Ben Ali ne gouvernera pas jusqu'en 2011
Que les caciques du RCD, adeptes du Parti unique, comme Abdelwaheb Abdallah et Abdelaziz Ben Dhia se brossent les dents. Et que le peuple tunisien se rassure : Ben Ali n'ira pas jusqu'en 2011. Les informations recueillies par notre journal nous démontrent que toutes les gesticulations ridicules d'un régime en faillite tendant à privilégier un système vieux de 50 ans n'ont aucune chance de garantir sa survie. Des analystes avisés considèrent que Bourguiba décédé a emporté avec lui tout un système longtemps contesté.
A la tête de la Tunisie d'aujourd'hui, il n'y a plus "le combattant suprême" fougueux et capricieux, ni une Wassila Ben Ammar comme contre-pouvoir, ni des Premiers ministres fussent-ils Nouira ou Mzali ou même le pâle et éphémère Rachid Sfar qui ne furent que les premiers des ministres. Il y a une mafia composée de Leïla Trabelsi épouse Ben Ali, les filles et les gendres du Général, et des frères, soeurs et alliés de Madame.
Grâce aux conseils toulousains de son directeur de Cabinet, Ben Ali se croit réellement investi d'une mission pour le pays dont il a dilapidé les richesses et lapidé le peuple. Ainsi, l'on semble s'orienter aujourd'hui vers une autre présidence à vie. Parce que la Tunisie est une démocratie comme la France (voir "L'Audace" nÁ56 d'octobre 1999), des constitutionnalistes languissant de la colonisation ont approuvé "la lumière" des Ben Dhia et Abdallah afin de réformer la Constitution en adoptant le septennat (sept ans) ou l'octonnat (huit ans) sans limitation de mandat. Né le 3 septembre 1936, Ben Ali aura 68 ans en 2004 et contournera ainsi la disposition limitant à 70 ans l'âge des candidats à la présidence de la République. Le parano de Carthage bloque, pour le moment, au sujet de la réforme de la loi qui ne permet qu'aux Secrétaires généraux des partis d'opposition légaux de se présenter à une supercherie qui le consacre toujours champion.
Le drame est que ces clans mafieux l'utilisent à leur tour et d'en servent pour sauvegarder leurs privilèges en lui donnant l'illusion qu'il est le meilleur... En attendant le prochain coup d'Etat qui le mettra quelque part à la périphérie de Carthage... sinon en Argentine.
Il est vrai q'un système, vieux d'un demi-siècle a une peau de pachyderme. Ce n'est donc pas de l'inculte de Carthage qu'on devrait s'attendre à ce qu'il soit réformé. Ce système doit disparaître avec celui qui le préside en mafieux : Ben Ali lui-même.
Reste ce qu'on appelle l'alternative. Rien, pour le moment, ne semble se mettre en place pour que la passation se fasse sans incidents majeurs. Mais des hommes comme Moncef Marzouki, Mustapha Ben Jaafar, et quelques autres qui ont fini par comprendre à temps que la Tunisie n'appartient à personne, peuvent constituer des alternatives crédibles. Et tout démocrate ne peut que les applaudir.
Ce Mandela tunisien qu'est Moncef Marzouki se trouve aujourdhui dans la tourmente de la dictature implacable alors qu'à l'étranger comme à Tunis, il a besoin qu'on 'aide à dénoncer ce dont il a été le précurseur à considérer comme inacceptable.
Il est temps pour la Tunisie que la politique ne se fasse plus dans les cafés.
Toute une génération a été sacrifiée. Espérons qu'avec cette génération d'hommes courageux et audacieux, une autre Tunisie renaîtra.
Slim Bagga
MIEUX VAUT LE DIRE : POLITIQUE
TGhazi Ganzoui et les cadeaux paternels
Le fils adoptif de Mohamed Ali Ganzoui, Ghazi Ganzoui, est l'animateur le mieux payé de la RTT (Radio télévision tunisienne). Dans les milieux de la Télévision publique, de plus en plus de grincements de dents se font sentir. Après avoir débuté dans des émissions sportives, le jeune animateur sans envergure s'est imposé à la Télé grâce à son père qui trône à la tête de la sûreté en qualité de tortionnaire en chef.
Ghazi Ganzoui dispose déjà, en outre, d'une société de location de voitures, secteur monopolisé par le clan des Trabelsi , auquel s'est rallié Ganzoui père depuis 1993.
Mongi Safra : un conseiller bien bavard
Le nouveau conseiller économique du Général Ben Ali, Mongi Safra, ne cesse d'étonner. Après avoir remplacé le conseiller Mohamed Ghenima, il s'est installé dans la forteresse de Carthage et ne rate pas une occasion de se quereller avec d'autres conseillers tels Abdelwaheb Abdallah et, plus récemment, avec Abdelaziz Ben Dhia, le directeur de Cabinet de son Excellence.
Ainsi, c'est Mongi Safra lui-même qui, se targuant de jouir de l'entière confiance de Ben Ali, fait actuellement circuler la rumeur selon laquelle Abdelaziz Ben Dhia serait nommé ambassadeur à Paris dans les tous prochains jours. Cette information est à prendre avec beaucoup de circonspection, d'autant qu'elle est relayée par certains repentis qui n'ont jamais rien compris à la lutte des clans.
Cela étant, si le gros Ben Dhia était vraiment nommé à Paris, comme le prédit Mongi Safra, ce n'est pas lui qui risquerait de meubler ses longues nuits entouré de call-girls, comme ce fut le cas à Bruxelles du nouveau conseiller économique de Ben Ali. Ben Dhia, c'est une toute autre nature. Si douce !...
Ben Ali : "un verre de temps à autre"
A un ancien ministre des Affaires étrangères à la retraite qui lui rendait visite il y a quelques mois, Ben Ali s'est laissé aller à certaines confidences. Mais rassurez-vous : elles ne comportent aucun début de vérité.
Ainsi, le Général aux grandes oreilles s'informait auprès de son hôte sur ce qui se disait à son propos dans la rue ou dans les sphères politiques aussi bien dans le pays qu'à l'étranger, l'ancien ministre en question vivant à Paris.
"Monsieur le Président, lui confia-t-il, on dit que vous buvez beaucoup".
Et notre pieux Général de s'exclamer sur un ton dont seul Tartuffe connaît la résonance : " C'est faux. Je vous jure qu'il n'y a rien de tout cela. Je bois un verre (de whysky) de temps en temps".
"De temps en temps", c'est à dire tous les quart d'heure? Toutes les demi-heure?
Affaire Karker
Durant l'été, on a beaucoup parlé de la libération de Salah Karker, assigné injustement à résidence depuis sept ans à Digne-les-Bains.
Il était même question pour le ministère français de l'Intérieur de l'assigner en un premier temps dans le département du Val d'Oise ou encore à la commune d'Eaubonne où vit sa famille. Il n'en fut rien.
Certains ont alors cru attribuer ce report de décision au départ de Jean-Pierre Chevènement, à l'arrivée de Daniel Vaillant et au remue-ménage au sein du Cabinet. Ce qui est absolument faux.
Nous savons aujourd'hui que dès l'annonce de la "libération" de Salah Karker, le ministre de l'Intérieur tunisien, Abdallah Kallel, a fait parvenir un dossier à ses collègues français, impliquant le reclus de Digne dans la création d'un réseau islamiste terroriste ayant pour vocation d'effectuer des actions violentes entre la Tunisie et l'Algérie.
Là, nous sommes en droit de nous poser quelques questions au sujet de la France et de ses décideurs politiques. Comment peut-on encore croire en de pareilles énormités et en de si immenses supercheries émanant d'un régime en faillite? Comment le Quai d'Orsay peut-il d'une part condamner, quoique timidement, les abus relatifs aux libertés en Tunisie alors que le ministère de l'Intérieur semble souvent accorder du crédit aux colportations mensongères de ce pouvoir paranoïaque?
Un indic " ch' intéressant "
Mohamed Tahar, dont les dents se baladent quelque part du côté du 7ème arrondissement, n'en peut plus. Cet indicateur de police, à la solde de la Brigade des Stup (française), des RG (français), du Consulat (tunisien) et des services de sécurité de l'ambassade de Tunisie, nous annonce qu'il va bientôt changer de cap. Pourquoi pas, après tout, puisque quitter le navire Ben Ali s'inscrit désormais dans l'air du temps? Mais Mohamed Tahar envisage de rejoindre les opposants (en veulent-ils?) avec des informations clé en main.
Ainsi, l'on sait d'ores et déjà que l'information, selon sa teneur et sa véracité bien sûr, est monnayée entre 300 et 400 francs. Le scoop vient, cependant (et celui-ci n'est pas monnayé), c'est que l'informateur qui perçoit 400 francs permet au flic qui la récolte d'en recevoir 600... C'est que selon le dépité, Mohamed Tahar, le régime policier tunisien paye bien. Et ce sont les Ouertani (ex-chef des services à l'ambassade), l'actuel Badreddine Chaouch et leurs agents qui puisent dans la caisse noire pour "acheter des bijoux à leurs femmes, rue de la Goutte d'Or dans le 18ème arrondissement de Paris. Des bijoux volés", précise-t-il.
Ces agents au service de la dictature ont, durant ces 7 années, été dénoncés par "L'Audace". Que les véritables opposants à Paris prennent donc garde d'être approchés par des trafiquants avares et obséquieux notoires. On ne peut jamais rien espérer de la part de mercenaires de l'acabit de Mohamed "Ch'Tahar". Ni, d'ailleurs, d'un certain agent du consulat-et de l'ambassade, toujours trempé dans la délation, tel Sherlock Holmes (" chlaket Holmes " ) de la Haute-Essone.
La Haute-Essone et Evreux nous ont fourni des cas à pleurer, et Dieu sait qu'ils semblaient engagés.
Alors, les deux premiers...
Pour revenir à Mohamed ch'Tahar, il faut rappeler qu'il est toujours et encore "l'ami" à Ménilmontant, dans le 20ème arrondissement à Paris, d'une certaine Hasna (délatrice), d'un certain Ben Amor (flic patenté) et d'... Ahmed Ouerghemi (opposant tunisien).
Elle est belle la flicaille...
