a appelé ont été
    empêchées. enfin le domicile du bâtonnier Mohamed Chekroun qui devait abriter une cérémonie de remise du prix Hachermi Ayari à la LTDH a été littéralement assiégé. Les invités ont été par la suite pourchassés et empêchés de se retrouver jusque dans les hôtels et cafés. Par ailleurs, le local de la section de Bizerte de la Ligue a été isolé et les sorties des villes de Jendouba et Bizerte filtrées afin d'empêcher les militants de la LTDH de rejoindre Tunis Le comité directeur condamne vigoureusement ces dépassements contraires à la loi et aux usages de la vie civile et invite les autorités à prendre leurs responsabilités pour intervenir et mettre fin à cette option sécuritaires dans la gestion des droits de l'homme et des défenseurs de ces droits.
    Le comité directeur de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'homme appelle toutes les composantes de la société civile en Tunisie et ses amis militantes et militants des libertés sur les scènes arabes et internationales à condamner ces dérives graves. Il invite les autorités aux respects de la législation du pays et aux engagements internationaux pris, en particulier la Déclaration internationale relative à la protection des défenseurs des droits humains.

    Pour le comité directeur
    le premier Vice-président
    Slaheddine Jourchi





    Retour sommaire





    A LA UNE


    La lettre qui a renvoyé Mohamed Mouada
    devant le juge d'instruction

    Les autorités tunisiennes semblent déterminées à ce que notre pays fasse son entrée dans le troisième millénaire en étant classé dans le groupe de pays répertoriés comme vivant une aggravation généralisée de l'arbitraire et de la répression des libertés fondamentales et des droits de l'homme.
    Cette conclusion se trouve confirmée par l'effervescence sécuritaire générale que vit le pays ainsi que par les procès politiques avec lesquels le pouvoir a tenu à clore l'an passé et entamer la nouvelle année et dont nous citerons :
    1-Le procès et la condamnation le 30 décembre 2000 du militant Moncef Marzouki, porte-parole du Conseil national des libertés en Tunisie à un an de prison ferme pour des chefs d'accusation relevant des libertés d'opinion, d'expression et d'association. Ces mêmes libertés sont garanties par la constitution du pays et les conventions internationales que les autorités se targuent d'avoir ratifiées.
    2-La condamnation de Néjib Hosni, dirigeant au Conseil national des libertés à quinze jours de prison durant la même période de l'année et en attente d'éventuels autres développements.
    Les autorités font preuve d'une ingéniosité sans limites dans l'innovation pour la persécution des militantes et militants.
    3-M. Slaheddine Jourchi, journaliste réputé, intellectuel militant et vice-président de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'homme, comparait aujourd'hui 2 janvier 2001 devant le juge d'instruction pour un communiqué, signé au nom du Comité directeur et publié le 11 décembre 2000, traitant de la situation des libertés publiques dans le pays et de l'arbitraire auquel est confronté le comité directeur de la LTDH, démocratiquement élu lors du dernier congrès de l'avis unanime des observateurs aussi bien en Tunisie qu'à l'étranger.
    4- La convocation de Slaheddine Jourchi devant le juge d'instruction est une mesure répressive arbitraire prise dans le cadre du harcèlement du comité directeur mené :

  • de façon collective par la multiplication des procédures judiciaires visant la paralysie de celui ci et par la mise sous administration judiciaire en attendant le jugement sur le fond dont l'audience est prévue pour le 15 janvier 2001 et qui devra trancher quant aux prétentions de quelques individus au service du pouvoir.
  • de façon individuelle à travers le harcèlement policier et judiciaire imposé à de nombreux membres du Comité directeur et les campagnes de dénigrement continues contre les militants Mokhtar Trifi, Khémais Chammari et Kemel Jendoubi.
    Au nom des militantes et militants démocrates socialistes, nous déclarons:
    1- Notre soutien inconditionnel au comité directeur de la LTDH et à nos frères militants des droits humains e t des libertés publiques dans le pays.
    2- Notre condamnation des pratiques répressives et arbitraires adoptées par le pouvoir et de l'implication de l'appareil judiciaire dans cette stratégie.
    3- Notre profond respect pour les efforts considérables et bénévoles que déploie le corps des avocats dans la défense des libertés démocratiques et des droits de l'homme.
    Ces efforts font honneur à ce corps professionnel dans notre pays, bien q u'en l'absence flagrante d'indépendance de la justice vis à vis du pouvoir exécutif, le rôle de la défense dans ces procès politiques injuste et préfabriqués ait pris une valeur symbolique.
    Bien que nous devions un respect de principe à l'institution judiciaire, force est de constater que celle-ci s'est transformée en un instrument au service du pouvoir exécutif dans sa répression des libertés et des forces démocratiques patriotiques de toutes tendances idéologiques et politiques.
    4- Que les pratiques répressives des autorités tunisiennes impliquant diverses institutions sont une image du terrorisme d'état visant à répandre la terreur chez les citoyens en général et au sein du mouvement démocratique en particulier dans le but de réduire au silence toutes voix opposée à la voix unique et à l'opinion unique : celle du pouvoir.
    5- Que ces pratiques n'apporteront à la situation générale dans notre pays que plus de complexité et à notre image que plus de dégradation. Quant aux forces démocratiques, elles n'en seront que plus confortées dans leur résistance, leur fermeté et leur détermination à accepter toutes sortes de sacrifices. Notre destin national et humain est ainsi fait.
    6- A cette occasion, nous réitérons l'appel de nombreuses composantes du mouvement démocratique et le nôtre :
    Devant la volonté manifeste des autorités de faire de l'année 2001 l'année de l'aggravation de la persécution et de la répression des libertés et des principes démocratiques, faisons, nous forces démocratiques, sans exclusion ni exception à l'intérieur du pays ou à l'étranger, de cette année celle du front démocratique national. Ce voeux politique national et populaire est légitimé par de nombreux développements positifs au sein du mouvement démocratique. Il s'impose à nous de par la réputation et le rôle de la Tunisie de même que par son histoire et ses valeurs civilisationnelles tout en s'accordant parfaitement à 'évolution culturelle, sociale et politique que vit le monde en cette période du dialogue des peuples et des civilisations.

    Président du Mouvement
    des démocrates socialistes
    Mohamed Mouada





    Retour sommaire





    A LA UNE


    Un détenu politique décrit la tyrannie
    de Ben Ali et la vie quotidienne en prison

    Cri de détresse
    du fond de l'enfer carcéral

    En trois mille ans d'histoire, aucun mouvement politique autre qu'Ennahdha (La Renaissance) n'a vécu une décennie aussi tragique. Dix ans de larmes, de souffrances, d'injustices, de tortures et de répressions. Même durant la lutte pour l'indépendance du pays, la France était plus clémente avec les nationalistes tunisiens. Le bilan est très lourd : des dizaines de morts, des milliers de prisonniers et d'exilés, plus de 80 000 ans de prison ont été "généreusement" infligés aux opposants.
    La répression du régime a été doublement encouragée au début des années 90. Encouragée à l'intérieur du pays par le silence complice des adversaires d'Ennahdha qui espéraient l'affaiblissement, voire l'écrasement du mouvement pour redevenir les numéros un de l'opposition tunisienne. Une alliance et un silence rapidement regrettés parce qu'en s'attaquant à nous le régime voulait agenouiller l'opposition et s'attaquer aux forces vives du pays. Les étudiants et les partis ont été marginalisés, la Centrale syndicale domestiquée, la presse systématiquement censurée, la Ligue des droits de l'homme noyautée et aussitôt déclarée hors-la-loi. Aujourd'hui, le régime se permet le luxe de faire taire ou d'éteindre toute voix libre ou lumière, même basse et faible. Une répression encouragée à l'étranger par le mutisme complaisant de la France et de l'Europe. Une attitude due à leurs peurs de l'islamisme et à leur méconnaissance totale d'Ennahdha. Ils voyaient en nous les GIA de l'Algérie et les Talibans de l'Afganistan. Alors que nous sommes le mouvement le plus modéré, le plus ouvert et le plus pacifiste de l'islamisme mondial. Nous considérons l'Islam comme notre idéal, mais nous adaptons notre interprétation à l'évolution de nos sociétés. Nous voulons la justice, la paix, la liberté et l'amour pour tous. L'Europe sait maintenant que le seul terrorisme qui existe en Tunisie est celui du régime tyrannique de Ben Ali.
    Nous sommes en prison depuis dix ans. Notre parcours est le même: arrestations brutales, interrogatoires sur fond de tortures et de machinations diaboliques, la justice offre un usage légal de l'oppression et puis commence le vrai cauchemar et le vrai calvaire des prisons du Moyen-âge. L'agression physique et morale, la provocation, l'éloignement, l'humiliation sont notre pain quotidien. La liste des interdits est interminable. Pas d'intimité, pas d'étude, pas de lecture et pas d'écriture, pas de sport, pas de lits pour la plupart des détenus, pas de chauffage, pas de tables ni de chaises, la nourriture immangeable, les soins médiocres. Le surpeuplement reste le problème numéro un. A titre d'exemple, le hangar GI contenait 287 détenus le 14/12/2000. Avec 0,52m2 par détenu, nous sommes très loin des normes prévues pour l'élevage de bétail. Pour nous faire plus mal, les autorités usent de tous les moyens afin d'obliger nos femmes à divorcer. Le régime veut nous pousser à la violence. Mais nous résistons. Nous ne regrettons pas d'avoir dit non au tyran, non à l'injustice, non à la dictature, non à l'exclusion, non à la spoliation de notre chère Tunisie. Mais nous sommes à bout de souffle. Nous sommes au bord du désespoir qui se traduit par des grèves de la faim. Un mouvement qui se durcira dans les jours et les mois à venir. Une grève générale va être organisée. La mort est devenue le seul espoir qui nous reste pour accéder à la liberté. Mieux vaut pour nous mourir debout qu'à genoux.
    Nous n'arrivons pas à comprendre pourquoi toute cette haine ? Rien ne justifie notre maintien en prison. La majorité des détenus disent que la vie ne vaut plus rien. Aidez-nous, aidons-les à dire plutôt que rien ne vaut la vie.
    C'est un appel au secours que nous lançons. Un signal de détresse à tous les hommes libres de notre monde. Nous lançons un appel aux opposants tunisiens: Unissez-vous au sein d'un front pour la liberté et la démocratie avec une amnistie générale comme premier objectif. Oeuvrez avec l'Union européenne pour isoler le régime de Ben Ali dans le monde, pour l'obliger à ouvrir les prisons aux associations des droits de l'homme. Nous sommes des milliers de prisonniers politiques en danger de mort.
    La non-assistance à personne en danger est un délit.
    Ensemble nous vaincrons, ensemble la lumière jaillira.

