La peste et le choléra
Il aura fallu près de 40 jours de grève de la faim, l'indignation et le tollé général de la communauté internationale pour que le Général Ben Ali accepte de rétrocéder son passeport au journaliste Taoufik Ben Brik et mette fin aux poursuites judiciaires injustement engagées contre son frère Jallel Zoghlami.
Il aura fallu presque autant de jours de grève de la faim pour que deux militants de gauche, proches du POCT de Hamma Hammami, Abdelmoumen Belaanes et Fahem Boukaddous, soient libérés de prison.
Plus récemment, Il aura fallu 52 jours de grève de la faim pour que l'enseignant Taoufik Chaïeb, 38 ans, bénéficie d'une " grâce " présidentielle et quitte l'enfer carcéral.
Combien d'autres grèves de la faim faut-il pour que 1000 à 1500 prisonniers politiques et d'opinion recouvrent leurs droits et leurs libertés relatives, amoindris physiquement et le plus souvent irrémédiablement marqués psychologiquement ? Le régime du 7 novembre n'a-t-il pas ainsi commis assez de dégâts en tuant ou en laissant mourir des dizaines de ses opposants ?
Si nous posons ces questions aujourd'hui, ce n'est pas tant pour interpeller le Général Ben Ali ni pour tenter de lui faire raison entendre. Notre appréciation à son sujet est définie, et comme nous l'avons toujours soutenu sur ces colonnes, il n'y a rien à en espérer, il ne changera point. Il s'agit au contraire pour nous d'interpeller la société civile dans son ensemble et dans sa diversité afin qu'elle sorte de sa torpeur. Comme l'affirmait récemment le Professeur Marzouki : " Désormais, le mot d'ordre devrait être : plus de peur, plus d'humiliation ! "
Les rares acquis récemment obtenus par cette société civile grâce au soutien de la communauté et de la presse internationales doivent être consolidés et permettre d'ouvrir la voie à une réflexion globale sur une alternative sérieuse. Or, tout se passe actuellement comme si les quelques passeports et les quelques libérations arrachés étaient suffisants pour que les combattants de la liberté dorment sur leurs " lauriers ".
à persister dans cette voie, l'on fait indéniablement fausse route puisque, passé l'orage du printemps dernier et plus précisément dès l'annulation du périple américain, Ben Ali et sa dictature ont repris du poil de la bête : licenciement abusif du Dr Marzouki, nouveau procès intenté au Dr. Ben Jaafar, discours présidentiel musclé et particulièrement menaçant à l'occasion de l'université d'été du RCD, harcèlement de l'avocat Najib Hosni, tabassage jusqu'à ce que mort s'ensuive d'un motocycliste qui ne portait pas de casque, interpellation de plusieurs exilés qui ont récupéré leurs passeports et qui sont retournés au pays croyant naïvement à la volonté du régime de tourner la page, etc... Autant de faits relatés dans ce numéro et qui sont de nature à faire réfléchir les plus récalcitrants sur les visées du régime à l'horizon de 2004. D'ailleurs, comme nous l'ont confié certaines sources, des tee-shirts " Ben Ali Président en 2004 " ont d'ores et déjà été imprimés... Rien que cela ! Oui, le Général, sa milice du RCD et sa police se préparent déjà à cette échéance. Et les familles proches qui pillent la Tunisie l'y incitent avec ferveur.
Sans un véritable sursaut national, le peuple continuera encore à subir la dictature du Général et le pillage des deniers publics par les familles corrompues. Et Ben Ali et les 7 familles, c'est en quelque sorte la peste et le choléra...
MIEUX VAUT LE DIRE
Pas de 7 familles pour cette rentrée
Exceptionnellement, " L'Audace " n'évoquera pas beaucoup le jeu des 60 familles qui pillent la Tunisie (7 pour la rubrique). à partir du mois prochain, ce journal reprendra avec les véritables affaires de corruption.
Pour l'heure, il faut juste savoir que le prix du litre de lait est s 650 mllimes, qu'un professeur d'université ne peut pas manger de poisson deux fois par semaine, que l'huile d'olive est vendue à bas prix vers l'Europe, pour obtenir des devises que détournent les 7 familles, et que les entreprises publiques sont toujours bradées... Nous en reparlerons comme promis.