A propos de guerre entre flicaille
Abderrahim Zouari serait passé par Paris fin décembre. Le fusible de Ben Ali, qui a fait les frais de la bavure "ubenalienne" au sujet de la LTDH, aurait donc passé son jour de l'an dans la ville des Lumières. Cela nous importe peu, si ce n'était que de mauvaises langues l'ont classé parmi les exilés. Or, cela est absolument faux. Cet homme n'est pas capable d'être autre chose qu'un fusible. Parions qu'il rebondira bientôt pour servir cette dictature ou n'importe quelle autre. Ce qui est, en revanche, intéressant au sujet de l'ex-secrétaire général du RCD, c'est qu'il raconte les péripéties de son limogeage. Et avec tact : "Ben Ali est prisonnier des clans sévissant à Carthage, mais sur le plan politique, il est devenu tributaire d'une autre guerre d'ordre sécuritaire : celle des hauts cadres du ministère de l'Intérieur. Entre Kallel et Gdoura, en passant par Ganzoui et Sériati et leurs cliques respectives, il perd la tête.
Tenez, moi, par exemple, un tel m'a poussé à faire cette déclaration au sujet de la LTDH, et tel autre a vite fait de transmettre un rapport pour me sacrifier. Jugez-vous même ! "
Sûrement, Zouari, qui est le seul à se voir un jour Président, aura sa revanche à partir de 2018 .. ou alors en 2025...
Cabale
Le président de Radio-Méditerranée, Taoufik Mathlouthi, aurait été récemment la cible d'attaques personnelles, à la suite de la publication sur les colonnes de "L'Audace" nÁ70 d'une opinion qui n'engage que lui-même.
A part le respect qui pourrait lier notre journal à cette radio et son principal responsable, à part le combat pour les libertés dans le monde en général, et en Tunisie en particulier, chaque canal d'information suit son chemin en toute indépendance. Et Taoufik sera toujours le bienvenu sur nos colonnes.
Le blues d'un patron de presse africain
Après plus d'une décennie de silence complice et de compromissions, un journal africain vient de publier, fin décembre, un dossier sur l'opposition tunisienne en exil. Il faut d'abord rappeler qu'aucun membre de l'opposition n'a été approché. Tout au plus a-t-on discuté avec M. Ahmed Ben Salah, exilé en France pendant près de trois décennies et qui est récemment rentré au pays. C'est dire la haute idée de la déontologie dont fait preuve le journal.
Ensuite, les portraits dressés de certaines personnalités d'opposition se cantonnent à rappeler certaines thèses erronées du pouvoir lui-même, mensongères et n'ayant aucun début de vérité. Qui colporte l'idée saugrenue selon laquelle Salah Kanker, par exemple, anime l'aile militaire du mouvement islamiste tunisien sinon le pouvoir lui-même ? Qui a véhiculé depuis des années la supercherie selon laquelle Cheikh Rached Ghannouchi a été marié à la soeur du Soudanais Hassen Tourabi en plus de sa première épouse sinon le pouvoir lui-même ?
Les déboires de ce journal africain avec le gouvernement qui le prive de publicité en sont sûrement pour quelque chose dans la publication d'un dossier qui n'amène rien de nouveau.
Sinon qu'il puisse constituer un petit et mesquin chantage du directeur de cette publication à Abdelwaheb Abdallah pour lui signifier qu'il peut approcher désormais l'opposition en exil et lui donner la parole. Si la manne publicitaire se faisait encore trop attendre...
Dossier à consulter sur internet :
http://www.ceri-sciences-po.org
" La Tunisie sous Ben Ali ", préparé par Béatrice Hibou
" Alors que, jusqu'à très récemment, la Tunisie était sans conteste le "bon élève" de la région, elle se fait remarquer, depuis un peu plus d'un an maintenant, sur la scène internationale, pour ses atteintes aux droits de l'homme et le durcissement, sans raison légitime, de son régime. Le dossier ci-dessous cherche à aller au-delà de ces dénonciations, désormais connues et bien relayées dans la presse, les médias, les Organisations gouvernementales et non gouvernementales, en offrant une analyse socio-politique et historique de l'autoritarisme et de la personnalisation du pouvoir qui caractérisent le régime Ben Ali. Ce dossier entend montrer les conséquences de cette organisation du pouvoir, en termes de sa centralisation extrême et de son arbitraire, d'occultation de la politique, d'instrumentalisation clientéliste et sécuritaire des interventions publiques ou de construction d'une rhétorique (aussi grotesque qu'efficace) sur la solidarité, la société civile et la démocratisation.
" Les textes présentés ici ont en outre ceci en commun de montrer l'ancrage historique des pratiques politiques et sociales du régime Ben Ali. Sous couvert de "Changement", pour reprendre le slogan du coup d'Etat du 7 novembre 1987, il semble plutôt que c'est la continuité qui l'emporte, tant d'un point de vue de la personnalisation du pouvoir (article de M. Kilani), que du point de vue des politiques sociales (article de D. Chakerli) ou des relations entre l'Etat et la société dite civile (articles de S. Khiari et de M. Desmères). "
Liste des articles à consulter :
1) Sur-pouvoir personnel et évanescence de la politique par Moncef Kilani.
2) Reclassements et recompositions au sein de la bureaucratie syndicale depuis l'Indépendance. La place de l'UGTT dans le système politique tunisien par Sadri Khiari
3) La société civile tunisienne prise en otage ? par Marine Desmères. Cet article a été rédigé dans le cadre d'une recherche collective intitulée "Démocratisation et stabilisation dans le monde arabe ", dirigée par Rodolfo RAGIONIERI et financée par le CEMISS (Centro Militare di Studi Strategici - Rome).
4) Lutte contre la pauvreté et solidarité nationale par Douja Chakerli.
MIEUX VAUT LE DIRE : POLITIQUE
Ali Saïdi et "Réalités"
Le journal "Réalités" du 21 au 27 décembre dont le président directeur général n'est autre que le grand docteur Taïeb Zahar, vient de publier cette information concernant le repenti Ali Saïdi. Pouvons-nous ne pas la commenter? Mais lisons la d'abord.
"Nous avons appris la récente nomination de Monsieur Ali Saïdi en tant que conseiller auprès du ministre des Affaires étrangères.
Monsieur Saïdi est fort connu sur la scène tunisienne, maghrébine et en France pour son dynamisme dans les domaines social et humanitaire, et pour le rôle efficace et apprécié qu'il a longtemps joué au sein du RCD (maison de Botzaris) ou au niveau consulaire, dans l'encadrement de la communauté tunisienne, et des jeunes générations en particulier (Paris, Evreux, Rouen, Marseille...). Par ailleurs, M. Saïdi, qui entretient des relations amicales avec les élus de la Normandie, gère dans cette région, et depuis quatorze ans, une banque alimentaire au profit des plus démunis dont un grand nombre d'immigrés. A noter qu'Ali Saïdi est détenteur d'une maîtrise en Sciences sociales (Université de Villetaneuse) et d'un DESS en informatique. Toutes nos félicitations."
En ces moments où le nivellement se fait par le bas en Tunisie, il semble que Taïeb Zahar ou ses "journaleux" aient des raisons de faire une fleur à l'inculte Saïdi. Pour l'histoire, il faut savoir que la majorité des articles publiés par ce dernier à Genève ou à Montréal ont été rédigés par un autre repenti contre 1000 ou 1500F. C'est dire si le docteur en sciences sociales que nous présente "Réalités" sait aligner un verbe, un sujet et un complément.
Il faut reconnaître cependant que l'autre inculte, Taïeb Zahar, qui de l'avis de ses propres amis, fut incapable de "finir" Carnot et qui dut son baccalauréat à l'Algérie des années 70, a ses raisons de propulser Ali Saïdi sur le devant de la scène. Entre délateurs, il faut bien s'entraider. Et entre ignards, il faut bien se serrer les coudes.
Un lecteur de "L'Audace", qui a jugé de ne pas
indiquer son identité, nous a envoyé 500 francs, l'équivalent d'un abonnement annuel. La transparence et la gratitude veulent qu'on évoque ce geste qui fait chaud au coeur.
Un avocat tué et les meubles de sa maison incendiés à Tunis
AFP, le 6 Janvier 2001. à 19h48 - Un avocat tunisien a été tué et les meubles de sa maison incendiés dans la nuit de mercredi à jeudi à El Mourouj dans la banlieue de Tunis, a rapporté samedi l'agence tunisienne TAP...Taoufik Salhi, 39 ans, retrouvé mort jeudi matin dans son appartement, portait "des blessures graves au niveau de la tête ayant entraîné la mort", a précisé l'agence... Une femme identifiée et arrêtée par la police, a avoué le crime, a-t-on ajouté de même source sans préciser l'identité de la femme ou donner le motif du crime.... La victime, originaire de Sidi Bouzid (centre), enseignait également le droit à l'université de Tunis.
EXCLUSIF
TUNISNEWS croit savoir - de sources généralement bien informées - que le président Ben Ali est confronté depuis quelque temps à une opposition sourde et diffuse à l'intérieur des rangs du parti au pouvoir (RCD) à l'octroi d'un nouveau terme au pouvoir à la fin de son mandat actuel en novembre 2004. Les mêmes sources- fraîchement rentrés du pays - rapportent que plusieurs "quadras" du régime sont de plus en plus préoccupés de leur avenir politique avec un Président si impopulaire qui compte rester vissé à son poste au delà de 2004 ! Selon ces mêmes sources, le plus grand danger qui guette Ben Ali ( contrairement aux analyses en cours ces derniéres semaines ) ne vient ni des opposants au régime de l'intérieur, ni des militants acharnés de la société civile, ni des dizaines d'activistes politiques à l'extérieur, ni de la réaction éventuelle de certains pays européens ou occidentaux. Mais de l'intérieur même du RCD dont certains responsables influents dans des régions-clés ne seraient plus insensibes à la dégradation de l'image du pouvoir et du pays en général.
Tunisie :
M. Ben Ali s'éternise, les libertés agonisent
Les décisions du chef de l'Etat tunisien, Zine El Abidine Ben Ali, suscitent des interrogations légitimes, à la mesure de leur caractère de plus en plus démesuré et contreproductif. La dernière en date - la mise hors la loi de la Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH) - laisse les observateurs perplexes, et le bureau directeur de la LTDH sans défense, livré à une justice expéditive. Chacun sait qu'elle est totalement au service du pouvoir exécutif, notamment de celui du chef de l'Etat, intolérant et peu regardant sur le respect, même apparent, des procédures juridiques.