    Marwen Wahid
    Prison civile de Tunis
    le 15/12/2000





    Retour sommaire





    A LA UNE


    Mort d'un étudiant

    Le17 novembre 2000, un étudiant en première année d'anglais à Bourguiba school, Ali Dhoukar, originaire de Tataouine, âgé de 19 ans et résident au foyer universitaire Elmourouj a trouvé la mort suite à un choc électrique alors qu'il s'apprêtait à prendre une douche. Les étudiants avaient signalé à plusieurs reprises au directeur du foyer que l'eau transmettait le courant électrique et qu'ils avaient peur d'être électrocutés, mais sa majesté répondait qu'ils s'affolaient pour rien, puisqu'un courant de 200 volts ne tue pas.
    Ce vendredi 17, vers 6h, Ali est allé prendre une douche pour prendre le train de nuit et rentrer chez lui voir sa mère malade, mais il est retourné dans un cercueil. Les rapports officiels prétendent que la cause de la mort est une crise cardiaque survenue au cour de la douche, cette même explication a d'ailleurs été
    présentée à sa famille. A 8h, la nouvelle s'est propagée et tous les étudiants se sont réunis spontanément pour jeter un dernier regard sur leur camarade, mais ils se trouvèrent face à des dizaines de policiers leur suggérant de se calmer et de regagner leurs chambres. Les étudiants ayant bien sûr refusé, et "ton oeil ne voit que la lumière", les coups de matraques surgirent ainsi que les coups de poing et de pieds, mais le pire c'est que les étudiants RCDistes (qui avaient organisé la veille de l'accident un gala pour fêter l'arrivée des élections des conseils scientifiques -qu'ils remporteront bien sûr- et où le directeur avait dansé et chanté jusqu'à l'aube), eux aussi frappèrent et menacèrent les autres étudiants en leur lançant des pierres, des chaises et même des bris de vitres cassées... Plusieurs autres incident ont eu lieu notamment lors de la collecte d'argent par les étudiants pour louer des bus et participer aux funérailles.
    En ce qui me concerne, je n'ai appris la nouvelle que lundi matin par des camarades de l'UGET, et nous avons décidé d'entamer une journée de grève comme dans toutes les autres institutions. Nous avons fait sortir les étudiants de leurs amphis et des salles, nous leur avons expliqué la situation et nous sommes allés devant l'administration pour l'assiéger et présenter nos demandes aux deux doyens, c'est à dire la présentation du directeur du foyer devant la justice et la démission du ministre de l'Enseignement supérieur.
    Remarque: le directeur du foyer a seulement été transféré au foyer de Benarous !



    Retour sommaire





    POLITIQUE


    L'abominable homme de Carthage

    "Dégage Ben Ali"
    (un internaute)


    "C'est facile de changer de président"
    (un manifestant serbe)