Problèmes s Gafsa : 1250 maîtrisards sans fonction dans la ville contestataire de Gafsa.
L'ami du Général Ben Ali, Mohamed Chokri, responsable au ministère de l'Intérieur pour accomplir en faveur de son généralissime président de basses besognes, a toujours la confiance de Ben Ali.
Nous sommes en mesure d'affirmer que depuis que Mohamed Chokri a " réoccupé " sa ville d'origine Gafsa, il n'a jamais réalisé une oeuvre utile au profit de la Tunisie, préférant vivre s l'ombre et acquérir des biens immobiliers, y compris dans la capitale s Tunis.
La déception est générale s Gafsa où le peuple de cette ville considère qu'il a joué de Ben Ali en ne rétablissant que l'aéroport militaire de la ville du temps de l'occupation française.
Rappelons que Gafsa comporte 30 % de ch(tm)meurs dont 1250 maîtrisards... Et que la seule chose reconnue par Ben Ali s son ami Chokri était d'avoir convoqué l'ancien procureur de la République, Hechmi Zammel, pour signer l'incapacité de Bourghiba une certaine nuit du 6 novembre.
Hless fait son pélerinage à son tour
Suite s la publication par " L'Audace " d'informations concernant Mohamed Hless, cadre au ministère de l'Intérieur, au sujet du fait qu'il s'est réfugié dans les toilettes s Gammarth s l'arrivée de son patron Mohamed Ali Ganzoui, il a effectué un voyage en Arabie Saoudite s la tête d'une délégation d'agents de la DST.
à son retour, il dit alors : " J'ai des problèmes, ce régime ne mérite pas qu'on l'aide. J'ai tout espéré de Ganzoui afin qu'il m'attribue le poste de la sécurité extérieure, il n'en a rien fait. C'est moi qui ai donné aux islamistes plus d'importance qu'ils n'en ont. Certains ont été récompensés sans le moindre effort, moi j'ai été mis sur le bord de la route ".
Aïssa Ben Farhat : encore lui
Le patron des renseignements généraux, Aïssa Ben Farhat, proche de l'ennemi juré de Ganzoui, Frej Gdoura, raconte au nom de ce dernier que celui-ci est arrivé trop tard dans les services de la sécurité. Il dit aussi que le traitement par Ganzoui de l'affaire islamiste a fait pourrir la situation dans le pays et que le régime ne s'en relévera jamais...BR>
Frej Gdoura marie son fils
Haj Frej vient de marier son fils aîné dans une petite salle " Le relais " du côté de la Soukra, entre l'Ariana et la Marsa. 55 chanteurs et danseuses ont animé ce mariage... gratuitement. Tous ces artistes avaient été convoqués par la Brigade des moeurs !
L'Université
Des manifestations et des mouvements de protestation viennent d'avoir lieu devant l'Université tunisienne s l'approche de la rentrée. De quoi s'agit-il ? Des enseignants qui passaient le Capes (certificat d'aptitude s la profession d'enseignant) ont été recalés car ils étaient fichés en tant qu'opposants ou proches de familles d'opposants. Certains parmi eux avaient obtenu des notes de 18/20 pendant que d'autres, avec 9/20 de moyenne, sont passés. Voils nos enseignants de demain.
Leila à Aïn Draham, Zine à Hammamet
Malgré toute la volonté des services de propagande de Ben Ali pour présenter au bon peuple l'image d'un couple présidentiel uni, tout le monde sait à présent que rien ne va plus entre Zinochet et Zinochette.
Ainsi, les observateurs ont remarqué et largement épilogué cet été sur les vacances de madame à Ain Draham et Tabarka, tandis que le Général occupait le palais d'Hammamet avec sa nouvelle dulcinée...
Mais ce sont des affaires privées et le Président n'aime pas que les journalistes évoquent la vie privée des citoyens. Alors... Silence ! !
La coiffure mène à tout !
D'ailleurs, de nombreux analystes s'inquiètent déjà du rôle que s'est mis à jouer la première Dame de Tunisie sur la scène politique.