A peine le Congrès de la LTDH se terminait-il sur l'élection démocratique d'un Bureau directeur qu'une procédure judiciaire était enclenchée par le pouvoir à l'instigation de quatre candidats malheureux aux dites élections, dont trois membres de l'omnipotent parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD).
Mais alors pourquoi? La frilosité d'un pouvoir, policier à l'excès, qui voit des ennemis partout, quitte à les inventer de toutes pièces, ne peut pas tout expliquer. Ni le prétexte, véhiculé ici et là, que la Ligue a été accaparée par des radicaux de gauche. En fait, la décision n'a pas seulement pour but de faire taire une Ligue dont on craint qu'elle dénonce les violations systématiques des droits de l'homme.
En finir avec la Ligue participe d'une stratégie tellement évidente que toutes les spéculations savantes et compliquées sur l'irrationalité de la décision se dissipent d'un coup : postuler en 2004 à un mandat auquel le président Ben Ali ne peut plus constitutionnellement prétendre. La Constitution tunisienne de 1959, telle qu'elle fut amendée en 1988, stipule clairement que "le président de la République est rééligible deux fois consécutives" (art. 39). M. Ben Ali a déjà dans un premier temps largement modifié la Constitution pour parer à toutes les éventualités. Retenons parmi les "innovations" juridiques celles qui lui donnent toute latitude pour réviser la Constitution, révision dont il détient l'initiative.
Une fois le droit soumis à son arbitraire par des modifications de la Constitution, le président Ben Ali se prépare à la deuxième manche, celle qui consiste à faire passer pour "une urgence nationale" le projet anticonstitutionnel de son maintien au pouvoir pour une durée indéfinie. En vérité, il a hésité, depuis quelques temps, entre l'introduction douce et en catimini du projet de révision et la manière forte et bruyante.
Le choix qui semble avoir eu cours avant le Congrès de la LTDH consistait à faire avaliser la demande d'un quatrième mandat par un dispositif institutionnel et politique qui lui est totalement soumis (partis d'opposition, Organisations nationales et près de 6000 associations - "OVG", Organisations véritablement gouvernementales), quitte à admettre des protestations de circonstance de quelques partis qu'une presse inféodée se chargera volontiers d'inonder par une pluie d'insultes. Celui qui est mis en oeuvre depuis le 30 octobre 2000 consiste à faire en sorte qu'aucune voix discordante ne s'élève pour semer le doute, le mensonge ayant d'autant plus de chance d'être cru qu'il est grossier.
Bref, il s'agit d'avancer sur un champ de ruines, en anticipant sur toute velléité de contestation, de quelque origine qu'elle soit, y compris peut-être de quelques constitutionnalistes nostalgiques d'un semblant d'Etat de droit aujourd'hui révolu.
Le président Ben Ali veut aller vite, frapper fort et tous azimuts. Quel autre organisme constitué, reconnu légalement, pourrait contester la révision constitutionnelle, sinon la Ligue, dont le nouveau Président a déjà évoqué publiquement, avant qu'il ne soit candidat, la nécessité de s'opposer ouvertement à la révision de l'article 39 ? Dans la foulée, les rares organisations indépendantes de la société civile (les femmes démocrates, Amnesty International section Tunisie, le Conseil national pour les libertés en Tunisie, le Rassemblement pour une alternative internationale du développement...) et les milieux indépendants seront sûrement réprimés, du moins ceux qui n'auront pas décrypté clairement le message.
La dernière illustration est la condamnation du docteur Moncef Marzouki à douze mois de prison ferme et celle de Me Néjib Hosni à quinze jours de prison ferme. Il faut s'attendre donc à une série de procès préfabriqués, dont l'objectif est de neutraliser les adversaires potentiels de M. Ben Ali par des condamnations qui les empêchent "techniquement" de postuler aux élections. Le chef de l'Etat a décidé de ne pas attendre 2004, donc de se faire plébisciter le jour même de la révision de la Constitution, c'est-à-dire dans les mois à venir.
On s'interroge raisonnablement sur les raisons qui le pousseraient à postuler pour un mandat supplémentaire en 2004 quand il aura régné, à terme, sans partage pendant près de vingt ans. Là aussi, les raisons sont plus simples que les élucubrations métaphysiques sur un amour, inné et démesuré, pour le pouvoir.
M. Ben Ali et les siens, sa famille et ses proches, sont tellement impliqués dans une corruption endémique, immorale et à grande échelle qu'il est hors de question qu'ils puissent envisager un seul instant une alternance douce et négociée (j'allais dire à la sénégalaise), seule à même d'épargner à la Tunisie une crise morale et politique dont les effets seront sans doute amplifiés par l'accumulation des frustrations et des injustices.
D'aucuns pensent qu'en décidant de bâillonner la Ligue, au prestige international intact, M. Ben Ali a pris un grand risque, celui peut-être de précipiter son départ. C'est oublier que le risque est d'autant plus calculé que le pouvoir jouit d'une impunité que lui envieraient tous les dictateurs de la Terre. L'expérience lui a appris que les gains politiques de l'opposition varient en sens inverse à ses luttes : plus il avance dans la répression, plus les protestations nationales et internationales sont nombreuses, et cependant, paradoxalement, plus les revendications reculent et plus les prétentions sont révisées à la baisse.
Aujourd'hui, les protestataires craignent pour l'avenir d'une Ligue menacée dans son existence même. Demain, selon un scénario auquel nous sommes désormais accoutumés, la libération des membres du Bureau directeur ou le classement judiciaire de l'affaire apparaîtra aux yeux de tous, notamment des Européens, comme une grande victoire des droits de l'homme en Tunisie. Entre-temps, une Ligue indépendante aura vécu.
On doit le savoir : il se peut que, face à une pression nationale et internationale qui s'annonce forte, le pouvoir tunisien recule. Mais c'est alors pour tenter inlassablement le même coup tout de suite après et contre d'autres.
Or, reculer le plus loin possible les limites de la contestation, en assénant des frappes massives, disproportionnées par rapport au danger potentiel, est une stratégie qui a porté ses fruits. Même banalisé et démasqué, pourquoi modifier un système de jeu gagnant ?
On déplore, à tort et à travers, le silence, le manque de combativité et le consumérisme des Tunisiens. Mais depuis quand une dictature impitoyable ou un système politique hermétiquement fermé ont-ils été déverrouillés de l'intérieur ? Où est l'opposition qui fit tomber le fascisme et le nazisme et, aujourd'hui, aurait déstabilisé l'Irak, Cuba, la Birmanie ou la Serbie ?
Ensuite, la responsabilité des amis de ce régime, notamment européens, est particulièrement engagée. Le mot d'ordre des Européens - "bougez pour qu'on bouge" - apparaît dans ces conditions d'autant plus cynique que le noyau des Tunisiens qui luttent vaillamment paye pour cela le prix fort. La Tunisie est désormais liée à ses partenaires européens par un Accord d'association, un Traité international dûment ratifié qui stipule le respect des droits de l'homme et de la démocratie comme partie essentielle et intégrante de la Convention.
Dans ses rapports extra communautaires, l'Union européenne - donc les Etats et les gouvernements membres - exige la conditionnalité démocratique consacrée, par exemple dans la clause lettone ou roumaine. Pourtant, dès lors qu'il s'agit de la Tunisie, ces mêmes partenaires se réfugient derrière l'absence de mécanismes techniques indiquant les sanctions à prendre contre le non-respect des articles 2 et 90 relatifs aux mesures de sanction.
Tout se passe comme s'il y avait deux régimes extra communautaires, l'un pour les candidats qui frappent à la porte de l'Union, l'autre pour les lointains pays du Sud, dont la performance la plus banale dans le domaine économique est matière à félicitations.
Un tel double standard fait fi des aspirations profondes du peuple tunisien à la démocratie. Quand le miracle tunisien n'aura été finalement qu'un mirage, l'Union européenne fera sûrement son mea culpa, mais alors il sera trop tard pour compter les rescapés.
Kamel Jendoubi
président du CRLDHT
(Cet article a été publié par "Le Monde"
du dimanche 7 - lundi 8 janvier 2001)
MIEUX VAUT LE DIRE
JEU DE 7 FAMILLES
CORRUPTION
Ben Ali, sa femme, ses filles,
ses gendres et ses conseillers :
Histoires véridiques
de détournements au quotidien
Je vous souhaite un merveilleux AID et une bonne et heureuse année 2001. Je m'adresse à votre revue après mûre réflexion pour vous communiquer des informations dont je dispose et qui me semblent utiles pour tous les Tunisiens. Cette démarche s'inscrit dans un esprit de révolte face à des situations auxquelles je suis confronté en permanence en tant que fonctionnaire responsable et que je ne peux plus cautionner. Il n'est pas dans mes habitudes de jouer au héros, ni de mettre en péril les miens, et même si je ne fais partie d'aucune tendance politique, mon devoir m'impose de divulguer ces informations surtout que la presse locale est prise en otage par le pouvoir.
J'ai eu accès à certains de vos articles par le biais de personnes parmi mes connaissances, et je n'adhère pas à toutes les idées rapportées par votre mensuel. Cependant, si ma contribution peut être utile pour éclairer les Tunisiens sur la situation dans laquelle ils se trouvent, je ne m'y déroberai pas. (...) Les articles suivants montrent le danger de la gangrène de la corruption de la "Famille du Président" qui ne cesse de se développer dans notre pays (...) Il est encore temps de réagir et de couper l'herbe sous les pieds des rapaces. Toutes les informations fournies sont vraies et peuvent être confirmées à tous les niveaux...
L'affaire du moment est bel et bien le marché des nos vieilles Centrales électriques à gaz de la STEG budgétisées à 225 millions de dinars : 225 milliards de millimes, 1,125 milliards de francs).
Ce projet est le plus important à réaliser à l'échelle nationale pendant l'actuel mandat présidentiel (le dernier constitutionnellement).
Un projet d'une telle ampleur suscite toutes les convoitises non par son importance, mais par sa valeur et celle des commissions correspondantes à payer aux membres de la famille régnante.
La pression est mise sur tous les intervenants de la STEG et du ministère de tutelle pour accélérer la réalisation avant tout éventuel changement politique.
Déjà, deux projets similaires avaient été adjugés ces dernières années pour des Centrales électriques à gaz à deux entreprises américaines (la première, privée, en Tunisie et la seconde pour la STEG).