    On ne se posera jamais assez cette question : Comment en sommes-nous arrivés là ? Il nous semble vivre un cauchemar. Tout éveillés.
    Quel crime avons-nous donc commis pour endurer cette oppression et ces insupportables épreuves ? Quel crime a commis Bourguiba pour subir un si triste sort, et ces funérailles humiliantes, honteuses ?
    Faisons un petit tour en arrière, actionnons la machine à remonter le temps et braquons l'objectif sur Bourguiba. Jusqu'à la date fatidique du 6 novembre, cet homme exceptionnel, père de l'indépendance, a été respecté, adulé, porté aux nues, faisant l'objet d'un véritable culte. D'un seul mot, il pouvait mener au Capitole ou à la roche Tarpéenne n'importe quel dignitaire. D'un seul mot, il pouvait mettre fin à une révolte. En l'espace de 24 heures, il est devenu un captif, un être sans pouvoir, sans défense, un rien.
    24 heures plus tard, lorsqu'il a été transféré de force à la résidence de Mornag, il a été réduit à l'état de zombie, de mort-vivant, un artiste, un homme atteint de la maladie dite "closed-in" qui ne permet pas de communiquer. Puisqu'on a formellement interdit aux quelques personnes mises à son service de lui adresser la parole. On ne peut imaginer pire supplice pour un homme tel que Bourguiba qui rendait le verbe magique, qui vivait par le verbe et pour le verbe, avec lequel il pouvait galvaniser, enflammer les foules. Un traitement cruel, inhumain ! Cela donnait le la sur ce qui attendait le peuple tunisien, sur les horreurs qu'il vivrait 13 ans durant et prouvait à quel point "l'artisan" du 7 machin pouvait faire preuve de cruauté, de manque total de pitié, de scrupules et de tout sentiment humain. Un monstre !
    Chaque société engendre malheureusement des monstres, la Tunisie n'a pas échappé à la règle et a engendré son propre monstre. A supposer que quelqu'un d'autre ait commis le coup d'Etat, les circonstances étaient propices et le coup facile, on ne pense pas qu'il aurait agi avec tant de cruauté. Il aurait fait preuve de décence, il n'aurait pas fait subir un tel traîtement dégradant, au père de la nation. Au pire, on l'aurait envoyé bénéficier d'une retraite dorée à l'étranger.
    48 heures plus tôt, le félon se tenait la tête baissée, plié en deux, humble et penaud devant son bienfaiteur, l'homme à qui il devait tout, de son admission laborieuse au stage de six mois à St-Cyr jusqu'à sa nomination en tant que Premier ministre durant 5 semaines (quelle idée de Bourguiba ! )
    On a posé cette question à N. Beau, co-auteur du livre "Notre ami Ben Ali" au cours d'une interview : "Comment un homme aussi médiocre a-t-il pu arriver jusqu'à l'antichambre du pouvoir?" La réponse est simple : il a su capter la confiance de Bourguiba avec une obséquiosité extrême et force courbettes (les images sont là pour en témoigner). Il a fait tellement de courbettes à Bourguiba, qu'il doit en garder un lumbago pour le restant de sa vie. Il parlait peu (évidemment, il n'a pas beaucoup de choses à dire), il se montrait obéissant et docile. Toutes les caractéristiques des usurpateurs potentiels. Même sur le plan physique. Regardez-le ! Regardez-le donc! Ce teint corboïde, ce regard fuyant, n'est-il pas l'archétype de l'usurpateur des films de série B? Le coup d'Etat est-il réellement salvateur? A-t-il perpétué son coup pour "sauver" la Tunisie comme il aime à le répéter ? Que nenni !
    Même si Bourguiba commençait à montrer des signes de sénilité, la Patrie n'était pas pour autant menacée par un quelconque danger. Il n'y avait ni désordres graves, ni vélléités d'insurrection, ni le feu au Lac de Tunis.
    Notre pays traversait une période de turbulences, comme il arrive à chaque pays, sans plus. Si ce funeste coup d'Etat n'avait pas été commis, les choses se seraient passées autrement. Les proches, les fidèles de Bourguiba auraient fini par le convaincre de se retirer sagement, de déléguer le pouvoir à la personne de son choix, étant entendu qu'il resterait la référence suprême et que le Bourguibisme continuerait.
    Les nouveaux dirigeants auraient poursuivi dans cette voie. Et les timides tentatives de démocratisation du pays, notamment celle plus marquée de l'ancien Premier ministre Mzali, auraient fini par aboutir. Cela aurait évité au peuple tunisien les souffrances, les atrocités et les humiliations qu'il subit depuis 13 ans sous ce régime infâme.
    Car Ben Ali n'a fait, durant toutes ces années, qu'humilier notre peuple, nous humilier.
    Ses très nombreux policiers humilient au quotidien nos concitoyens apeurés, les rackettent sans vergogne, au vu et au su de tous. Ses juges humilient nos concitoyens et font preuve d'arrogance et de vulgarité. Ce qui est contraire à leur déontologie. Un juge se doit de respecter le citoyen et ne jamais se départir de courtoisie. Ses gardiens de prison, ses tortionnaires n'ont rien à envier aux bourreaux nazis ,et les atrocités commises contre les résistants.
    Dans la vie, rien n'est pire que l'humiliation, car l'humiliation rabaisse de manière avilissante et dégradante. L'humiliation impose à la victime le sentiment suffoquant d'être rejetée dans l'insignifiance à la faiblesse du nouveau-né et retranchée du monde des vivants.
    La lutte que nous menons contre Ben Ali et son régime est la lutte du bien contre le mal. L'issue de ce combat ne fait aucun doute. Il ne comprend pas encore. La liste des choses qu'il ne comprend pas s'allonge jusqu'à l'infini, elle est aussi longue que celle de ses méfaits et de ses crimes.Il faut quand même qu'il comprenne une chose, qu'il se l'enfonce bien dans la tête : la Tunisie n'est pas la maison du papa, la Tunisie n'est pas la propriété de Ben Ali et de ses acolytes. La Tunisie appartient à tous les Tunisiens. Chaque citoyen a le droit et le devoir de participer aux affaires de l'Etat, de dénoncer les dérives et les excès, de critiquer le régime, de s'exprimer librement sur tout ce qui concerne notre pays, en un mot de se sentir "la sentinelle qui a la garde de tout le royaume".
    Ben Ali s'est emparé du pouvoir par traîtrise, par effraction. Mais il ne suffit pas de s'emparer du pouvoir, encore faut-il savoir l'exercer.
    Qu'a-t-il fait de notre pays? Un champ de désolation et de ruines morales où règne la peur, la méfiance, l'espionnite mais aussi l'arbitraire, l'injustice et la corruption effrénée, notamment de la famille de Ben Ali et des familles apparentées, ces va-nu-pieds, ces crève-la-faim.
    Les Tunisiens ont perdu le sourire et la joie de vivre mais ils n'ont pas perdu la foi dans l'avenir et l'espoir que cela changera tôt ou tard.
    Il n'est pas dupe de tous les mensonges et les mystifications que lui diffusent les organes d'information totalement à la botte du régime. De pseudo-journalistes, au mépris de la déontologie de la profession, n'hésitent pas à se rendre complices du régime en déversant toutes sortes d'informations fantaisistes, imaginaires, ridicules. Ce n'est pas de la désinformation qu'ils pratiquent, c'est de la contre-information.
    Un exemple frappant qui laisse pantois : fin décembre, le présentateur du téléjournal tunisien annonce solennellement "qu' une résolution a été adoptée par l'ONU, relative à la création d'un fonds international (sic) d'aide aux plus démunis, similaire au fameux compte 26/26, et ce, sur une initiative du génie de Haman-Sousse à qui on a confié la clé du coffre. De quoi s'agit-il en fait ? Une des commissions émanant de l'ONU a proposé la création d'un organisme pourcombattre la pauvreté dans le monde sur des initiatives de pays en voie de développement. Ce n'est donc ni de l'initiative de la Tunisie, ni de celle de Ben Ali (ndlr voir la plume déchainée, p.48).
    Parmi la multitude des Résolutions, l'Assemblée générale en a adoptée une : "Accueillant favorablement cette initiative". De là à ce que le projet se consolide...Les pays développés jugent un tel projet irréalisable.
    Les pays développés ont leurs institutions sociales étatiques, ainsi que des associations caritatives et autres sociétés de bienfaisance. Quant à l'aide aux pays pauvres, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale s'en occupent très bien.On a bien compris que ce "compte international" n'a jamais existé que dans l'imagination de Ben Ali. En fait, ces comptes 26/26, 21/21, bientôt 99/99 et autres idées géniales de ce genre ne sont que des aberrations, des élucubrations issues d'un esprit primaire.
    C'est plus qu'ubuesque !
    Tant que Ben Ali occupe la Tunisie, on devrait en changer , provisoirement, le nom en "Benalistan".
    Nous demandons instamment à ce que ce compte soit converti en une institution étatique (Office, Centre, etc...) dépendant du ministère des Affaires sociales. Et qu'on cesse de retirer des cotisations forcées des modestes salaires des fonctionnaires, et de racheter les entreprises en exerçant le chantage du redressement fiscal. Des méthodes mafieuses indigne sd'un Etat.
    Nous avons jusqu'à présent tendu la main à Ben Ali, en vue d'une réconciliation nationale, pour le bien de notre pays. Nous avons espéré que le bon sens l'emporterait, que la libération des prisonniers politiques apaiserait les esprits. Que le retour des exilés, la reconnaissance des partis, du CNLT qui représentent un vivier de compétences et leur participation aux affaires de l'Etat qu'ils revendiquent légitimement, serait un formidable enrichissement.
    Rien ! Il ne comprend pas. Il veut maintenir notre pays dans la médiocrité, une projection de son niveau et de celui de ses acolytes, et continuer d'asservir notre peuple. Dorénavant, nous ne demanderons plus rien, nous ne quémanderons plus rien, nous de demanderons pas l'aumône à Ben Ali. Nous exigeons ! Tout le peuple tunisien l'exige : Le départ de Ben Ali dans les plus brefs délais.
    S'il y a un danger qui menace notre pays, c'est bien Ben Ali et sa horde de tortionnaires et de pillards.
    Ben Ali, ce prédateur suprême, a fait beaucoup de mal à notre pays et à notre peuple, il a focalisé sur sa personne une haine immense et un profond mépris.
    Car si lui persiste à humilier le peuple, celui-ci le hait et le méprise à un point qu'il ne peut imaginer.
    Il faut qu'il parte ! Ben machin doit partir ! Il faut nous laisser panser nos blessures et réparer les dégâts qui sont considérables.
    Quant à ses complices, gare à leurs fesses! (Euh, non, certains d'entre aux aiment ça et ils risqueraient de nous prendre au mot, homo ? ), gare à leurs os ! à leurs abatis (c'est mieux).
    Je terminerais en citant ce message d'un jeune Tunisien, reçu sur internet, paru dans le dernier numéro de "L'Audace". Dans son style quelque peu maladroit mais si touchant, candide mais si sincère, cet adolescent nous écrit : "Très chers Tunisiens, le Tunisien souffre de la misère, pas dans nos estomacs mais dans nos têtes, et à mon avis cette dernière est plus grave et irréparable... Nous vivons une guerre civile mais sous une autre forme. Celui qui a le plus de pouvoir domine, c'est la loi de la jungle qui règne mais avec un con et sa famille..." Et de conclure, et ce sera ma conclusion : "C'est à nous de changer ça, donc mettons la main dans la main et qu'on attaque !"

    Gibran





    Retour sommaire





    INTERVIEW


    CARTES SUR TABLE AVEC SALAH HAMZAOUI

    " Être un militant des droits de l'homme,
    c'est être une paria au sein de la société "

    Le sociologue Salah Hamzaoui, de passage à Paris, répond aux questions de "L'Audace". Membre du Conseil national pour les libertés en Tunisie, membre fondateur de Comité directeur de RAID et Président du Comité de soutien à Hamma Hamami, Salah Hamzaoui s'efforce ici de répondre à des questions d'actualité concernant la Tunisie de Ben Ali, les problèmes inhérents à la Constitution tunisienne, le rôle de la femme et l'héritage de Bourguiba...

    Interview réalisée
    par Slim Bagga et Monder Sfar


  • L'Audace : Vous êtes, comme on dit, sur la braise à l'intérieur du pays. Comment pouvez-vous nous décrire le climat politique actuel?

    Salah Hamzaoui :
    Le climat politique actuel est caractérisé par une certaine fermeture. Celle-ci dure. De temps en temps, il y a des éclaircies mais qui durent le temps d'un éclair. On n'a pas l'impression que le projet de réconciliation avec la société civile, annoncée le 7 novembre 1987, se concrétise d'une manière quelconque. Bien au contraire, le sentiment dominant chez ceux qui aspirent à dire et à affirmer ce qu'ils pensent est un sentiment de déception. Aujourd'hui, en effet, affirmer sa propre pensée n'est pas sans danger pour celui qui ose le faire.
    Etre un militant des droits de l'homme, c'est être une paria au sein de la société. Cette situation est d'autant plus anormale que les Tunisiens ont pensé, un moment, qu'ils pouvaient devenir des citoyens libres à même de critiquer l'Etat, sans courir de danger.
    Heureusement, cette situation n'empêche pas les militants pour les droits de l'homme de s'exprimer au risque de mettre en danger leur propre sécurité. Heureusement aussi qu'ils deviennent de plus en plus nombreux à vouloir s'exprimer.

  • Ils deviennent de plus en plus nombreux peut-être, mais pour beaucoup d'observateurs ils ne sont pas légion...

    S.H. : Ils ne sont peut-être pas légion, mais comparés avec le début des années 90, l'on peut se rendre compte que leur nombre a considérablement augmenté.

  • La création du CNLT est une chose formidable. Mais certaines mauvaises langues considèrent que cette instance humanitaire se veut aujourd'hui une alternative au pouvoir actuel, une Ligue des droits de l'homme bis, etc... Nous n'y croyons pas mais quelles réponses pouvez-vous apporter à ce sujet ?