Retranchée dans ses appartements à Carthage ou séjournant dans quelques régions de Tunisie, " Mimeila Papanbenaliou " reçoit bon nombre de décideurs politiques et économiques pour donner des directives qui sont exécutées à la lettre.
Les mêmes sources informées ont fait savoir à " L'Audace " que le Général ne s'occupe pratiquement plus de rien hormis la sécurité. Autant dire sa propre sécurité. Quant à Leila Trabelsi Ben Ali, elle aurait récemment affirmé en privé : " Qu'il mène sa vie comme il l'entend (sous-entendant les frasques sexuelles de son mari), moi, j'ai une famille et des intérêts à sauvegarder ".
Bravo l'union ! Voilà un ménage réussi.
Alliances dangereuses
Au sein de la famille présidentielle, on note avec étonnement le déclin de Slim Chiboub, gendre préféré du Général Ben Ali. Leila aurait réussi, en effet, à consolider le clan des Trabelsi grâce à certaines alliances qui peuvent paraître autant contre-nature que dangereuses.
Ainsi, tandis que Slim Chiboub a pu récupérer notamment le lobby sfaxien (voir la partie arabe et la liste des " mécènes " qui ont assisté à la soirée de l'Espérance), Leila Trabelsi a réussi à s'allier au clan du nord-ouest appelé " 08 " dont les chefs incontestables sont Abderrahim Zouari, secrétaire général du RCD et Mohamed Ali Ganzoui, secrétaire d'Etat à la sûreté, qui fait de l'ombre au sfaxien Abdallah Kallel.
À Carthage, elle maintient sous sa coupe Abdelwaheb Abdallah, porte-parole du Général, grâce à l'amitié qui la lie à son épouse. Et pour neutraliser le lobby sahélien, elle a drainé dans son clan des Tunisois dont le Président de l'Assemblée nationale Foued Mbazaa ou encore Abbes Mohsen, Hedi Jilani (son gendre et patron des patrons) ou Youssef Zarrouk ainsi que des sahéliens influents comme Abdelaziz Ben Dhia, homme de confiance et directeur du cabinet de Ben Ali, et l'homme d'affaires originaire de Kairouan Aziz Miled. Cette alliance entre les Trabelsi, la bourgeoisie tunisoise, les " 08 " et quelques décideurs sahéliens n'a d'autre but que de neutraliser le clan Kallel et le jusque-là omnipotent Chiboub qui vouent une grande haine au Sahel, ce que les originaires de cette région leur rendent bien à leur tour.
Reste une question que de nombreux observateurs se posent : que vient faire ici un ancien ministre des Affaires étrangères, originaire de Mahdia, qui se rapprocherait à son tour du clan Trabelsi par l'intermédiaire de son fils ? Il y a assurément du Kadhafi dans l'air...
" Je t'aime moi non plus "
Tout ce beau monde rassemblé, Leila la Tripolitaine s'attelle à manger du Hamed Karoui (ex-Premier ministre et actuel vice-président du RCD) et du Mohamed Jegham (ministre de la Défense) restés fidèles à Ben Ali et pas forcément aux Chiboub.
Leila ne veut que du bien à son Généralissime époux. D'ailleurs, les récents ennuis cardiaques de ce dernier ne sont pas de son fait. C'est la Tunisie qui est difficile à gouverner.
Les déboires de l'ambassadeur Bousnina
Mongi Bousnina, l'actuel ambassadeur de Tunisie en France, est, comme nous l'avions annoncé dans notre précédente édition, partant... Il sera remplacé avant la fin de l'année par l'actuel ministre du Tourisme, Slaheddine Maaoui et non pas par Mohamed Ali Bouleymane qui a été nommé PDG de la SITEP, en remplacement du chef de l'UDU, Abderrahmane Tlili. Pour autant les tracasseries de l'actuel ambassadeur n'en finissent pas : ainsi cet été Bousnina, qui aspirait à un poste à l'ALECSO qu'il n'est pas prêt d'obtenir, affirmait en privé : " On m'a proposé un poste de ministre, mais je n'en veux pas. Je veux prendre un peu de recul ou occuper un poste dans un organisme culturel ". Avant d'ajouter : " La politique est un terrain miné et après tout, j'ai suffisamment de quoi vivre si je n'obtiens pas ce que je veux. On a mis sur mon dos l'échec du gouvernement à dompter la presse française ; hors je ne suis pas un censeur et puis c'est le bilan du gouvernement qui est franchement négatif. D'ailleurs, Hedi Triki et Raja Farhat qui sont venus en éclaireurs à Paris pour vérifier mon travail, ont réussi à me savonner le plancher. Ce sont des hommes qui attribuent de l'argent de main en main pour obtenir de qu'ils cherchent. Ce que je ne sais pas faire ".