Ces entreprises ont présenté, de l'avis des connaisseurs, les meilleurs prix et ont bénéficié du support politique des USA pour ne pas être écartées de la course. Elles n'ont donc pas eu besoin de verser des commissions aux sponsors du Président. Ce qui a contrarié toute la famille, habituée à recevoir sa part du gâteau.
Le Président ne tolère pas qu'on joue ouvertement avec les intérêts américains; il risque des pressions politiques et le rappel à l'ordre à quelques années de la fin de son dernier mandat.
Pour le nouveau projet, des recommandations ont été discrètement données en haut lieu pour favoriser d'autres gammes techniques et, par conséquent, la participation de plusieurs entreprises non-américaines (habituées aux caprices de la famille présidentielle).
De nouvelles nominations ont même été ordonnées aux différents centres de décision (nouveau Pdg de la STEG et nouveaux directeurs) pour accroître l'influence de la famille et les chances de succès.
Mais pour des raisons liées à la conjoncture internationale, seules deux sociétés ont participé à l'appel d'offres de la STEG qui sont l'américaine General Electric, leader mondial du domaine, déjà adjudicatrice du dernier projet à la grande satisfaction du client et favori de tous les pronostics. Et la seconde est le groupe allemand SIEMENS déjà connu en Tunisie pour son Métro Léger et surtout pour ses prix non compétitifs faisant de lui un candidat non favori.
A contre-cìur, tous les efforts du Palais se focalisent actuellement sur le géant allemand, et l'ordre est donné à tous les niveaux : l'évaluation technique doit être orientée SIEMENS.
Malgré les multiples manquements de la société allemande au cahier des charges techniques, et surtout malgré les entorses aux conditions administratives et à la réglementation exigée par la commission des marchés, tous les responsables ferment les yeux et favorisent les Allemands.
L'espoir renaît de nouveau au Palais à l'annonce des prix (tenus entre temps sous scellés par la réglementation), et toutes les données changent. Contre toute attente, l'Allemand est moins cher que l'Américain et de beaucoup même...
Tous les intermédiaires de la famille régnante rappliquent alors aux portes des Allemands pour user de leur influence, promettre le succès et demander leur part du gâteau.
Les sponsors Ben Ali, Trabelsi, Chiboub entrent en lice et même le docteur Gueddiche, médecin personnel du Président, profite de la situation pour louer sa maison (comme par hasard) à SIEMENS.
Le nouveau responsable de la firme allemande, fraîchement débarqué en Tunisie, après son limogeage de Chine, est débordé par les sollicitations des rapaces de la famille. Il saisit maladroitement la chance qui se présente à lui et se met tous les intermédiaires crapuleux sur le dos avec des promesses à tous.
La société allemande, voyant sa marge s'effriter en commissions non prévues initialement, menace de se retirer de la compétition comme le permet la réglementation. Elle exige aussi, contre la réglementation en vigueur, d'augmenter ses prix en conséquence.
Le réveil est dur pour tout ce monde:
1. Pour la famille régnante, c'est le retour à la case de départ face à l'ogre américain sans aucune rétribution.
2. Pour le client qui veut concrétiser rapidement, c'est l'impasse.
3. Pour le nouveau responsable de SIEMENS qui se voyait enfin réhabilité de ses anciens déboires.
L'ordre est donné par le Président au Premier ministère et à sa commission des marchés pour élaborer un nouveau scénario et tenter de sauver les meubles.
Une mascarade fut alors préparée en urgence, fin 2000, contre toute réglementation en vigueur.
On décide amicalement d'alléger les exigences techniques de la STEG en fonction des manquements des Allemands, et de demander aux deux sociétés participantes de réajuster leurs prix une dernière fois, sachant que les chances des Allemands sont préservées, même en cas d'augmentation sensible des prix (et des commissions correspondantes).
Sauf exploit inattendu voire impossible des Américains ou réaction à l'étalage au grand jour de ces agissements, les jeux semblent faits et tout le monde sortira gagnant, sauf la Tunisie qui paye au prix fort les caprices financiers du Président et de sa famille qui saignent à blanc l'économie du pays.
La déclaration de Moncef Marzouki
L e 30 décembre 2000, j'ai été condamné par le tribunal de première instance de Tunis à douze mois de prison ferme, pour l'exercice de deux droits fondamentaux : la liberté d'association et la liberté de parole.
De par ses chefs d'inculpation et son déroulement, ce procès n'est qu'un acte de plus, visant à frapper le CNLT, à intimider les démocrates, à punir les militants des droits de l'homme, pour que le silence couvre l'arbitraire et la peur que fait régner le pouvoir dans le pays. Tous les observateurs s'accordent pour dire qu'il a une autre finalité politique. La condamnation doit servir de couverture légale à ma privation de mes droits civiques et politiques.
Les garanties les plus élémentaires d'un procès équitable à, m'ayant été refusé, les avocats, qui désiraient pourtant plaider sur le fond, n'ont eu d'autre choix que de se retirer en signe de protestation contre ce qui est apparu comme un procès inique et bâclé et une parodie de justice.
Les procès politiques en Tunisie et ce, depuis l'indépendance, n'ont qu'une seule issue : la condamnation. En dictature, le pouvoir exécutif ne laisse à l'appareil judiciaire que la fonction d'habiller d'un voile pudique de légalité, la répression ou la vengeance politique.
C'est la raison pour laquelle, j'ai décidé après mûre réflexion, de ne pas faire appel du jugement du 30 décembre.
Il est grand temps que soit posées clairement les deux problèmes fondamentaux concernant le dysfonctionnement de notre système judiciaire : son instrumentalisation par le pouvoir exécutif et la collusion de certains juges acceptant d'être de simples exécutants de ce pouvoir.
Je remercie de tout coeur les avocats tunisiens et ceux des pays amis, qui se sont mobilisés pour me défendre, ainsi que les organisations nationales et internationales de défense des droits de l'homme, la presse démocratique, les démocrates du monde entier et les citoyens tunisiens, qui m'ont témoigné une émouvante solidarité.
J'appelle les avocats tunisiens, à imaginer de nouvelles formules d'assistance et de solidarité avec les prévenus dans les procès politiques.
Plaider revient à pérenniser un jeu malsain car pipé d'avance qui ne profite qu'au pouvoir et dont les principales victimes sont les droits du justiciable, la dignité du juge et la sacralité de la justice. Ils pourraient suivre les procès, simplement pour relever toutes les atteintes au droit et publier des rapports de dénonciation, et ce jusqu'à ce que les règles du jeu soient de nouveau respectées.
Je réitère mon appel aux juges tunisiens, pour que le combat pour une justice réellement indépendante, digne, respectée et protectrice des droits et des libertés ne soit pas la seule affaire des militants politiques, mais aussi la leur.
J'appelle tous les démocrates de ce pays à réfléchir ensemble, dans le cadre de la Conférence Nationale Démocratique, sur une nouvelle constitution et le processus pacifique pour installer les libertés fondamentales au lieu de la démocratie frelatée, les droits sociaux économiques au lieu de la corruption, la réconciliation entre l'état et la société civile au lieu de leur affrontement permanent, la souveraineté du peuple au lieu du culte de la personnalité.
Les douleurs qui sont aujourd'hui les nôtres sont celles de la Tunisie accouchant de sa société de droit.
Puisse la Démocratie, un jour très proche, être chez elle dans notre pays.
Puisse la Tunisie entrer dans ce nouveau siècle, pacifiée, réconciliée avec elle-même et vivre en plein accord avec les valeurs qui fondent la communauté des états démocratiques et des peuples libres.
Communiqué du Forum démocratique
pour le travail et les libertés
L'Assemblée nationale vient d'adopter, sans rien y changer, le projet gouvernemental du budget pour l'année 2001, comme si les centaines d'interventions des députés n'avaient eu pour objectif que de créditer le pluralisme de façade. Ignorant les tensions sociales et les procès politiques qui ont jalonné le mois de décembre, les débats ont confirmé l'isolement de la Chambre des députés par rapport à la réalité du pays.
A l'aube du nouveau millénaire, le budget de 2001 se devrait, sinon de répondre aux attentes du peuple tunisien, tout au moins de susciter un espoir et de rétablir la confiance en l'avenir. Sa discussion intervient à une période cruciale : transition entre deux Plans, moment propice pour un premier bilan cinq ans après la signature de l'accord d'association avec l'Union européenne, au moment où les règles de l'OMC deviennent plus rigides et plus sévères. Face à ces défis, une vraie prise de conscience est nécessaire pour préparer la riposte et mobiliser toutes les compétences et toutes les énergies.
Le Gouvernement comme l'Assemblée persévèrent dans la même voie, mêlant autosatisfaction de routine et optimisme excessif, occultant les difficultés, manipulant chiffres et données pour les adapter à un moule préconçu plus flatteur.
Les prévisions en terme de taux de croissance (6,20%), de création d'emplois couvrant toute la demande additionnelle et d'accroissement de l'investissement (11%) sont particulièrement optimistes, et ce volontarisme, visant à mobiliser toutes les énergies, s'apparenterait fort à une duperie lorsque les prévisions sont décalées par rapport à la réalité.
Les difficultés objectives ne peuvent être ignorées :
Tunis le 2 janvier 2001
Mustapha Ben Jaafar
Le communiqué qui a valu à Slaheddine Jourchi
d'etre traîné devant la justice
Le comité directeur de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'homme, attaché à sa légitimité et résolu à poursuivre pleinement son rôle de défenseur d'une ligue indépendante militant pour les droits humains, enregistre avec fierté le soutien dont le Comité de la LTDH a bénéficié depuis son élection au dernier congrès national les 27, 28 et 29 octobre 2000.
Cette campagne nationale remarquable s'est déclenchée dès que le pouvoir a dévoilé sa volonté de soumettre la Ligue en traduisant celle-ci en justice afin de suspendre l'activité et les prérogatives de son comité directeur. N'hésitant pas à user de la force pour l'évacuation de son siège mis sous surveillance policière en attendant un procès de fond, dont la première audience est fixée au 25 décembre courant, un administrateur judiciaire a été désigné par jugement en référé le 30 novembre dernier.
Conscients de la gravité de cette tentative de réduire la voix de la LTDH au silence, les différentes composantes des forces démocratiques se sont mobilisées et ont multiplié les initiatives pour lui exprimer leur solidarité.
Ainsi en est-il des prises de position de la plupart des partis politiques exprimés à travers leurs communiqués, ainsi qu'à travers les interventions sans équivoques de leurs députés lors des discussions du prochain budget de l'état ou lors des audiences accordées par leurs secrétaires généraux au président de la Ligue.