    S.H. : Le Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT) n'a jamais été conçu, à ma connaissance, comme une alternative au sens que vous indiquez. Il n'a pas été non plus créé contre la Ligue. Il a vu le jour, d'ailleurs, grâce à des militants issus, pour la plupart, de la Ligue tunisienne des droits de l'homme. Mais il se voulait et se veut encore un lieu d'expression différent de la Ligue. Nous voulions ainsi créer un espace de réflexion sur les droits de l'homme sans être enchaînés par les problèmes que pose la gestion quotidienne des libertés. Avec le temps, le CNLT s'est affirmé lui-même comme un outil différent de la Ligue, mais sa production n'a jamais été dans l'esprit de ceux qui l'ont produite, de marginaliser cette dernière. Le Conseil a eu quelques audaces et, notamment, les rapports qu'il a publiés ont permis l'émergence d'un dialogue avec une société civile assoiffée d'informations sur ce qui se passe dans le pays, au niveau des libertés.

  • On parle de divergences au sein du Conseil, notamment son glissement sur le terrain politico-politicien...

    S.H. :Dans toutes les structures, il peut y avoir des divergences. Mais je n'ai pas connaissance de cette divergence-là.

  • Vous voulez nous dire que même vos détracteurs ne véhiculent pas l'idée selon laquelle le CNLT se politise, ni qu'il prépare à une alternative en Tunisie?

    S.H. : La vocation du CNLT n'est pas politique dans ce sens là. Elle n'est pas non plus de préparer l'alternative stricto sensu. Sa vocation est de diffuser les valeurs ayant trait aux droits de l'homme, d'informer sur l'état des libertés, de contribuer à l'émergence d'une opinion publique soucieuse de l'application des droits de l'homme.

  • Pourquoi alors dit-on que la Conférence nationale pour la réalisation de laquelle se bat Moncef Marzouki depuis des mois, ne serait finalement qu'une sorte de réunion, plus ou moins privée , de 20 à 30 personnes du CNLT ? Y a-t-il ici des problèmes pratiques?

    (NDLR : question posée à M. Hamzaoui samedi 25 novembre vers 17h alors que le lendemain, dimanche 26 nous apprenions que le CNLT a convoqué la Conférence nationale pour le 10 décembre et nous nous en félicitons).


    S.H. : Le CNLT ne remet pas en question la convocation d'une Conférence nationale. La réunion prévue pour le 10 décembre a pour tâche de préparer une plate-forme sur les questions les plus importantes qui se posent aujourd'hui à la Tunisie, laquelle plate-forme sera soumise aux invités de la Conférence nationale qui se tiendra quelques mois plus tard...

  • Des invités ou des participants?

    S.H. : Des invités à participer et à donner concrètement leurs avis en partant d'une vision CNLT des problèmes.
    Donc, la réunion du 10 décembre n'est pas une manière d'éluder ni d'annuler le projet de la tenue de la Conférence mais de mieux la préparer.
    Sur ce point, je peux vous dire qu'il y a consensus.

  • Cela voudrait-il dire que sur certains points, il n'y ait pas de consensus?

    S.H. : Ecoutez, j'ai assisté à toutes les réunions du CNLT et je peux témoigner que sur les problèmes fondamentaux, nous sommes largement d'accord.

  • Le problème à l'égard de la Constitution, par exemple, ferait l'objet de discussions. Ainsi certains membres du CNLT, au nom de la défense des libertés que vous proclamez, considèrent que le départ de Ben Ali en 2004 est une chose à soulever absolument. D'autres préféreraient ne pas la soulever actuellement...

    S.H. : Chaque fois qu'il s'est agi pour nous de relire ou de faire en sorte que la Constitution soit révisée dans un sens plus démocratique, il y a eu là aussi consensus. Nous pensons tous que le rôle du président de la République doit être revu et que, pour tous les autres problèmes, il faille prendre en considération l'évolution de la société et du monde.

  • Que pensez-vous de l'affirmation selon laquelle il n'y aurait pas aujourd'hui d'alternative à Ben Ali? Est-ce une insulte, comme dirait Mohamed Talbi, à l'égard du peuple tunisien?

    S.H. :Je pense que si on permet l'organisation d'élections libres, il y a dans le personnel politique de la Tunisie, qui est un personnel assez riche, formé par l'histoire des luttes anticoloniales et pour la démocratie, suffisamment d'hommes et de femmes, suffisamment de personnalités qui seraient dignes de se présenter au suffrage universel et de gouverner concrètement la Tunisie, à condition toutefois que les institutions soient respectées.

  • Vous n'avez pas répondu à ma question ou alors je l'ai mal formulée : Ben Ali a-t-il été concrètement une alternative à Bourguiba ?

    S.H. : Ben Ali s'est imposé en prenant le pouvoir. Pour ma part, je ne pense pas qu'il ait réussi à incarner cette alternative.
    Ce que je reproche essentiellement au gouvernement actuel, c'est le non-respect des libertés en général et son non-respect de la liberté d'expression en particulier. Il en a résulté un verrouillage de la société. Malheureusement, on observe une régression au niveau de la création dans la plupart des domaines.

  • Je m'adresse maintenant au sociologue : est-ce que le Président actuel a enrichi, comme on le dit, l'héritage de Bourguiba, notamment au sujet des femmes ou l'a-t-il utilisée pour avoir en répit la moitié de la population?

    S.H. : Que ce soit par conviction ou non, Ben Ali continue la politique de Bourguiba, son même comportement politique. L'un cherchait à prendre des mesures favorables à la femme pour lutter contre la "tradition" et se positionner du côté d'un Occident auquel il adhérait politiquement et culturellement, et l'autre se saisit du même problème parce qu'il lui permet de lutter contre les islamistes et d'être dans l'air du temps. Mais on est en droit de se demander également pourquoi l'intérêt marqué à cet acteur social (la femme), dans le sens d'une "libération", ne s'étendrait-il pas à d'autres acteurs sociaux dont l'aspiration au changement est aussi légitime que celle des femmes. Je pense notamment aux ouvriers dont le syndicat reste muselé, aux étudiants et aux jeunes qui n'ont pas toujours la possibilité de s'exprimer librement; de sorte que cet intérêt en direction de la femme apparaît comme une manière d'occulter d'autres blocages.

  • On dit, et vous me direz si vous êtes d'accord, que si Ben Ali avait organisé des élections sincères, peut-être que grâce aux femmes, qui ne sont pas toutes éduquées et cultivées comme veut le faire croire la propagande officielle, il les aurait gagné dignement. En d'autres termes, la femme tunisienne libérée serait peut-être apparue, à son insu, comme le rempart contre un intégrisme dont la politique répressive de Ben Ali se prévaut, et l'aurait aidé à gagner honnêtement quelque chose comme 60 % des voix.

    S.H. : La question posée opère deux réductions principales :
    1) en considérant que la femme est un tout homogène, ce qui est totalement faux.
    2) en oubliant que le vote d'un acteur social est fonction des seuls bénéfices de certaines mesures qui touchent à des aspects forcément limités de son existence sociale.
    Une femme n'est pas seulement sensible à ce qu'elle attendrait de mesures qu'elle peut d'ailleurs complètement ignorer, mais elle peut être conditionnée par des facteurs comme la vie par exemple qui, pour certaines couches sociales, peut poser un problème de survie. Il peut aussi poser le problème de l'opinion dominante de sa famille. Et quand je dis sa famille, je veux dire de son entourage.

  • Dernière question : que pensez-vous de la proposition de Néjib Chebbi, secrétaire général du Rassemblement socialiste progressiste qui avait organisé en juillet "sa" Conférence nationale, d'inviter toute l'opposition à intégrer sa structure partisane légale, prétextant du fait que les Autorités actuelles ne voudront pas légaliser certaines associations et certains partis (Forum démocratique pour les libertés et le travail de Mustapha Ben Jaafar, le Parti ouvrier communiste tunisien de Hamma Hammami, le CNLT, le RAID, ...). Certains pensent qu'il serait indécent de faire une telle proposition alors que ces hommes et ces femmes sérieux militent sincèrement. On ne peut certes pas évoquer la décence ni la morale en politique, mais je crois que le sociologue que vous êtes pourrait nous donner son appréciation à ce sujet.

    S.H. :Je ne dirais pas que c'est indécent, mais je dirais simplement que Néjib Chebbi devrait militer pour que tous les partis politiques et toutes les associations qui le désirent aient la possibilité légale d'exister.
    Toutes les lois régissant le secteur de l'exercice des libertés devraient être revues dans le sens que je viens de mentionner.



    Retour sommaire





    A LA UNE


    Prédictions :
    Le Haj Salim prévoit le départ de Ben Ali
    selon la sourate coranique n¡235

    La sourate 235 :
    "Et on ne vous reprochera pas de faire, aux femmes, allusion à une proposition de mariage, ou d'en garder secrète l'intention. Allah sait que vous allez songer à ces femmes. Mais ne leur promettez rien secrètement sauf à leur dire des paroles convenables. Et ne vous décidez au contrat de mariage qu'à l'expiration du délai prescrit. Et sachez qu'Allah sait ce qu'il y a dans vos âmes. Prenez donc garde à Lui, et sachez aussi qu'Allah est Pardonneur et Plein de mansuétude".