Bousnina et les juifs tunisiens
Toujours dans le cadre des aveux de l'ambassadeur dépité, il aurait affirmé qu'il accepterait néanmoins bien un poste d'ambassadeur à Tel Aviv car, dit-il : " Sur le plan relationnel, j'ai rétabli mes contacts et je trouve auprès de la communauté juive, beaucoup d'écoute ". Beaucoup d'écoute ? Cela reste à vérifier car son Excellence qui avait organisé début juillet un voyage de 120 juifs tunisiens originaires du Cap Bon et du Nord du pays, a essuyé un échec dans la mesure où seules 4 à 5 personnes ont effectué le déplacement dont un certain Lellou.
En conséquence, ce pèlerinage, qui devait constituer un coup de pub pour l'ambassadeur, a capoté.
Bousnina ne décolère pas
Depuis les révélations faites par " L'Audace " concernant la teneur exacte de sa conversation avec le maire sortant de Toulouse, Dominique Baudis, dans le bureau de ce dernier, Bousnina mène de nombreuses enquêtes sur l'origine des fuites. Il a même suspecté le consul de Grenoble, Hassine Frioui, qui avait gardé certains contacts à Toulouse, d'avoir donné certains détails sur cet entretien. Rappelons que ce sinistre consul a été rappelé définitivement à Tunis, d'autant plus qu'il se conduisait à Grenoble de la même façon honteuse qu'en poste à Toulouse : il payait une milice pour épier les opposants, montait des agents du consulat contre ceux de l'Amicale du RCD, etc... Mais de sources informées, Frioui serait impliqué dans de nombreuses affaires et traînerait plusieurs casseroles.
Ben Dhia cherche toujours acquéreur
Le directeur de cabinet du Général Ben Ali, Abdelaziz Ben Dhia, cherche un acquéreur pour sa propriété de Ramonville Ste Agne dans la région de Toulouse. Et c'est toujours le journaliste de " La Dépêche ", Jean-Jacques Rouche qui fait office d'intermédiaire avec les agences immobilières. Rappelons que le journaliste français a récemment passé 15 jours de vacances à l'hotel Phénicia à Sousse.
´ Expropriations à Monastir
Le ministère de la Défense entreprend d'exproprier une dizaine de maisons à Monastir pour, croit-on savoir, les attribuer à des proches et amis. A l'origine, ces maisons étaient certes destinées à des cadres de la défense et des militaires, mais finalement c'est la municipalité qui les a gérées. L'une de ces maisons était occupée depuis des années par le pharmacien Béchir Chernine, récemment décédé. Les occupants s'interrogent sur ce retour en arrière et refusent de s'y soumettre. Cependant, la Défense tient mordicus à son projet et prévoit de procéder avant fin décembre
´ Les obsèques de Bourguiba
Dans nos précédentes éditions, nous évoquions le refus des autorités tunisiennes d'accéder à la demande de certains chefs d'Etat qui avaient voulu assister aux obsèques du président Bourguiba en avril dernier, tel Bongo par exemple. Il en fut de même pour le président égyptien Moubarak. Nous savons aujourd'hui que le ministre égyptien de l'Information a lui-même téléphoné au palais de Carthage pour présenter les condoléances de l'Egypte et régler les détails du voyage du Raïs. Il lui fut opposé un refus catégorique pour cause de sécurité... parce qu'il s'agissait de funérailles strictement familiales. Et les interlocuteurs du ministre égyptien d'ajouter : " Si vous voulez avoir Bourguiba Junior au téléphone, nous ne voyons pas d'inconvénients ".