Un meeting de solidarité auquel a appelé le Rassemblement socialiste progressiste à son siège a par ailleurs drainé une présence massive et la participation de nombreuses sensibilités politiques. Lors de cette campagne de solidarité des initiatives courageuses ont été prises dont la constitution par les organisations indépendantes d'un compte permanent de suivi et de soutien à la Ligue regroupant des représentants de l'Association des femmes démocrates, le Conseil National des libertés en Tunisie, le Rassemblement pour une alternative internationale au développement et l'Association des jeunes avocats.
Le comité directeur apprécie également à sa juste valeur la position de la direction de l'Union générale des travailleurs tunisiens, des ses responsables régionaux ou sectoriels et de son organe d'informations. le journal "Echaab" ainsi que les manifestations en faveur de la Ligue par les syndicalistes lors de la marche commémorative de l'assassinat du leader syndicaliste Farhat Hached le 5 décembre dernier.
Le comité directeur salue de même les positions militantes prises par le bureau exécutif et les structures de l'union générale des étudiants tunisiens ainsi que par les différentes composantes du mouvement estudiantin.
Le comité directeur de la LTDH enregistre également avec fierté les nombreuses pétitions nationales ayant recueilli des milliers de signatures dans les rangs des avocats des universitaires, et des syndicalistes ainsi que dans de larges franges des élites et des démocrates.
L'impact de ces initiatives a été déterminant dans l'élargissement du mouvement de solidarité en faveur des structures légitimes de la Ligue, et ce, dans tous les milieux et toutes les régions du pays.
Le comité directeur qui poursuit son rôle de défenseur des droits humains attire l'attention de l'opinion publique sur la grave et sans précédente escalade policière dirigée contre le comité directeur et les sanctions de la LTDH et qui a également touché un grand nombre de militants des droits de l'homme, symbole de la société civile.
Après l'interdiction par la police de la tenue du conseil national de la Ligue et de la réunion de son comité directeur le 3 décembre 2000, Tunis et d'autres régions u pays ont connu les 8, 9, 10 décembre un déploiement de forces de police accompagnées de violences verbales et d'humiliations.
Les dépassements sécuritaires entravant sérieusement le libertés d'expression, de réunion, de circulation et d'accès aux lieux publics et menaçant l'intégrité physique des militants et la sécurité de leurs domiciles se sont multipliés. ainsi une manifestation prévue le 8 décembre, organisée par la section de Sousse de la LTDH, l'Association des jeunes avocats et la section tunisienne d'Amnistie internationale a été interdite.
De même, les forces de police se sont opposées à toutes les initiatives pries par le conseil national des libertés en Tunisie les 8, 9, 10 décembre : son comité de coordination a été empêché de se réunir, les domiciles de nombre de ses dirigeants ont été assiégés, certains de ces derniers ont été violentés (Sihem Ben Sedrine, Maître Nejib Hosni et Abderraoui Ayedi), l'universitaire Hamd Redissi a également été agressé.
Les réunions préparatoires à la tenue de la conférence nationale démocratique à laquelle le Conseil a appelé ont été
empêchées. enfin le domicile du bâtonnier Mohamed Chekroun qui devait abriter une cérémonie de remise du prix Hachermi Ayari à la LTDH a été littéralement assiégé. Les invités ont été par la suite pourchassés et empêchés de se retrouver jusque dans les hôtels et cafés. Par ailleurs, le local de la section de Bizerte de la Ligue a été isolé et les sorties des villes de Jendouba et Bizerte filtrées afin d'empêcher les militants de la LTDH de rejoindre Tunis
Le comité directeur condamne vigoureusement ces dépassements contraires à la loi et aux usages de la vie civile et invite les autorités à prendre leurs responsabilités pour intervenir et mettre fin à cette option sécuritaires dans la gestion des droits de l'homme et des défenseurs de ces droits.
Le comité directeur de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'homme appelle toutes les composantes de la société civile en Tunisie et ses amis militantes et militants des libertés sur les scènes arabes et internationales à condamner ces dérives graves. Il invite les autorités aux respects de la législation du pays et aux engagements internationaux pris, en particulier la Déclaration internationale relative à la protection des défenseurs des droits humains.
Pour le comité directeur
le premier Vice-président
Slaheddine Jourchi
La lettre qui a renvoyé Mohamed Mouada
devant le juge d'instruction
Les autorités tunisiennes semblent déterminées à ce que notre pays fasse son entrée dans le troisième millénaire en étant classé dans le groupe de pays répertoriés comme vivant une aggravation généralisée de l'arbitraire et de la répression des libertés fondamentales et des droits de l'homme.
Cette conclusion se trouve confirmée par l'effervescence sécuritaire générale que vit le pays ainsi que par les procès politiques avec lesquels le pouvoir a tenu à clore l'an passé et entamer la nouvelle année et dont nous citerons :
1-Le procès et la condamnation le 30 décembre 2000 du militant Moncef Marzouki, porte-parole du Conseil national des libertés en Tunisie à un an de prison ferme pour des chefs d'accusation relevant des libertés d'opinion, d'expression et d'association. Ces mêmes libertés sont garanties par la constitution du pays et les conventions internationales que les autorités se targuent d'avoir ratifiées.
2-La condamnation de Néjib Hosni, dirigeant au Conseil national des libertés à quinze jours de prison durant la même période de l'année et en attente d'éventuels autres développements.
Les autorités font preuve d'une ingéniosité sans limites dans l'innovation pour la persécution des militantes et militants.
3-M. Slaheddine Jourchi, journaliste réputé, intellectuel militant et vice-président de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'homme, comparait aujourd'hui 2 janvier 2001 devant le juge d'instruction pour un communiqué, signé au nom du Comité directeur et publié le 11 décembre 2000, traitant de la situation des libertés publiques dans le pays et de l'arbitraire auquel est confronté le comité directeur de la LTDH, démocratiquement élu lors du dernier congrès de l'avis unanime des observateurs aussi bien en Tunisie qu'à l'étranger.
4- La convocation de Slaheddine Jourchi devant le juge d'instruction est une mesure répressive arbitraire prise dans le cadre du harcèlement du comité directeur mené :
Président du Mouvement
des démocrates socialistes
Mohamed Mouada
Un détenu politique décrit la tyrannie
de Ben Ali et la vie quotidienne en prison
Cri de détresse
du fond de l'enfer carcéral
En trois mille ans d'histoire, aucun mouvement politique autre qu'Ennahdha (La Renaissance) n'a vécu une décennie aussi tragique. Dix ans de larmes, de souffrances, d'injustices, de tortures et de répressions. Même durant la lutte pour l'indépendance du pays, la France était plus clémente avec les nationalistes tunisiens. Le bilan est très lourd : des dizaines de morts, des milliers de prisonniers et d'exilés, plus de 80 000 ans de prison ont été "généreusement" infligés aux opposants.
La répression du régime a été doublement encouragée au début des années 90. Encouragée à l'intérieur du pays par le silence complice des adversaires d'Ennahdha qui espéraient l'affaiblissement, voire l'écrasement du mouvement pour redevenir les numéros un de l'opposition tunisienne. Une alliance et un silence rapidement regrettés parce qu'en s'attaquant à nous le régime voulait agenouiller l'opposition et s'attaquer aux forces vives du pays. Les étudiants et les partis ont été marginalisés, la Centrale syndicale domestiquée, la presse systématiquement censurée, la Ligue des droits de l'homme noyautée et aussitôt déclarée hors-la-loi. Aujourd'hui, le régime se permet le luxe de faire taire ou d'éteindre toute voix libre ou lumière, même basse et faible. Une répression encouragée à l'étranger par le mutisme complaisant de la France et de l'Europe. Une attitude due à leurs peurs de l'islamisme et à leur méconnaissance totale d'Ennahdha. Ils voyaient en nous les GIA de l'Algérie et les Talibans de l'Afganistan. Alors que nous sommes le mouvement le plus modéré, le plus ouvert et le plus pacifiste de l'islamisme mondial. Nous considérons l'Islam comme notre idéal, mais nous adaptons notre interprétation à l'évolution de nos sociétés. Nous voulons la justice, la paix, la liberté et l'amour pour tous. L'Europe sait maintenant que le seul terrorisme qui existe en Tunisie est celui du régime tyrannique de Ben Ali.
Nous sommes en prison depuis dix ans. Notre parcours est le même: arrestations brutales, interrogatoires sur fond de tortures et de machinations diaboliques, la justice offre un usage légal de l'oppression et puis commence le vrai cauchemar et le vrai calvaire des prisons du Moyen-âge. L'agression physique et morale, la provocation, l'éloignement, l'humiliation sont notre pain quotidien. La liste des interdits est interminable. Pas d'intimité, pas d'étude, pas de lecture et pas d'écriture, pas de sport, pas de lits pour la plupart des détenus, pas de chauffage, pas de tables ni de chaises, la nourriture immangeable, les soins médiocres. Le surpeuplement reste le problème numéro un. A titre d'exemple, le hangar GI contenait 287 détenus le 14/12/2000. Avec 0,52m2 par détenu, nous sommes très loin des normes prévues pour l'élevage de bétail. Pour nous faire plus mal, les autorités usent de tous les moyens afin d'obliger nos femmes à divorcer. Le régime veut nous pousser à la violence. Mais nous résistons. Nous ne regrettons pas d'avoir dit non au tyran, non à l'injustice, non à la dictature, non à l'exclusion, non à la spoliation de notre chère Tunisie. Mais nous sommes à bout de souffle. Nous sommes au bord du désespoir qui se traduit par des grèves de la faim. Un mouvement qui se durcira dans les jours et les mois à venir. Une grève générale va être organisée. La mort est devenue le seul espoir qui nous reste pour accéder à la liberté. Mieux vaut pour nous mourir debout qu'à genoux.
Nous n'arrivons pas à comprendre pourquoi toute cette haine ? Rien ne justifie notre maintien en prison. La majorité des détenus disent que la vie ne vaut plus rien. Aidez-nous, aidons-les à dire plutôt que rien ne vaut la vie.
C'est un appel au secours que nous lançons. Un signal de détresse à tous les hommes libres de notre monde. Nous lançons un appel aux opposants tunisiens: Unissez-vous au sein d'un front pour la liberté et la démocratie avec une amnistie générale comme premier objectif. Oeuvrez avec l'Union européenne pour isoler le régime de Ben Ali dans le monde, pour l'obliger à ouvrir les prisons aux associations des droits de l'homme. Nous sommes des milliers de prisonniers politiques en danger de mort.