    ( Le Saint Coran Al-Madinah Al-Munawwarah Royaume d'Arabie Saoudite )

    Au début des années 90, et dès lors qu'une féroce et aveugle répression s'abattit sur le peuple tunisien (principalement les islamistes), une voyante, Hajja Habiba, fit de terribles révélations sur l'avenir du Général Ben Ali. En substance, elle affirmait alors que l'actuel président tunisien n'avait aucune intention de quitter le pouvoir ni de favoriser l'alternance. "Il ne sortira du Palais que les pieds devant", euphémisme qui veut dire mort ou dans un cercueil.
    Pourchassée, recherchée, Hajja Habiba parvint tout de même à quitter la Tunisie et à se réfugier quelque part en France.
    Fait insolite et plutôt rigolo dans cette affaire, nous avions eu toute la barbouzerie de Botzaris et les agents secrets de l'ambassade de Tunisie à Paris mobilisés pour retrouver la trace de cette femme qui a osé faire des révélations dangereuses au sujet d'un dictateur dont peut-être l'ignorance en fait un être qui croit aux prédictions, aux voyants, aux marabouts, aux charlatans et aux sorciers. L'on disait alors que Hajja Habiba avait élu domicile à Villeneuve Saint-Georges, dans le Val de Marne, et des personnes proches de l'entourage présidentiel racontaient allègrement que le Président portait toujours la photo de la voyante "pour ne jamais l'oublier". Les Services tunisiens ne parvinrent jamais à la localiser, ce qui a été de nature à rendre Ben Ali encore plus furieux et encore plus superstitieux. Le Dieu de Tunis ne pouvait concevoir qu'un bout de femme lui échappât sinon qu'avec la protection d'Allah "omniscient et omnipotent". Aujourd'hui, à l'aube de ce nouveau siècle et de ce nouveau millénaire, nous avons fait consulter, à notre tour, le professeur Salim, au 18ème arrondissement parisien, qui nous fait ci-après, des révélations fort intéressantes sur le Général Zine El Abidine Ben Ali, son avenir politique et sa vie avec Leïla Trabelsi, candidate à la succession de son époux.

    Ben Ali, n¡ 235

    La cinquantaine, le professeur Salim consulte Dieu, à la demande de clients, et reçoit des messages. Dès que nous l'avons abordé, il inscrit en lettres arabes le nom du Général-président auquel il attribue le nÁ 235. Qu'est-ce que ce numéro ? Le professeur Salim nous explique que selon le Coran, la sourate 235 (El Baqarah ou la Vache) évoque les relations de l'homme à la femme (voir encadré, page précédente). Et de poursuivre : "Zine El Abidine Ben Ali est un homme qui se trouve dans le feu. Il faut comprendre que le destin de chaque homme est tributaire des étoiles. Il y a des étoiles blanches, des étoiles rouges et des étoiles noires. L'étoile de Ben Ali est rouge, elle est dans le feu et non pas dans l'eau".
    "Ben Ali n'envisage pas de quitter le pouvoir en 2004. Mais selon les calculs que j'ai faits hier soir et ma consultation de Dieu, les chiffres indiquent que ses propres numéros (7 - 10 - 51 - 1 - 30 - 70 - 2 - 4 - 10 et 54) qui s'inscrivent dans son étoile rouge qui se trouve dans le feu, on peut précipiter son départ. Pour cela, il faut faire un certain nombre des sacrifices. Aussi, il est indispensable pour cela de sacrifier 7 vaches rousses, 7 moutons roux, 7 chèvres rousses, 7 poulets roux, 7 noix de cola et offrir 7 aiguilles. C'est seulement de la sorte qu'il tombera gravement malade ou que quelqu'un le tuera. Son départ serait alors garanti pour 2001".

    Et Leïla Trabelsi, alors?

    Selon le voyant africain, Zine El Abidine Ben Ali est amoureux de Leïla Trabelsi, mais celle-ci ne le lui rend pas bien.
    "Elle est plus préoccupée par son propre avenir et celui de sa famille que pour son époux. Aussi, Zine El Abidine Ben Ali, qui est très contesté par son peuple notamment à cause de sa femme, envisage de la quitter parce qu'il la soupçonne de vouloir l'empoisonner... Votre Président a de moins en moins confiance en ceux qui le côtoient. C'est un homme de plus en plus seul".
    Fin de l'entretien. Notre Généralissime président est à présent averti. Et un militaire averti en vaut une troupe, un bataillon et même toute une armée.

    Slim Bagga

    Impressions suite à la visite chez un voyant...
    et non chez un charlatan

    Voici la prédiction. Qu'en faire?
    Croire ou ne pas croire ?
    C'est une histoire de foi et
    la preuve est dans le puding,
    comme disent les Anglais.
    Les Français, eux, prétendent
    que c'est en forgeant
    que l'on devient forgeron.
    Alors, sacrifiez, où que vous soyez,
    chacun dans son coin,
    à sa manière, avec ses moyens.
    La somme de vos efforts
    individuels se manifestera
    tôt ou tard. C'est une manière
    comme une autre de conjurer
    le mauvais sort,
    la mauvaise politique.
    La démocratie n'existe pas ?
    Inventez autre chose.
    Quelque chose d'apolitique.
    Comme un Barbecue party !
    A l'américaine! En attendant
    d'autres célébrations
    plus réjouissantes. Inch'Allah !
    En ces temps où l'on demande
    à ce journal de tout faire
    pour regrouper ceux qui semblent
    divisés, voilà une recette un peu
    salée, peut être pour rappeler
    à notre manière au regroupement
    de tous les efforts, contre l'enfer,
    mais parfois aussi contre tous...
    Oh diable...

    Nicky de Philipi





    Retour sommaire





    MIEUX VAUT LE DIRE




    JUGEONS-LES !





    LE CONSEIL DES LIBERTES DEVOILE
    LA LISTE DE TORTIONNAIRES
    Personnes impliquées dans la torture en Tunisie
    selon les critères définis par l'article 1 de la Convention
    internationale contre la torture




    Fonctionnaires de la sûreté nationale
    (Première liste)


  • Ezzedine Jenayeh
  • Hassen Abid
  • Ali Mansour
  • Moncef Ben Guebila
  • Hamadi Hless
  • Ridha Chabbi
  • Abdelhafidh Tounsi
  • Mahmoud Ben Amor
  • Amor Sellini
  • Mahmoud Jaouadi
  • Bechir Saïdi
  • Zied Gargouri
  • Abderrahman Gasmi
  • Mohamed Tahar Oueslati
  • Jamal Ayari
  • Abdelfattah El Adib
  • Abdelkarim Zammali
  • Mohamed Gabous
  • Mohamed Moumni
  • Adel Tlili
  • Hamouda Farah
  • Imed Daghar
  • Rachid Ridha Trabelsi
  • Mourad Labidi
  • Officiers et agents de l'administration pénitentiare
    (Deuxième liste)


  • Ahmed Hajji
  • Toumi Sghaïer Mezghani
  • Jedidi Aloui
  • Nabil Aïdani
  • Ahmed Riahi
  • Karim Bel Haj Yahia
  • Habib Alioua
  • Ali Ben Aïssa
  • Slaheddine
  • Bechir Najjar
  • Hedi Zitouni
  • Mourad Hannachi
  • Hedi Ayari
  • Ridha Belhaj
  • Amor Yahiaoui
  • Sadok Belhaj
  • Abdelrahmane Aïdoudi
  • Salah Rabhi
  • Ali Chouchane
  • Hichem El Ouni
  • Jamel Jerbi
  • Sami Kallel
  • Henda Ayadi




  • Retour sommaire





    LIBERTES


    Ben Ali veut tuer les Publinet
    et censure Internet

    Le 10 janvier est à marquer d'une pierre noire dans l'histoire d'internet en Tunisie. Friaâ, le ministre des Télécom convoque les gérants des cybercafés tunisiens connus sous le nom de " Publinet ". On pensait qu'il allait apporter une réponse aux graves difficultés que rencontrent ces professionnels de la Toile. Et ce fut la grande surprise : Ben Ali a tout simplement décidé de casser ces Publinet, parce qu'il y a trop de jeunes qui les fréquentent, et surtout l'outil internet qui commence à échapper sérieusement au contrôle du ministère de l'Intérieur.
    Voici les mesures annoncées au cours de la réunion:
    1) L'ouverture de boutiques Publinet reste soumise à autorisation du ministère de l'Intérieur, et l'ATI demeure son annexe pour la censure.
    2) Sur la question du débit de connexions trop faible, le ministère refuse catégoriquement d'y remédier, alors qu'il relève directement de ses compétences.
    3) Il est désormais interdit de chater à partir des Publinets. C'est là le second coup de grâce aux Publinets, car leur recette provient à 80% du chat. 4) Désormais, la téléphonie est interdite : on ne peut plus téléphoner au moyen d'internet.
    5) Une baisse des tarifs de l'heure de connexion (de 2 DT à 1,5 DT/heure), constitue un autre coup dur contre les Publinets : en grevant leur marge, qui est déjà trop faible, surtout pour ceux qui doivent rembourser les frais d'installation.
    6) Il est désormais interdit aux utilisateurs de télécharger quoi que ce soit d'internet sans autorisation du gérant Publinet rendu responsable du contenu des éléments téléchargés.
    7) Même la simple impression d'un document doit être soumise au contrôle du gérant du Publinet.
    8) Tout ordinateur connecté à internet devra contenir un logiciel barrant l'accès aux sites indésirables pour le ministère de l'Intérieur.
    9) Et pour couronner le tout, le tarif d'infraction à ces mesures de censure s'élève à 2000 DT (environ 10 000 FF) et la fermeture de la boutique.
    Si les jeunes Tunisiens ne se mobilisent pas pour dénoncer ces nouvelles mesures scélérates et liberticides, il n'y aura plus de Publinet en Tunisie d'ici peu de temps. Le seul espace de liberté d'expression et de contact avec le monde extérieur pour tous ceux qui ne peuvent s'offrir un ordinateur ou un abonnement à internet sera irrémédiablement clos. Jeunes Tunisiens, mobilisons-nous pour le droit à Internet et pour sauver les Publinet !