Rappelons enfin que le mausolée de Bourguiba est quasiment devenu un lieu de pèlerinage visité par un nombre impressionnant de gens. Ce qui ne manque pas d'exaspérer Ben Ali.
Bourguiba cité à Beyrouth
A l'occasion d'un colloque sur la francophonie tenu à l'Université St Joseph de Beyrouth, du 1er au 5 mai 2000, les organisateurs ont installé une banderole où était inscrit : " Bourguiba : " il n'est jamais interdit de construire sa propre demeure avec un matériau étranger ". Le secrétaire d'Etat à l'Information, Fathi Houidi, n'a pas été invité à participer à ce colloque.
Moncef Marzouki
Fin août à Johannesburg, Moncef Marzouki a participé à un colloque africain sur les droits de l'enfant, inauguré par l'épouse du président Mandela. Le professeur Moncef Marzouki a été désigné, mardi 5 septembre, président du Réseau africain des droits de l'enfant dont le siège est à Nairobi. Ce Réseau regroupe 9 pays africains dont la Guinée, le Kenya, le Lésotho, l'Afrique du Sud, etc... et parmi ses préoccupations majeures, le fléau du Sida qui ravage le continent africain et met en péril la vie de millions d'enfants.
Barbouzerie
Hédi Slim est, comme chacun le sait, le patron du RCD en France, 36 rue Botzaris. Dès qu'il est arrivé, succédant à Noureddine Hafsi, il a pris langue avec le patron des renseignements stratégiques installé en France, par ailleurs un ancien copain de Ben Ali. Dans l'esprit de Hédi Slim, il s'agissait (selon ses dires) de récupérer des agents de renseignements stratégiques négligés par l'ancien patron de la barbouzerie avant de mourir dans un atroce accident. Hédi Slim, qui a exercé la fonction de secrétaire général du RCD dans la ville sahélienne de Jemmal, voulait se refaire une virginité à Paris. Il se trouve que ce sont les populations de Monastir et de Jemmal qui le dénoncent à présent dans la mesure où cet ancien enseignant du secondaire ne dut sa promotion que grâce aux services rendus au parti au pouvoir dont il se sert.
Mieux encore, Hédi Slim s'était distingué à Jemmal pour son harcèlement de jeunes élèves (de jeunes filles de Touza, Zeramdine et Zaouiet Kontoch), d'où son surnom de " débauché de Jemmal.
Le RCD bouffe ses hommes
Kamel Hamzaoui est un membre du comité central du RCD. Il est aussi un homme d'affaires et industriel ayant pignon sur rue dans la région de Kasserine où il serait fort respecté de la population. A l'occasion de la dernière élection du comité central du parti au pouvoir, Abdallah Kallel, actuel ministre de l'Intérieur et toujours trésorier du parti, a tout mis en ìuvre pour qu'il ne soit pas élu. La ville de Kasserine connaît alors de sérieux remous, et, pour calmer l'ambiance, Ben Ali en personne le nomma sur sa liste nationale en tant que membre du comité central. (Selon les statuts du RCD, 2/3 des membres du comité central sont élus et 1/3 directement nommé par le président). Mais au lendemain de l'élection, Abdallah Kallel monta contre l'industriel une affaire de toutes pièces et parvint à le faire condamner à 12 ans de prison. Depuis 20 mois, Kamel Hamzaoui est donc incarcéré. Il a été déplacé de la prison de Kasserine à celle du Kef pour l'éloigner de sa base.
L'affaire ne s'arrête pas là puisque la famille et les amis de l'homme d'affaires sont en possession d'un dossier solide prouvant sa non-culpabilité, voire la supercherie du trésorier du parti.
Après de nombreuses lettres adressées au Président lui demandant audience et restées sans suite, 150 personnes originaires de Kasserine se sont déplacées le 16 juin dernier au Palais de Carthage pour protester et demander qu'une délégation soit reçue par Ben Ali. Résultat de ce geste : 150 policiers sont sortis du palais et se sont rués vers eux pour les agresser. Des coups violents ont été échangés à la porte du palais. A titre d'exemple, le propre frère du responsable rcdiste, Moncef Hamzaoui, a été sérieusement amoché. Un certificat médical fait état de 29 jours d'arrêt de travail, et sa plainte pour agression n'a pas été reçue.