La non-assistance à personne en danger est un délit.
Ensemble nous vaincrons, ensemble la lumière jaillira.
Marwen Wahid
Prison civile de Tunis
le 15/12/2000
Mort d'un étudiant
Le17 novembre 2000, un étudiant en première année d'anglais à Bourguiba school, Ali Dhoukar, originaire de Tataouine, âgé de 19 ans et résident au foyer universitaire Elmourouj a trouvé la mort suite à un choc électrique alors qu'il s'apprêtait à prendre une douche. Les étudiants avaient signalé à plusieurs reprises au directeur du foyer que l'eau transmettait le courant électrique et qu'ils avaient peur d'être électrocutés, mais sa majesté répondait qu'ils s'affolaient pour rien, puisqu'un courant de 200 volts ne tue pas.
Ce vendredi 17, vers 6h, Ali est allé prendre une douche pour prendre le train de nuit et rentrer chez lui voir sa mère malade, mais il est retourné dans un cercueil. Les rapports officiels prétendent que la cause de la mort est une crise cardiaque survenue au cour de la douche, cette même explication a d'ailleurs été
présentée à sa famille. A 8h, la nouvelle s'est propagée et tous les étudiants se sont réunis spontanément pour jeter un dernier regard sur leur camarade, mais ils se trouvèrent face à des dizaines de policiers leur suggérant de se calmer et de regagner leurs chambres. Les étudiants ayant bien sûr refusé, et "ton oeil ne voit que la lumière", les coups de matraques surgirent ainsi que les coups de poing et de pieds, mais le pire c'est que les étudiants RCDistes (qui avaient organisé la veille de l'accident un gala pour fêter l'arrivée des élections des conseils scientifiques -qu'ils remporteront bien sûr- et où le directeur avait dansé et chanté jusqu'à l'aube), eux aussi frappèrent et menacèrent les autres étudiants en leur lançant des pierres, des chaises et même des bris de vitres cassées... Plusieurs autres incident ont eu lieu notamment lors de la collecte d'argent par les étudiants pour louer des bus et participer aux funérailles.
En ce qui me concerne, je n'ai appris la nouvelle que lundi matin par des camarades de l'UGET, et nous avons décidé d'entamer une journée de grève comme dans toutes les autres institutions. Nous avons fait sortir les étudiants de leurs amphis et des salles, nous leur avons expliqué la situation et nous sommes allés devant l'administration pour l'assiéger et présenter nos demandes aux deux doyens, c'est à dire la présentation du directeur du foyer devant la justice et la démission du ministre de l'Enseignement supérieur.
Remarque: le directeur du foyer a seulement été transféré au foyer de Benarous !
L'abominable homme
de Carthage
"Dégage Ben Ali"
(un internaute)
"C'est facile de changer de président"
(un manifestant serbe)
Gibran
CARTES SUR TABLE AVEC SALAH HAMZAOUI
" Être un militant des droits de l'homme,
c'est être une paria au sein de la société "
Le sociologue Salah Hamzaoui, de passage à Paris, répond aux questions de "L'Audace". Membre du Conseil national pour les libertés en Tunisie, membre fondateur de Comité directeur de RAID et Président du Comité de soutien à Hamma Hamami, Salah Hamzaoui s'efforce ici de répondre à des questions d'actualité concernant la Tunisie de Ben Ali, les problèmes inhérents à la Constitution tunisienne, le rôle de la femme et l'héritage de Bourguiba...
Prédictions :
Le Haj Salim prévoit
selon la sourate coranique n¡235
Au début des années 90, et dès lors qu'une féroce et aveugle répression s'abattit sur le peuple tunisien (principalement les islamistes), une voyante, Hajja Habiba, fit de terribles révélations sur l'avenir du Général Ben Ali. En substance, elle affirmait alors que l'actuel président tunisien n'avait aucune intention de quitter le pouvoir ni de favoriser l'alternance. "Il ne sortira du Palais que les pieds devant", euphémisme qui veut dire mort ou dans un cercueil.
Pourchassée, recherchée, Hajja Habiba parvint tout de même à quitter la Tunisie et à se réfugier quelque part en France.
Fait insolite et plutôt rigolo dans cette affaire, nous avions eu toute la barbouzerie de Botzaris et les agents secrets de l'ambassade de Tunisie à Paris mobilisés pour retrouver la trace de cette femme qui a osé faire des révélations dangereuses au sujet d'un dictateur dont peut-être l'ignorance en fait un être qui croit aux prédictions, aux voyants, aux marabouts, aux charlatans et aux sorciers. L'on disait alors que Hajja Habiba avait élu domicile à Villeneuve Saint-Georges, dans le Val de Marne, et des personnes proches de l'entourage présidentiel racontaient allègrement que le Président portait toujours la photo de la voyante "pour ne jamais l'oublier". Les Services tunisiens ne parvinrent jamais à la localiser, ce qui a été de nature à rendre Ben Ali encore plus furieux et encore plus superstitieux. Le Dieu de Tunis ne pouvait concevoir qu'un bout de femme lui échappât sinon qu'avec la protection d'Allah "omniscient et omnipotent". Aujourd'hui, à l'aube de ce nouveau siècle et de ce nouveau millénaire, nous avons fait consulter, à notre tour, le professeur Salim, au 18ème arrondissement parisien, qui nous fait ci-après, des révélations fort intéressantes sur le Général Zine El Abidine Ben Ali, son avenir politique et sa vie avec Leïla Trabelsi, candidate à la succession de son époux.
Slim Bagga
Impressions suite
à la visite chez un voyant...
et non chez un charlatan
Voici la prédiction. Qu'en faire?
Croire ou ne pas croire ?
C'est une histoire de foi et
la preuve est dans le puding,
comme disent les Anglais.
Les Français, eux, prétendent
que c'est en forgeant
que l'on devient forgeron.
Alors, sacrifiez, où que vous soyez,
chacun dans son coin,
à sa manière, avec ses moyens.
La somme de vos efforts
individuels se manifestera
tôt ou tard. C'est une manière
comme une autre de conjurer
le mauvais sort,
la mauvaise politique.
La démocratie n'existe pas ?
Inventez autre chose.
Quelque chose d'apolitique.
Comme un Barbecue party !
A l'américaine! En attendant
d'autres célébrations
plus réjouissantes. Inch'Allah !
En ces temps où l'on demande
à ce journal de tout faire
pour regrouper ceux qui semblent
divisés, voilà une recette un peu
salée, peut être pour rappeler
à notre manière au regroupement
de tous les efforts, contre l'enfer,
mais parfois aussi contre tous...
Oh diable...
Nicky de Philipi
JUGEONS-LES !
LE CONSEIL DES LIBERTES DEVOILE
LA LISTE DE TORTIONNAIRES
Personnes impliquées dans la torture en Tunisie
selon les critères définis par l'article 1 de la Convention
internationale contre la torture
|
Fonctionnaires de la sûreté
nationale (Première liste) |
Officiers et agents de
l'administration pénitentiare (Deuxième liste) |
Ben Ali veut tuer les Publinet
et censure Internet
Le 10 janvier est à marquer d'une pierre noire dans l'histoire d'internet en Tunisie. Friaâ, le ministre des Télécom convoque les gérants des cybercafés tunisiens connus sous le nom de " Publinet ". On pensait qu'il allait apporter une réponse aux graves difficultés que rencontrent ces professionnels de la Toile. Et ce fut la grande surprise : Ben Ali a tout simplement décidé de casser ces Publinet, parce qu'il y a trop de jeunes qui les fréquentent, et surtout l'outil internet qui commence à échapper sérieusement au contrôle du ministère de l'Intérieur.
Voici les mesures annoncées au cours de la réunion:
1) L'ouverture de boutiques Publinet reste soumise à autorisation du ministère de l'Intérieur, et l'ATI demeure son annexe pour la censure.
2) Sur la question du débit de connexions trop faible, le ministère refuse catégoriquement d'y remédier, alors qu'il relève directement de ses compétences.
3) Il est désormais interdit de chater à partir des Publinets. C'est là le second coup de grâce aux Publinets, car leur recette provient à 80% du chat. 4) Désormais, la téléphonie est interdite : on ne peut plus téléphoner au moyen d'internet.
5) Une baisse des tarifs de l'heure de connexion (de 2 DT à 1,5 DT/heure), constitue un autre coup dur contre les Publinets : en grevant leur marge, qui est déjà trop faible, surtout pour ceux qui doivent rembourser les frais d'installation.
6) Il est désormais interdit aux utilisateurs de télécharger quoi que ce soit d'internet sans autorisation du gérant Publinet rendu responsable du contenu des éléments téléchargés.
7) Même la simple impression d'un document doit être soumise au contrôle du gérant du Publinet.
8) Tout ordinateur connecté à internet devra contenir un logiciel barrant l'accès aux sites indésirables pour le ministère de l'Intérieur.
9) Et pour couronner le tout, le tarif d'infraction à ces mesures de censure s'élève à 2000 DT (environ 10 000 FF) et la fermeture de la boutique.
Si les jeunes Tunisiens ne se mobilisent pas pour dénoncer ces nouvelles mesures scélérates et liberticides, il n'y aura plus de Publinet en Tunisie d'ici peu de temps. Le seul espace de liberté d'expression et de contact avec le monde extérieur pour tous ceux qui ne peuvent s'offrir un ordinateur ou un abonnement à internet sera irrémédiablement clos. Jeunes Tunisiens, mobilisons-nous pour le droit à Internet et pour sauver les Publinet !
Paris, le 15 janvier 2001.
Mondher Sfar
Chers lecteurs,
A partir de ce numéro, nous suspendons la partie arabe. Cette décision douloureuse a été prise après de mûres réflexions, disons même à la suite d'un véritable choix cornélien. Faut-il maintenir la partie arabe, si nécessaire et indispensable à notre lectorat qui n'est pas forcément francophone ? Faut-il arrêter l'aventure alors que nous nous débattons dans des problèmes financiers quasiment insurmontables ? Faut-il sacrifier "L'Audace" ?