    Paris, le 15 janvier 2001.
    Mondher Sfar





    Retour sommaire





    LA VIE DE L'AUDACE


    Chers lecteurs,

    A partir de ce numéro, nous suspendons la partie arabe. Cette décision douloureuse a été prise après de mûres réflexions, disons même à la suite d'un véritable choix cornélien. Faut-il maintenir la partie arabe, si nécessaire et indispensable à notre lectorat qui n'est pas forcément francophone ? Faut-il arrêter l'aventure alors que nous nous débattons dans des problèmes financiers quasiment insurmontables ? Faut-il sacrifier "L'Audace" ?
    Tout le monde sait que ceux qui animent "L'Audace" et qui ont fait que jusqu'à ce jour il respire encore, ne maîtrisent malheureusement pas la langue arabe. Malgré les nombreux amis sincères qui entourent ce journal et qui lui prêtent la main pour que survive la langue de notre pays, il s'est finalement avéré que l'aventure est impossible pour le moment, vu le poids que la connotation (et non pas la ligne politique) véhicule à travers les colonnes de "L'Audace".
    Choix douloureux, disions nous, mais aussi détermination pour rebondir dans la quinzaine qui suit.
    Les lecteurs et les amis de "L'Audace" savent pertinemment que nous ne promettons jamais rien sans le réaliser. Aussi, avons-nous décidé, à partir de début février, de lancer "El Joura'a" qui n'est pas nécessairement une traduction fidèle de "L'Audace" mais qui sera son âme et son esprit mêmes, en France, en Europe occidentale et orientale et en Amérique du Nord. Autre nouvelle que nous devions annoncer à nos lecteurs et à nos sympathisants sans lesquels ce projet n'aurait jamais survécu depuis voilà sept ans: nous serons contraints à partir du mois de mars 2001 de faire payer les internautes qui consultent le site de "L'Audace". Que tout le monde se rassure, ce sera une somme modique, notre but n'ayant jamais été de nous enrichir mais de servir en ces temps où la désinformation et où la non-information sont de règle dans notre pays.
    Si nous avons été acculés finalement à opter pour cela, c'est parce que, comme nous l'avions promis dès le mois de mars 1994, en nous lançant dans cette aventure "suicidaire", qu'avec notre jalousie pour la Tunisie, notre souci premier était notre indépendance.
    Indépendance... indépendance... indépendance...
    C'est grâce à ses lecteurs que "L'Audace" tiendra ses engagements et que notre promesse sera tenue.

    "L'Audace"





    Retour sommaire





    POLITIQUE


    Vers une autre affaire Tarek Maaroufi

    En 1996, la machine de la désinformation de Ben Ali avait déjà impliqué Tarek Maaroufi et Walid Bennani dans l'assassinat du ministre socialiste belge André Cools. Cette affaire avait fait beaucoup de vagues au pays de Tintin. Finalement, Ben Ali en eut pour ses frais, et que ce soit notre ami Walid Bennani de Liège ou Tarek Maaroufi ont été disculpés de cette affaire politique et de narco trafic qui sent le benalisme.
    Quatre ans plus tard, Tarek Maaroufi nous dit être à nouveau impliqué dans un réseau terroriste animé par Oussama Ben Laden, celui qui l'on nomme communément l'homme le plus recherché du monde.
    Par delà ses péripéties, et sans aucun commentaires sur cet homme (le combat de "L'Audace" n'entrant pas dans ces détails-là), nous sommes en mesure d'affirmer que les accusations dont a été la cible Tarek Maaroufi relèvent du domaine de Ganzoui et de Kallel sur instigation de Ben Ali en personne. Et pour cause...
    Dès le samedi 6 janvier 2001, la chaîne de télévision italienne Rai Uno a diffusé l'information "de source tunisienne", précise-t-elle, selon laquelle l'ambassade des Etats-Unis à Rome allait être bombardée. Impliquant, en effet, Tarek Maaroufi et les pseudo-complices que ce dernier cite ci-dessous. Cette information reprise par de nombreux médias italiens, a fini par faire l'objet de polémique dès le 8 janvier. Mais passons...
    Toujours est-il qu'il est de notre devoir de dénoncer encore une fois, les extravagantes manipulations et l'extraordinaire machination dont font preuve Ben Ali et ses services. Qui croient-ils, en effet, manipuler ? Les services de la CIA ? En laissant divulguer de telles informations, Ben Ali, coincé au sujet de son quatrième mandat, a un double objectif : montrer aux Etats-Unis, et plus particulièrement aux Etats occidentaux, qu'il est un homme informé sur ce qui se "passerait" contre eux, et faire preuve de sa fidélité envers le Gendarme du monde, qui a quelques hésitations à continuer à le soutenir en dépit de la détérioration du climat politique dans son pays.
    Pour l'histoire, faut-il rappeler aux Américains et à tous les Occidentaux que dès que Ben Ali a obtenu un poste au sein du Bureau politique de feu le PSD (devenu RCD), sa première proposition fut de manipuler à travers des informations mensongères et outrancières l'opinion publique internationale. Ce qui ne manquera pas d'en choquer plus d'un au sein du PSD. Mais celà est de l'histoire... et l'histoire, nous y reviendrons absolument.

    Slim Bagga



    Ceci est un droit de réponse aux allégations et accusations de certains journaux occidentaux selon lesquels il y aurait une relation entre moi-même et le millionnaire saoudien Oussama BenLaden.
    J'ai été surpris par un article publié dans certains journaux occidentaux parmi lesquels le journal italien "La Reppublica" daté du lundi 8 janvier 2000. Selon cet article, un groupe islamique serait sur le point de faire une action digne des films de James Bond 007 contre l'ambassade américaine de Rome! Parmi les noms apparus, il y a le mien, (Tarek Maaroufi) qui a été évoqué dans cet article, écrit par la journaliste Liana Milella, qui par l'occasion, m'a lancé des accusations mensongères qui n'ont d'existence que dans l'imagination fertile de cette dernière, dépassant dans cela les scénaristes et les metteurs enscène des films de 007.
    Parmi les accusations dangereuses et non fondées citées dans cet article : - mon appartenance à un groupe combattant tunisien lié au millionnaire saoudien Oussama Ben Laden dont le nom est devenu une accusation toute faite que brandissent certains Etats contre leurs opposants.
    - l'envoi de volontaires vers les camps d'entraînement afghans.
    - l'organisation d'activités agitarices au sein de la communauté musulmane.
    Je ne peux m'empêcher de sentir ici les relents d'une machination du régime tunisien, qui, pour se débarrasser de ses opposants, ne lésine pas sur les moyens. En effet, mon aventure avec ce régime a débuté en 1995 lors de mon arrestation à Bruxelles, capitale de la Belgique dont je porte la nationalité, en m'accusant de porter assistance aux GIA algériens et ce, à cause de mes écrits méthodologiques et intellectuels dans la revue "Al Ançaar" qui n'existe plus depuis 5 ans, ainsi que pour des conférences scientifiques que j'ai données dans des endroits publics.
    A ce moment-là, le régime tunisien a essayé d'obtenir mon extradition vers la Tunisie, malgré l'absence totale d'un quelconque antécédent judiciaire me concernant dans ce pays, ce qui a fait vouer cette tentative à l'échec. Le régime tunisien a fait une deuxième tentative en 1996 en dépêchant en Belgique un émissaire juridique gouvernemental (Noureddîne Ben'Ayyâd) dans le but de m'interroger, et de me faire déplacer vers la Tunisie où mon nom est évoqué sur la liste des assassins du ministre socialiste belge André Cools. Cependant, l'émissaire tunisien n'a pas réussi dans sa mission à cause de la mise à découvert de ses allégations non fondées et imaginaires à mon encontre.
    Et voilà, encore une fois, que le régime tunisien qui continue ses provocations et ses machinations contre moi, imagine pour l'occasion une nouvelle recette du type du plat traditionnel tunisien "Chakchouka à l'harissa", étant donné l'ingéniosité déployée et le caractère empoisonné des ingrédients ajoutés à cette préparation. Et ce, dans le but d'obtenir mon extradition par le concours d'autres Etats, tels l'Amérique et l'Italie.
    En agissant ainsi, ce régime veut justifier au monde d'une façon générale et à l'Occident d'une façon particulière, ses crimes à l'égard de tous les Tunisiens, toutes obédiences idéologiqes confondues, islamiques et laiques. Et ceci vient, surtout, après les pressions exercées sur lui par les Etats occidentaux en vue de revoir sa politique agressive à l'égard de tous les courants d'opposition. En Tunisie, et à l'approche de son rendez-vous avec la CEE au mois de février prochain, afin d'examiner la question des droits de l'homme enTunisie. Par conséquent, en tant que citoyen belge, je sollicite les Autorités judiciaires en Belgique:
    1- d'instruire avec moi cette affaire afin d'écarter ces accusations mensongères à l'égard de ma personne. Aussi, j'insiste pour attirer l'attention des Etats occidentaux en général, et de la Belgique en particulier, sur le danger des menaces du régime tunisien à mon égard, qui pourrait aller jusqu'à ma liquidation physique ou même, par l'intermédiaire de ses Serices secrets, commettre des actes de sabotage et à caractère terrorsite dans le but de me les imputer;
    2- d'engager des poursuites judiciaires contre les journaux qui m'ont lancé ces accusations mensongères imaginées par leurs journalistes, tout comme je revendique le droit de réponse à ces accusations journalistiques ;
    3- d'engager avec moi des poursuites judiciaires contre le régime de Tunis pour son terrorisme d'Etat et ses crimes contre l'humanité, ainsi que pour ses provocations contre ma propre sécurité, la mise en danger de ma vie et ses atteintes à ma réputation ;
    4- d'appuyer les démarches européennes engagées pour la libération des prisoniers politiques et le respect des droits de l'homme enTunisie, et ce après en avoir constaté les violations répétées à l'égard de ses populations, toutes catégories et idéologies confondues.
    Enfin, ceci est un appel général de ma part à quiconque veuille la discussion par la meilleure des manières en vue d'un dialogue objectif, constructif et ciblé.
    Wassalamou alaykoum warahmatoullâhi wabarakâtouh.