A LA UNE
Tunisie-Lybie :
L'histoire d'une union secrète
À l'automne 1988, le Général Ben Ali, qui venait d'entamer une série de rapprochements avec des pays voisins ou amis, froissés par l'éviction de Bourguiba, invite le bouillonnant Gueddafi. pour une visite officielle en Tunisie. Le colonel libyen y prononça même à l'Assemblée nationale un discours de triste mémoire, puisqu'il choqua toute la classe politique, jusqu'aux députés destouriens (à l'époque, les 136 députés étaient issus du Parti socialiste destourien) obligés de l'applaudir, en affirmant en substance qu'avant l'avènement au pouvoir de Ben Ali, la Tunisie n'avait pas d'hommes, ni de passé, ni de présent, ni d'avenir...
C'est que le colonel Gueddafi et le Général Ben Ali se connaissent de longue date. Et leurs relations sont longtemps demeurées un mystère ! Le premier n'avait-il pas proposé le second comme ministre de la Sûreté à l'occasion de la signature de l'éphémère union des deux pays le 14 janvier 1974 à Djerba ? À cette époque, la République arabe unie n'ayant pas survécu, le Premier ministre Nouira, artisan avec Wassila Bourguiba, de l'échec d'une République mort-née, ne voulait plus d'un Ben Ali à un poste aussi sensible que celui des renseignements militaires que l'actuel président dirigeait alors avec le grade de commandant. L'ancien Premier ministre, bien que ce fût lui qui propulsa Ben Ali sur recommandation du Général Kéfi, son premier beau-père, avait de sérieuses raisons d'émettre des doutes sur un homme qui, quelques semaines auparavant, venait d'être proposé à la tête de la Sûreté par un chef d'Etat libyen, de surcroît l'instable Gueddafi.
Finalement, au courant de la même année 1974, Ben Ali est limogé de son poste et muté à Rabat en tant qu'attaché militaire à l'ambassade de Tunisie au Maroc. Où il ne brilla pas par sa rectitude et laissa même ... une ardoise d'impayés. Mais, c'est là une autre histoire.
Revenons maintenant à 1988 : Ban Ali sait pertinemment que Gueddafi n'a pas abandonné ses velléités unionistes et ce dernier n'ignore pas que la Tunisie manque de moyens, de ressources et particulièrement de pétrole. Ils évoquent ensemble l'affaire du Plateau continental qui a longtemps empoisonné les relations tuniso-libyennes et dont la bataille juridique a été perdue par la Tunisie. C'est ainsi qu'en " philanthrope " avisé, Gueddafi. céda à la Tunisie l'exploitation d'une partie du Plateau continental situé dans les eaux territoriales tunisiennes. Et en contrepartie, il réclame l'Union, ce qui permettrait à tous les Tunisiens de profiter de la manne pétrolière. Ben Ali accepte tout en demandant un délai pour l'annonce officielle concrétisant ce mariage secret.
Chacun pensait avoir roulé l'autre
Ainsi, disposant du précieux document signé de la main de Ben Ali, le colonel Gueddafi était-il rentré en Libye satisfait. Il était, en outre, persuadé qu'à tout moment, il pouvait en user pour faire pression sur son homologue tunisien. D'un autre côté, celui-ci pensait pouvoir faire patienter aussi longtemps qu'il le voulait son partenaire pendant qu'il exploitait une partie des gisements du Plateau continental. Ce qui s'avéra une entourloupette gueddafienne dans la mesure où l'on sait aujourd'hui que les Tunisiens n'ont rien tiré de cette exploitation.