Tout le monde sait que ceux qui animent "L'Audace" et qui ont fait que jusqu'à ce jour il respire encore, ne maîtrisent malheureusement pas la langue arabe. Malgré les nombreux amis sincères qui entourent ce journal et qui lui prêtent la main pour que survive la langue de notre pays, il s'est finalement avéré que l'aventure est impossible pour le moment, vu le poids que la connotation (et non pas la ligne politique) véhicule à travers les colonnes de "L'Audace".
Choix douloureux, disions nous, mais aussi détermination pour rebondir dans la quinzaine qui suit.
Les lecteurs et les amis de "L'Audace" savent pertinemment que nous ne promettons jamais rien sans le réaliser. Aussi, avons-nous décidé, à partir de début février, de lancer "El Joura'a" qui n'est pas nécessairement une traduction fidèle de "L'Audace" mais qui sera son âme et son esprit mêmes, en France, en Europe occidentale et orientale et en Amérique du Nord.
Autre nouvelle que nous devions annoncer à nos lecteurs et à nos sympathisants sans lesquels ce projet n'aurait jamais survécu depuis voilà sept ans: nous serons contraints à partir du mois de mars 2001 de faire payer les internautes qui consultent le site de "L'Audace". Que tout le monde se rassure, ce sera une somme modique, notre but n'ayant jamais été de nous enrichir mais de servir en ces temps où la désinformation et où la non-information sont de règle dans notre pays.
Si nous avons été acculés finalement à opter pour cela, c'est parce que, comme nous l'avions promis dès le mois de mars 1994, en nous lançant dans cette aventure "suicidaire", qu'avec notre jalousie pour la Tunisie, notre souci premier était notre indépendance.
Indépendance... indépendance... indépendance...
C'est grâce à ses lecteurs que "L'Audace" tiendra ses engagements et que notre promesse sera tenue.
"L'Audace"
Vers une autre affaire Tarek Maaroufi
En 1996, la machine de la désinformation de Ben Ali avait déjà impliqué Tarek Maaroufi et Walid Bennani dans l'assassinat du ministre socialiste belge André Cools. Cette affaire avait fait beaucoup de vagues au pays de Tintin. Finalement, Ben Ali en eut pour ses frais, et que ce soit notre ami Walid Bennani de Liège ou Tarek Maaroufi ont été disculpés de cette affaire politique et de narco trafic qui sent le benalisme.
Quatre ans plus tard, Tarek Maaroufi nous dit être à nouveau impliqué dans un réseau terroriste animé par Oussama Ben Laden, celui qui l'on nomme communément l'homme le plus recherché du monde.
Par delà ses péripéties, et sans aucun commentaires sur cet homme (le combat de "L'Audace" n'entrant pas dans ces détails-là), nous sommes en mesure d'affirmer que les accusations dont a été la cible Tarek Maaroufi relèvent du domaine de Ganzoui et de Kallel sur instigation de Ben Ali en personne. Et pour cause...
Dès le samedi 6 janvier 2001, la chaîne de télévision italienne Rai Uno a diffusé l'information "de source tunisienne", précise-t-elle, selon laquelle l'ambassade des Etats-Unis à Rome allait être bombardée. Impliquant, en effet, Tarek Maaroufi et les pseudo-complices que ce dernier cite ci-dessous. Cette information reprise par de nombreux médias italiens, a fini par faire l'objet de polémique dès le 8 janvier. Mais passons...
Toujours est-il qu'il est de notre devoir de dénoncer encore une fois, les extravagantes manipulations et l'extraordinaire machination dont font preuve Ben Ali et ses services. Qui croient-ils, en effet, manipuler ? Les services de la CIA ? En laissant divulguer de telles informations, Ben Ali, coincé au sujet de son quatrième mandat, a un double objectif : montrer aux Etats-Unis, et plus particulièrement aux Etats occidentaux, qu'il est un homme informé sur ce qui se "passerait" contre eux, et faire preuve de sa fidélité envers le Gendarme du monde, qui a quelques hésitations à continuer à le soutenir en dépit de la détérioration du climat politique dans son pays.
Pour l'histoire, faut-il rappeler aux Américains et à tous les Occidentaux que dès que Ben Ali a obtenu un poste au sein du Bureau politique de feu le PSD (devenu RCD), sa première proposition fut de manipuler à travers des informations mensongères et outrancières l'opinion publique internationale. Ce qui ne manquera pas d'en choquer plus d'un au sein du PSD. Mais celà est de l'histoire... et l'histoire, nous y reviendrons absolument.
Slim Bagga
Tarek Abou Ismael Maaroufi
Bruxelles
Belgique
Jean Daniel dénonce l'imposture
du régime
de Ben Ali
Dans ses derniers "Carnets" 1998-2000, Jean Daniel évoque à travers "Soleils d'hiver" ses déboires avec la Tunisie de Ben Ali. Fin avril 1998, en effet, à la veille de sa visite en Tunisie, de sa conférence à Carthage sur Michel Foucault et l'exposition de son épouse Michèle Daniel de photos du philosophe, la maison de la culture a été plastiquée, sa directrice (Jalila Hafsia) licenciée et son premier livre "Carnets" interdits de vente à "Clairefontaine".Le directeur du Nouvel Observateur revient à travers cet ouvrage publié chez Grasset sur son désenchantement, lui qui se sent tunisien, à l'égard de ce pouvoir qui torture et promet de s'engager, s'il le faut, pour la cause des droits de l'homme.
Pour que le cimetière de Sidi-Bou-Saïd soit paisible à jamais...
Lundi 1er mars 1999
Appel du conseiller culturel de l'ambassade de France en Tunisie : désolé de m'informer que notre voyage est annulé ! La raison ? Personne n'est censé la connaître. Ce conseiller, parfait honnête homme, avait organisé avec Michèle et moi une manifestation culturelle en l'honneur de Michel Foucault. Michèle avait pendant des mois réuni les photos qu'elle avait faites du philosophe, notre ami. J'avais préparé une conférence sur les travaux et la pensée de Foucault lorsqu'il se trouvait en Tunisie. J'étais supposé aussi présenter mon livre Avec le temps, déjà en vente et disponible dans la principale librairie de Tunis. Que s'est-il passé? Qui est à l'origine de l'annulation ? L'ambassadeur de France. Pour quelles raisons ? Il ne jugeait pas digne d'inviter un Français dont les oeuvres et le journal étaient interdits. Quant à l'exposition de photos, le Centre où elle devait avoir lieu a été fermé. Tout cela, à quelques jours de notre arrivée. Pourquoi l'ambassadeur (l'amiral Lanxade, que j'ai connu quand il était chef de l'état-major particulier de Mitterrand) ne nous informe-t-il pas lui-même ? Ne s'explique pas ? Ne s'excuse pas .? Au moins auprès de Michèle? Le conseiller, embarrassé, ne doute pas qu'il va le faire bientôt. Mais la réalité ? Les autorités tunisiennes auraient découvert que mon livre n'avait pas de "visa", n'avait pas reçu de nichil obstat. Mais pourquoi a-t-il été mis en vente depuis des mois ? Pourquoi en a-t-il été retiré aujourd'hui ? Le conseiller pense que dans un premier temps, aucun officiel ne l'avait lu. Dans un second, certains courtisans zélés, dont un écrivain niçois, ayant décidé de me nuire et d'en finir avec le crédit que l'on me prêtait encore en Tunisie, avaient attiré l'attention des exécuteurs de basses oeuvres sur certains passages de mes Carnets où, c'est vrai, je déplorais vivement le culte de la personnalité dont était l'objet le président Ben Ali. D'un seul coup, sur un ordre impérieux, on ferme le Centre culturel tunisien, où devait avoir lieu l'exposition de photos de Foucault. On retire mes livres de la seule librairie où ils étaient en vente, m'annoncera-t-on. On demandera au libraire s'il a pu noter les noms de ceux qui ont acheté Avec le temps ou s'il s'en souvient. Stupéfié, j'appelle, sans l'obtenir, l'ambassadeur de France. On me dit qu'il me rappellera. Puis l'ambassadeur de Tunisie, un homme fin, de bonne compagnie, cultivé mais manifestement terrorisé par la famille du président Ben Ali, dont tous les membres arrivent à Paris avec leurs exigences et leurs caprices. Au téléphone, j'entends un personnage devenu hystérique. Comment peut-on penser qu'il y a une censure en Tunisie ? Jusqu'à quand des gens exerceront-ils une sorte de tutelle paternaliste en souvenir des services rendus ? Le manque de respect à l'égard de l'irréprochable président de la République souveraine et libre de Tunisie constitue une agression à l'égard d'un patriote comme lui. Déconcerté, dépassé, je mets du temps à comprendre que l'ambassadeur d'un Etat policier est évidemment l'objet d'écoutes téléphoniques ou surveillé par des agents de la sécurité. Ce diplomate, à coup sûr, doit me parler devant plusieurs de ses collaborateurs et pas n'importe lesquels. Las pour lui, le Monde et Libération -avant le Nouvel Obs- relatent les faits dans leur vérité minutieuse, tout en soulignant qu'il faut conclure à un égarement du pouvoir, lorsqu'on voit avec quelle désinvolture et quelle morgue un ami si fidèle et si indulgent de la Tunisie est traité.
Libé intitule son article : "Jean Daniel indésirable en Tunisie". Le jour même, je reçois des témoignages moins indignés que déconcertés. Est-ce possible? Pour moi qui fus si souvent pris pour un Tunisien en raison de ma ferveur pour les paysages et le peuple de ce pays, je suis partagé entre la tristesse et la résignation. J'ai écrit que j'avais avec la Tunisie des liens qui ressemblaient fort à des racines, et qu'il m'est souvent arrivé de penser que certains de mes parents étaient enterrés dans le petit cimetière marin (pourtant exclusivement musulman) juché tout en haut de la colline de Sidi-Bou-Saïd. J'y suis si souvent allé méditer, c'est-à-dire, en fait, contempler la mer sans limites qui se confond avec l'horizon. Trois jours plus tard, coup de téléphone de l'ambassadeur de Tunisie (toujours rien de l'amiral) : "je dois vous dire que vous n'avez jamais été et que vous ne serez jamais indésirable en Tunisie. Au nom du Président, et chargé par lui, je vous informe que vous êtes chez vous, dans votre pays et que vous pouvez y revenir quand vous voulez." Mes livres sont à nouveau en vente. Le Nouvel Observateur l'est déjà et ma femme est attendue : c'est ce qu'ajoute un attaché au ministère tunisien de la Culture, qui croit devoir ajouter que l'ambassadeur de France s'est trop empressé de décider l'annulation de mon voyage. Je réponds que l'amiral Lanxade, qui bénéficie en Tunisie d'une autorité qui montre bien la réussite de sa mission, n'a fait que défendre la dignité d'un concitoyen. Scepticisme de l'attaché. En tout cas, l'ambassade de France est informée des nouveaux caprices de la Présidence. Mais tout se passe, me dira l'un de ses proches, comme s'il m'en voulait d'avoir assombri la fin d'un mandat qui avait, pour son épouse et lui-même, été heureux et gratifiant.