    Tarek Abou Ismael Maaroufi
    Bruxelles
    Belgique





    Retour sommaire





    A LA UNE


    Jean Daniel dénonce l'imposture
    du régime de Ben Ali

    Dans ses derniers "Carnets" 1998-2000, Jean Daniel évoque à travers "Soleils d'hiver" ses déboires avec la Tunisie de Ben Ali. Fin avril 1998, en effet, à la veille de sa visite en Tunisie, de sa conférence à Carthage sur Michel Foucault et l'exposition de son épouse Michèle Daniel de photos du philosophe, la maison de la culture a été plastiquée, sa directrice (Jalila Hafsia) licenciée et son premier livre "Carnets" interdits de vente à "Clairefontaine".Le directeur du Nouvel Observateur revient à travers cet ouvrage publié chez Grasset sur son désenchantement, lui qui se sent tunisien, à l'égard de ce pouvoir qui torture et promet de s'engager, s'il le faut, pour la cause des droits de l'homme.
    Pour que le cimetière de Sidi-Bou-Saïd soit paisible à jamais...


    Lundi 1er mars 1999
    Appel du conseiller culturel de l'ambassade de France en Tunisie : désolé de m'informer que notre voyage est annulé ! La raison ? Personne n'est censé la connaître. Ce conseiller, parfait honnête homme, avait organisé avec Michèle et moi une manifestation culturelle en l'honneur de Michel Foucault. Michèle avait pendant des mois réuni les photos qu'elle avait faites du philosophe, notre ami. J'avais préparé une conférence sur les travaux et la pensée de Foucault lorsqu'il se trouvait en Tunisie. J'étais supposé aussi présenter mon livre Avec le temps, déjà en vente et disponible dans la principale librairie de Tunis. Que s'est-il passé? Qui est à l'origine de l'annulation ? L'ambassadeur de France. Pour quelles raisons ? Il ne jugeait pas digne d'inviter un Français dont les oeuvres et le journal étaient interdits. Quant à l'exposition de photos, le Centre où elle devait avoir lieu a été fermé. Tout cela, à quelques jours de notre arrivée. Pourquoi l'ambassadeur (l'amiral Lanxade, que j'ai connu quand il était chef de l'état-major particulier de Mitterrand) ne nous informe-t-il pas lui-même ? Ne s'explique pas ? Ne s'excuse pas .? Au moins auprès de Michèle? Le conseiller, embarrassé, ne doute pas qu'il va le faire bientôt. Mais la réalité ? Les autorités tunisiennes auraient découvert que mon livre n'avait pas de "visa", n'avait pas reçu de nichil obstat. Mais pourquoi a-t-il été mis en vente depuis des mois ? Pourquoi en a-t-il été retiré aujourd'hui ? Le conseiller pense que dans un premier temps, aucun officiel ne l'avait lu. Dans un second, certains courtisans zélés, dont un écrivain niçois, ayant décidé de me nuire et d'en finir avec le crédit que l'on me prêtait encore en Tunisie, avaient attiré l'attention des exécuteurs de basses oeuvres sur certains passages de mes Carnets où, c'est vrai, je déplorais vivement le culte de la personnalité dont était l'objet le président Ben Ali. D'un seul coup, sur un ordre impérieux, on ferme le Centre culturel tunisien, où devait avoir lieu l'exposition de photos de Foucault. On retire mes livres de la seule librairie où ils étaient en vente, m'annoncera-t-on. On demandera au libraire s'il a pu noter les noms de ceux qui ont acheté Avec le temps ou s'il s'en souvient. Stupéfié, j'appelle, sans l'obtenir, l'ambassadeur de France. On me dit qu'il me rappellera. Puis l'ambassadeur de Tunisie, un homme fin, de bonne compagnie, cultivé mais manifestement terrorisé par la famille du président Ben Ali, dont tous les membres arrivent à Paris avec leurs exigences et leurs caprices. Au téléphone, j'entends un personnage devenu hystérique. Comment peut-on penser qu'il y a une censure en Tunisie ? Jusqu'à quand des gens exerceront-ils une sorte de tutelle paternaliste en souvenir des services rendus ? Le manque de respect à l'égard de l'irréprochable président de la République souveraine et libre de Tunisie constitue une agression à l'égard d'un patriote comme lui. Déconcerté, dépassé, je mets du temps à comprendre que l'ambassadeur d'un Etat policier est évidemment l'objet d'écoutes téléphoniques ou surveillé par des agents de la sécurité. Ce diplomate, à coup sûr, doit me parler devant plusieurs de ses collaborateurs et pas n'importe lesquels. Las pour lui, le Monde et Libération -avant le Nouvel Obs- relatent les faits dans leur vérité minutieuse, tout en soulignant qu'il faut conclure à un égarement du pouvoir, lorsqu'on voit avec quelle désinvolture et quelle morgue un ami si fidèle et si indulgent de la Tunisie est traité.
    Libé intitule son article : "Jean Daniel indésirable en Tunisie". Le jour même, je reçois des témoignages moins indignés que déconcertés. Est-ce possible? Pour moi qui fus si souvent pris pour un Tunisien en raison de ma ferveur pour les paysages et le peuple de ce pays, je suis partagé entre la tristesse et la résignation. J'ai écrit que j'avais avec la Tunisie des liens qui ressemblaient fort à des racines, et qu'il m'est souvent arrivé de penser que certains de mes parents étaient enterrés dans le petit cimetière marin (pourtant exclusivement musulman) juché tout en haut de la colline de Sidi-Bou-Saïd. J'y suis si souvent allé méditer, c'est-à-dire, en fait, contempler la mer sans limites qui se confond avec l'horizon. Trois jours plus tard, coup de téléphone de l'ambassadeur de Tunisie (toujours rien de l'amiral) : "je dois vous dire que vous n'avez jamais été et que vous ne serez jamais indésirable en Tunisie. Au nom du Président, et chargé par lui, je vous informe que vous êtes chez vous, dans votre pays et que vous pouvez y revenir quand vous voulez." Mes livres sont à nouveau en vente. Le Nouvel Observateur l'est déjà et ma femme est attendue : c'est ce qu'ajoute un attaché au ministère tunisien de la Culture, qui croit devoir ajouter que l'ambassadeur de France s'est trop empressé de décider l'annulation de mon voyage. Je réponds que l'amiral Lanxade, qui bénéficie en Tunisie d'une autorité qui montre bien la réussite de sa mission, n'a fait que défendre la dignité d'un concitoyen. Scepticisme de l'attaché. En tout cas, l'ambassade de France est informée des nouveaux caprices de la Présidence. Mais tout se passe, me dira l'un de ses proches, comme s'il m'en voulait d'avoir assombri la fin d'un mandat qui avait, pour son épouse et lui-même, été heureux et gratifiant.
    Les réactions sont nombreuses et me gênent. La situation politique de la Tunisie, sous un despotisme qui n'est éclairé que par intermittence, complique les relations avec la France et je m'oppose, quelle que soit mon affliction, à ce que l'incident mineur dont je suis la victime puisse être considéré comme une affaire d'Etat. C'est ce que je précise à Hubert Védrine, ministre français des Affaires étrangères, qui m'approuve, tout en soulignant combien les Autorités tunisiennes sont maladroites dans leur pratique de la communication. Mais sans me départir d'une discrétion sourcilleuse, je ne puis m'empêcher d'être touché par les rumeurs qui me parviennent. Madame Wassila Ben Amar, qui est soignée pour une grave maladie, n'a cessé de déclarer "inacceptable" que l'on ait pu s'en prendre à moi. L'ex-femme de Bourguiba m'a toujours manifesté des sentiments amicaux. Mais ce qui ne laisse de m'inquiéter, c'est ce que l'on me dit des intellectuels et des artistes tunisiens, qui se sentent humiliés d'avoir à être discrets ou silencieux par peur de représailles. Pour ma part, je me garde bien, par crainte de les compromettre, de renouer avec eux. Je n'ai pas l'intention de me rendre en Tunisie tant que l'Etat policier fera des victimes. Mais comme j'en ai assez que l'on vienne me demander mon avis sur une affaire après tout négligeable, je réponds à un journaliste italien : "Le principal reproche que j'ai envie de faire aux Autorités tunisiennes, c'est de laisser massacrer leur paysage et leurs côtes. La police, si terriblement efficace dans ce pays, devrait réprimer la spéculation immobilière et la construction d'horribles hôtels qui, après avoir saccagé Djerba et Hammamet, est en train de faire disparaître tous ces paradis de la Méditerranée." Je pense toujours et absolument cela. Au point que j'accepterais pour une telle cause de faire campagne en Tunisie même.