Entre temps, la crise du Golfe éclata et l'affaire Lockerbie met définitivement la Libye au ban de la communauté internationale, raison pour renvoyer aux calendes grecques la promesse de Ben Ali de concrétiser cette union par une annonce officielle commune. Ajoutée à cela l'attitude officielle de la Tunisie à l'égard des ressortissants, touristes et hommes d'affaires libyens durant les années d'embargo. À Tripoli, on estime en effet que Tunis a largement profité de ces années d'isolement de la Jamahiriya et s'est honteusement conduit à l'égard de son voisin du sud-ouest. Pourtant entre hommes de parole... il n'y avait vraiment pas de quoi...
Aujourd'hui que la Libye a livré ses deux ressortissants présumés impliqués dans l'affaire de Lockerbie, l'embargo est levé partiellement et le pays sort peu à peu de son isolement. A un autre niveau, la nouvelle crise énergétique qui se dessine à l'horizon fixe déj&agrav à 32F (6 dinars) pour 1 US* à 7 francs (ou 1,3 dinar). Situation préoccupante pour une Tunisie qui connaît de sérieuses difficultés économiques et dont la petite production pétrolière est destinée à l'exportation. Pour sa part, l'entreprise tunisienne de raffinage de pétrole a vu son déficit se multiplier par trois dans les six premiers mois de l'année 2000.
C'est ainsi que Ben Ali entreprit de se rendre récemment en Libye pour demander un geste de son ami Gueddadi. Et il dut se résoudre sous la pression de ce dernier à signer un accord bilatéral dicté par Gueddafi, prévoyant la non-application des sanctions internationales susceptibles de frapper l'un ou l'autre des deux Etats. En outre, ils ont envisagé de créer une télévision mixte tuniso-libyenne pour tenter de combattre ou de contrecarrer la TV qatarie El Jazira qui évoque souvent sur son antenne es atteintes aux droits de l'homme dans les deux pays respectifs. D'ailleurs, les ambassadeurs tunisien et libyen à Qatar ont été rappelés par les deux guides des " révolutions " du 1er septembre et du 7 novembre.
Reste le pétrole : " Appliquons l'Union " a répondu Tripoli et Tunis profitera à part égale de la richesse libyenne.
Cet accord d'union existe bel et bien. L'ancien numéro 2 de la Jamahiriya libyenne, Abdessalem Jalloud en avait même montré une copie à Mohamed Mouaba, président du MDS, dès le début des années 90. Et l'ambassadeur de Libye en Tunisie en a personnellement fait état, lors d'une interview, sur les colonnes du journal " Essabah " à la même époque.
Il fut un temps où les plus grandes erreurs de Bourguiba s'accomplissaient dans la transparence. Aujourd'hui, sous le joug de Ben Ali, on brade le pays, on ille ses richesses, on s'unit avec des Etats instables dans le secret le plus total. Pourtant, tout finit par se savoir...
Slim Bagga
Ben Ali s'en va-t-en-guerre
contre l'opposition réelle
Le 28 juillet, à l'occasion de l'ouverture de l'Université d'été du RCD (le parti au pouvoir), comme si ce Parti avait quelque chose à apporter à ses militants ou au pays en singeant certains grands Partis politiques européens, le Général Ben Ali a prononcé un long discours. Fidèle à lui-même, les yeux rivés sur les pages qui lui ont été rédigés par ses valeureux conseillers, complices de sa tyrannie la plus sombre, il s'est évertué à rendre hommage à son Parti, à ses comités de quartier, bref à tous les espions qui l'entourent et qui applaudissent à sa folie meurtrière.
Mais le Général-président ne s'arrêt pas là puisqu'il fustigea l'opposition réelle (non pas celle qui lui servit de décor lors de la dernière parodie électorale) et promit de faire respecter la loi parce qu'à ses yeux les démocrates et ceux qui se réclament des droits de l'homme sont les ennemis de la loi... (voir des extraits de ce discours, notamment en ce qui concerne l'opposition qui trouble la dictature tranquille).
Dans la foulée, le Dr Mustapha Ben Jaâfar publia un communiqué le 3 août pour apporter certaines réserves à ce discours et à son esprit tutélaire. Le secrétaire général du Forum démocratique a été interpelle, conduit au commissariat de la capitale (La Kasbah) et interrogé. Convoqué le jeudi 24 août chez le procureur de la République, il refusa de lui répondre car la dizaine d'avocats qui l'accompagnaient ont été empêchés d'assister à l'audience. Ce furent alors prés de 90 minutes de palabres, durant lesquelles le procureur d'un côté et les avocats du Dr Ben Jaâfar de l'autre, interprétaient la loi concernant leur droit d'accompagner leur client... (voir le communiqué du Dr Ben Jaaâar, également en arabe).