Les réactions sont nombreuses et me gênent. La situation politique de la Tunisie, sous un despotisme qui n'est éclairé que par intermittence, complique les relations avec la France et je m'oppose, quelle que soit mon affliction, à ce que l'incident mineur dont je suis la victime puisse être considéré comme une affaire d'Etat. C'est ce que je précise à Hubert Védrine, ministre français des Affaires étrangères, qui m'approuve, tout en soulignant combien les Autorités tunisiennes sont maladroites dans leur pratique de la communication. Mais sans me départir d'une discrétion sourcilleuse, je ne puis m'empêcher d'être touché par les rumeurs qui me parviennent. Madame Wassila Ben Amar, qui est soignée pour une grave maladie, n'a cessé de déclarer "inacceptable" que l'on ait pu s'en prendre à moi. L'ex-femme de Bourguiba m'a toujours manifesté des sentiments amicaux. Mais ce qui ne laisse de m'inquiéter, c'est ce que l'on me dit des intellectuels et des artistes tunisiens, qui se sentent humiliés d'avoir à être discrets ou silencieux par peur de représailles. Pour ma part, je me garde bien, par crainte de les compromettre, de renouer avec eux. Je n'ai pas l'intention de me rendre en Tunisie tant que l'Etat policier fera des victimes. Mais comme j'en ai assez que l'on vienne me demander mon avis sur une affaire après tout négligeable, je réponds à un journaliste italien : "Le principal reproche que j'ai envie de faire aux Autorités tunisiennes, c'est de laisser massacrer leur paysage et leurs côtes. La police, si terriblement efficace dans ce pays, devrait réprimer la spéculation immobilière et la construction d'horribles hôtels qui, après avoir saccagé Djerba et Hammamet, est en train de faire disparaître tous ces paradis de la Méditerranée." Je pense toujours et absolument cela. Au point que j'accepterais pour une telle cause de faire campagne en Tunisie même.
Jean Daniel
"Soleils d'hiver",
carnets 1998-2000, pages 68 -71
(chez Grasset, 129FF)
Chronique d'une débâcle annoncée II
Que se soit partout ailleurs dans le vaste monde, ou plus encore dans d'atroces et rétrogrades dictatures comme notre chère Tunisie, la culture et l'art dans toutes leurs composantes doivent nécessairement, pour être crédibles, nobles, et participer à l'épanouissement du citoyen, véhiculer la réalité quotidienne et le libre choix majoritaire, le désir profond de la libération sociale et son déterminisme. Installer des espaces de résistance qui trouvent forcément leurs repères et puisent leurs énergies dans la reconnaissance publique et le plébiscite populaire, aux dépens des institutions étatiques obsolètes, mises au service du Parti unique et du fourbe Zinétron bey de Carthage. La culture et l'art peuvent fédérer et libérer le peuple tunisien, la fonction artistique aujourd'hui plus que jamais en Tunisie a besoin d'hommes de valeur et d'abnégation ; pas de médiocres fonctionnaires, des bénis oui-oui qui mangent à tous les râteliers, qui vendraient père et mère pour un passage-télé-radio ou une subvention de complaisance; la fonction artistique doit oeuvrer à la prise de conscience nationale; elle peut être l'élément essentiel pour dénoncer le conditionnement et la censure ; elle a un devoir d'assistance vis-à-vis des masses censurées, baîllonnées, abruties par la médiocrité ambiante qui règne sur tous les réseaux du Savoir et du progrès. Or, aujourd'hui, nos chevaliers de la culture et de l'art, honorés par des médailles en chocolat de Zinétron-le-mal-fini, se complaisent dans leur suffisance, dans leur lâcheté morale et intellectuelle, dans l'éloge pétasse et dégoûtante du fou de Carthage, dans la valorisation aveugle et débile du système honni, dans ces stratégies de fils de putes brutaux et ignares qui avilissent notre intelligence, dans ces crimes prémédités contre le peuple tunisien dans son ensemble.
L'art tunisien, du 1er au 7ème, est recalé dans la forfaiture et le vomi ; le film tunisien est tellement vide de sens qu'il ne vaut même pas le prix de sa matière première. Quel gâchis de temps, d'argent et de pellicules ; les sujets traités n'ont rien à voir avec la réalité des gens ; d'horribles montages de délires insipides qui ne valorisent ni le vécu ni les aspirations de la Nation. Pourtant, les sujets ne manquent pas en Tunisie. Au secours Pasolini, Godart, et cie... Quel beau scénario, quelle geste révolutionnaire, ce père licencié de son travail pour activités syndicales, réduit à l'état d'animal, de légume qui, pour survivre, va essayer de vendre ses enfants au marché à bestiaux de Douz.
Fils de pute d'auteurs dramatiques, comiques de mes 2, voilà le mépris qui tient vos frères humains, la tête plongée dans la fosse sceptique de Zinétron. Voilà une oeuvre à la Zola, où êtes-vous artistes miliciens au service du despotisme et des ténèbres!
Des citoyens qu'on arrête, qu'on torture, qu'on liquide pour délit d'opinion ! Même sous Staline, des artistes, des hommes dignes de ce nom, au risque de tout, ont osé dire NON, ont dénoncé l'horreur. En bref, chers artistes de foire du grand cirque du fumier Zinétron, des sujets à débattre, des oeuvres à accomplir dans le tragique, dans le comique, dans le risible, dans le sérieux, dans le respect de soi-même et des autres, en Tunisie ça se ramasse à la pelle, à tous les coins de rue, dans tous les caniveaux. A chaque mot que prononce l'immonde ordure de Zinétron, à chaque apparition de Leïla, la coiffeuse, ce médecin malgré elle, à chaque transaction financière des 7 familles, à chaque gros arrivage de bananes, de pommes, de pneus, de pièces détachées dans les ports de Tunisie...
Ce qui vous manque chers artistes tortionnaires en plus du talent, c'est la dignité et le courage. Vous êtes devenus des marionnettes baisables à souhait, des tubes digestifs, des oies qu'on gâve, votre trahison vis-à-vis du peuple tunisien vous donne le droit de réclamer, auprès de vos maîtres penseurs, le gîte et le couvert et le salaire des Judas. Vous méritez tous les égards de ce grand artiste de la déconfiture qu'est Zinétron l'imbécile, vous êtes quand même et de loin, sa botte secrète, son coup bas, son arme la plus efficace : avoir survécu dans la diarrhée du prochain combattant suprême à vie. Ne craignez personne, affichez-vous où vous voulez, l'art et la culture tunisiens sont dans l'égoût, vous, vous n'aurez jamais de fins de mois difficiles.
Derbali
MOHAMED MAHFOUDH
Le journaliste sous la dictée
La Tunisie n'a pas de pétrole. Mais elle a un homme et des journaleux qui ont une idée. Fixe ! Obsessionnelle !
L'article du 22 décembre 2000, publié par le journal gouvernemental "La Presse", sous la plume de son directeur Mohamed Mahfoudh est un morceau rare dans le genre. C'est aussi un mensonge fréquent comme sait en entretenir Mohamed Mahfoudh depuis le temps qu'il a cessé d'être journaliste, qu'il a attrapé le virus de la politique et que l'ambition prit chez lui le pas sur le devoir.
Mohamed Mahfoudh, en scribouillant "Un homme, une idée", ne se ment pas seulement à lui-même mais aussi au Général qui l'emploie et qui n'a pas hésité à le déplacer d'une fonction à une autre tout au long de cette décennie (de "La Presse" à la TAP, du ministère de l'Information au journal du parti "Le Renouveau" en passant par l'ATCE pour revenir à ses premières amours "La Presse"). Faut-il préciser que ce fût, soit à New-York lors de la célébration de l'anniversaire de l'ONU que lors du Sommet arabe extraordinaire, Ben Ali n'a cessé de clamer "une idée" : celle de la mise sur pied d'un Fonds international de solidarité (pour éradiquer la misère dans le monde et pour venir en aide aux Palestiniens). Quand on sait ce que lui et son entourage ont fait du 26-26, on a des raisons de douter de ses bonnes intentions. Et ce n'est pas sans arguments objectifs que les chefs d'Etat arabes avaient proposé, avant de lui attribuer la parole, la création d'un tel Fonds de solidarité pour aider les victimes de l'Intifada, parce qu'édifiés sur sa courte vue mais aussi sur sa stratégie de délinquant à la tête d'un Etat délinquant.
Lorsque Mohamed Mahfoudh publie sous la dictée d'Abdelwaheb Abdallah : "A l'unanimité, l'Assemblée générale de l'ONU adopte l'initiative de Ben Ali", il scribouille en menteur. Et lorsqu'il écrit, encore lui, :" C'est assurément à coups d'utopies que l'Histoire avance, que le progrès s'accomplit. Et parce que -fort heureusement- le monde n'est pas peuplé uniquement d'oiseaux de mauvais augure, l'initiative de Ben Ali, confrontée à la triste et inquiétante réalité du monde, a fini par s'imposer à la générosité des esprits, par la générosité même qu'elle véhicule et qui l'impulse ", il se conduit en imposteur. Car qui serait l'oiseau de mauvais augure sinon Mohamed Mahfoudh lui-même qui attribue à un Général-dictateur et corrompu une " générosité" qu'il n'a jamais eue ?
On a beau regarder les dépêches d'agences de presse crédibles. aucune trace de cette consécration "logique ! " d'un homme et d'une idée, ni du voeu d'humanisme visant la réalisation de l'Homme total, à partir d'une solidarité globale à l'initiative d'un Général en mal de légitimité historique.
En ces temps o* Ben Ali est de plus en plus isolé, de plus en plus contesté, et o* il ne cesse d'emprunter lui-même la voie de l'enfer, certains "intellectueux" comme Mohamed Mahfoudh seraient bien inspirés de mettre un terme au cautionnement débile qu'ils attribuent à un Général imbécile au gouvernement menteur. Et toc !
Slim Bagga