    Jean Daniel
    "Soleils d'hiver",
    carnets 1998-2000, pages 68 -71
    (chez Grasset, 129FF)



    vendredi 28 avril 2000
    ... Certains gouvernements (types Tunisie, Singapour) prétendent ériger en système néo-démocratique la nécessité de limiter la liberté de la presse, en bâillonnant l'opinion. Mais ils ne font alors que provoquer chez les opposants un désir d'imiter l'émancipation totale des Occidentaux en ce domaine. On a bien essayé de justifier la limitation de ces libertés par la possibilité donnée à chacun d'agir, de penser, de parler à l'intérieur de diffétentes associations. Habib Boularès, alors président de l'Assemblée tunisienne, a dressé l'inventaire des résistances qu'il lui fallait vaincre avant de faire voter une loi. Mais le despotisme éclairé implique la vertu exemplaire du despote : cela n'est jamais le cas. Ils sont en définitive les derniers à pouvoir faire réfléchir leurs citoyens sur la responsabilité qu'implique la liberté dans certaines situations et dans certaines nations. (p 291)



    Retour sommaire





    OPINION


    Chronique d'une débâcle annoncée II

    Que se soit partout ailleurs dans le vaste monde, ou plus encore dans d'atroces et rétrogrades dictatures comme notre chère Tunisie, la culture et l'art dans toutes leurs composantes doivent nécessairement, pour être crédibles, nobles, et participer à l'épanouissement du citoyen, véhiculer la réalité quotidienne et le libre choix majoritaire, le désir profond de la libération sociale et son déterminisme. Installer des espaces de résistance qui trouvent forcément leurs repères et puisent leurs énergies dans la reconnaissance publique et le plébiscite populaire, aux dépens des institutions étatiques obsolètes, mises au service du Parti unique et du fourbe Zinétron bey de Carthage. La culture et l'art peuvent fédérer et libérer le peuple tunisien, la fonction artistique aujourd'hui plus que jamais en Tunisie a besoin d'hommes de valeur et d'abnégation ; pas de médiocres fonctionnaires, des bénis oui-oui qui mangent à tous les râteliers, qui vendraient père et mère pour un passage-télé-radio ou une subvention de complaisance; la fonction artistique doit oeuvrer à la prise de conscience nationale; elle peut être l'élément essentiel pour dénoncer le conditionnement et la censure ; elle a un devoir d'assistance vis-à-vis des masses censurées, baîllonnées, abruties par la médiocrité ambiante qui règne sur tous les réseaux du Savoir et du progrès. Or, aujourd'hui, nos chevaliers de la culture et de l'art, honorés par des médailles en chocolat de Zinétron-le-mal-fini, se complaisent dans leur suffisance, dans leur lâcheté morale et intellectuelle, dans l'éloge pétasse et dégoûtante du fou de Carthage, dans la valorisation aveugle et débile du système honni, dans ces stratégies de fils de putes brutaux et ignares qui avilissent notre intelligence, dans ces crimes prémédités contre le peuple tunisien dans son ensemble.
    L'art tunisien, du 1er au 7ème, est recalé dans la forfaiture et le vomi ; le film tunisien est tellement vide de sens qu'il ne vaut même pas le prix de sa matière première. Quel gâchis de temps, d'argent et de pellicules ; les sujets traités n'ont rien à voir avec la réalité des gens ; d'horribles montages de délires insipides qui ne valorisent ni le vécu ni les aspirations de la Nation. Pourtant, les sujets ne manquent pas en Tunisie. Au secours Pasolini, Godart, et cie... Quel beau scénario, quelle geste révolutionnaire, ce père licencié de son travail pour activités syndicales, réduit à l'état d'animal, de légume qui, pour survivre, va essayer de vendre ses enfants au marché à bestiaux de Douz.
    Fils de pute d'auteurs dramatiques, comiques de mes 2, voilà le mépris qui tient vos frères humains, la tête plongée dans la fosse sceptique de Zinétron. Voilà une oeuvre à la Zola, où êtes-vous artistes miliciens au service du despotisme et des ténèbres! Des citoyens qu'on arrête, qu'on torture, qu'on liquide pour délit d'opinion ! Même sous Staline, des artistes, des hommes dignes de ce nom, au risque de tout, ont osé dire NON, ont dénoncé l'horreur. En bref, chers artistes de foire du grand cirque du fumier Zinétron, des sujets à débattre, des oeuvres à accomplir dans le tragique, dans le comique, dans le risible, dans le sérieux, dans le respect de soi-même et des autres, en Tunisie ça se ramasse à la pelle, à tous les coins de rue, dans tous les caniveaux. A chaque mot que prononce l'immonde ordure de Zinétron, à chaque apparition de Leïla, la coiffeuse, ce médecin malgré elle, à chaque transaction financière des 7 familles, à chaque gros arrivage de bananes, de pommes, de pneus, de pièces détachées dans les ports de Tunisie...
    Ce qui vous manque chers artistes tortionnaires en plus du talent, c'est la dignité et le courage. Vous êtes devenus des marionnettes baisables à souhait, des tubes digestifs, des oies qu'on gâve, votre trahison vis-à-vis du peuple tunisien vous donne le droit de réclamer, auprès de vos maîtres penseurs, le gîte et le couvert et le salaire des Judas. Vous méritez tous les égards de ce grand artiste de la déconfiture qu'est Zinétron l'imbécile, vous êtes quand même et de loin, sa botte secrète, son coup bas, son arme la plus efficace : avoir survécu dans la diarrhée du prochain combattant suprême à vie. Ne craignez personne, affichez-vous où vous voulez, l'art et la culture tunisiens sont dans l'égoût, vous, vous n'aurez jamais de fins de mois difficiles.

    Derbali





    Retour sommaire





    LA PLUME DÉCHAINÉE


    MOHAMED MAHFOUDH
    Le journaliste sous la dictée

    par Slim Bagga

    La Tunisie n'a pas de pétrole. Mais elle a un homme et des journaleux qui ont une idée. Fixe ! Obsessionnelle !
    L'article du 22 décembre 2000, publié par le journal gouvernemental "La Presse", sous la plume de son directeur Mohamed Mahfoudh est un morceau rare dans le genre. C'est aussi un mensonge fréquent comme sait en entretenir Mohamed Mahfoudh depuis le temps qu'il a cessé d'être journaliste, qu'il a attrapé le virus de la politique et que l'ambition prit chez lui le pas sur le devoir.
    Mohamed Mahfoudh, en scribouillant "Un homme, une idée", ne se ment pas seulement à lui-même mais aussi au Général qui l'emploie et qui n'a pas hésité à le déplacer d'une fonction à une autre tout au long de cette décennie (de "La Presse" à la TAP, du ministère de l'Information au journal du parti "Le Renouveau" en passant par l'ATCE pour revenir à ses premières amours "La Presse"). Faut-il préciser que ce fût, soit à New-York lors de la célébration de l'anniversaire de l'ONU que lors du Sommet arabe extraordinaire, Ben Ali n'a cessé de clamer "une idée" : celle de la mise sur pied d'un Fonds international de solidarité (pour éradiquer la misère dans le monde et pour venir en aide aux Palestiniens). Quand on sait ce que lui et son entourage ont fait du 26-26, on a des raisons de douter de ses bonnes intentions. Et ce n'est pas sans arguments objectifs que les chefs d'Etat arabes avaient proposé, avant de lui attribuer la parole, la création d'un tel Fonds de solidarité pour aider les victimes de l'Intifada, parce qu'édifiés sur sa courte vue mais aussi sur sa stratégie de délinquant à la tête d'un Etat délinquant.
    Lorsque Mohamed Mahfoudh publie sous la dictée d'Abdelwaheb Abdallah : "A l'unanimité, l'Assemblée générale de l'ONU adopte l'initiative de Ben Ali", il scribouille en menteur. Et lorsqu'il écrit, encore lui, :" C'est assurément à coups d'utopies que l'Histoire avance, que le progrès s'accomplit. Et parce que -fort heureusement- le monde n'est pas peuplé uniquement d'oiseaux de mauvais augure, l'initiative de Ben Ali, confrontée à la triste et inquiétante réalité du monde, a fini par s'imposer à la générosité des esprits, par la générosité même qu'elle véhicule et qui l'impulse ", il se conduit en imposteur. Car qui serait l'oiseau de mauvais augure sinon Mohamed Mahfoudh lui-même qui attribue à un Général-dictateur et corrompu une " générosité" qu'il n'a jamais eue ?
    On a beau regarder les dépêches d'agences de presse crédibles. aucune trace de cette consécration "logique ! " d'un homme et d'une idée, ni du voeu d'humanisme visant la réalisation de l'Homme total, à partir d'une solidarité globale à l'initiative d'un Général en mal de légitimité historique.
    En ces temps o* Ben Ali est de plus en plus isolé, de plus en plus contesté, et o* il ne cesse d'emprunter lui-même la voie de l'enfer, certains "intellectueux" comme Mohamed Mahfoudh seraient bien inspirés de mettre un terme au cautionnement débile qu'ils attribuent à un Général imbécile au gouvernement menteur. Et toc !

    Slim Bagga





    Retour sommaire