Ainsi, tout semble laisser croire que le régime, qui n'a jamais par ailleurs amorcé une ouverture, mais qui a tout simplement libéré quelques prisonniers grévistes de la faim en danger de mort, attribué certains passeports parmi des milliers qui ont été confisqués à la suite des affaires Ben Brik et Ben Fadhl, à le veille du voyage présidentiel avorté aux USA, reprend explicitement avec le langage dur, les pratiques coutumières condamnables et les menaces pour terroriser le peuple.
Sinon, comment interpréter la reprise du service de ses scribouillards à la bave fétide, qui publient des textes immondes dénigrant les Ghannouchi, Marzouki, Mzali, Bennour, Karker, Chammari, Laarayedh, Sfar, Bagga, etc ?
Comment interpréter le limogeage arbitraire du Dr Moncef Marzouki par le biais d'un conseil de discipline aux ordres du ministère de la Santé, son employeur, au lendemain de son séjour en Europe au mois de juillet dernier ?
Nous l'avons toujours dit sur ces colonnes : le pouvoir sanguinaire ne changera jamais. Il faut être aveugle pour ne pas s'en apercevoir.
L'Audace
Qui vole un bìuf est puni, qui vole un pays devient PrinceGibran
A LA UNE
La lettre des sénateurs américains à Ben Ali
Le Congrès des Etats-Unis
Chambre des Représentants
30 juin 2000-09-05
L'Honorable Zine al-Abidine Ben Ali
Président de la Tunisie
C/o L'Ambassade de laTunisie
1515 Massachusetts Avenue NW
Washington DC 20005
Monsieur le Président Ben Ali :
Nous vous écrivons cette lettre pour exprimer notre préoccupation concernant la situation des droits de l'Homme dans votre pays, et pour vous inciter à libérer tous les prisonniers politiques en Tunisie.
Selon des rapports d'Amnesty Internationale et de Human Rights Watch, des centaines de prisonniers politiques tels queSadok Chourou, Hamadi Jebali, Alli Laarayidh, Ziad Doulatli et Habib Ellouz sont en prison depuis 1990. Leurs corps ont été affaiblis par des années de détention dans des cellules humides, par la torture et la malnutrition. Beaucoup d'entre eux vivent au régime cellulaire durant les dix dernières années. Le régime cellulaire pendant une telle longue période est une atteinte à la loi internationale et une violation de leurs droits humains élémentaires.
Nous pensons que pour que la Tunisie devienne un partenaire à part entière au sein de la communauté internationale, elle doit respecter et suivre es lois et les conventions internationales, telle que la Déclaration des Droits de l'Homme. Au moment où le monde se dirige vers plus de libertés et de respect pour les droits de l'Homme, il est décevant de constater que des centaines de prisonniers politiques sont encore dans les prisons tunisiennes uniquement pour leurs opinions politiques. Durant ces dix dernières années, la Tunisie a fait beaucoup de progrès pour la libéralisation de son économie ; nous espérons voir les relations entre nos deux pays s'améliorer. Mais cela n'est envisageable que si la Tunisie améliore sa conduite au niveau des doits de l'Homme et respecte les droits fondamentaux de liberté de religion et d'expression.
Nous sommes d'accord avec le Vice Secrétaire d'Etat pour la Démocratie, les Droits de l'Homme et le Travail Harold Koh, qui a déclaré lors de sa visite en Tunisie le 15 juin 2000, que " la Tunisie peut compter sur notre soutien dans ses efforts d'élargir le pluralisme au niveau du système politique et du processus électoral, et de promouvoir des médias ouverts, professionnels et indépendants afin d'assurer la possibilité à tous les Tunisiens de voyager, de s'exprimer et de se réunir dans des associations indépendantes, y compris les organisations de droits de l'Homme.
Nous prenons aussi note de la résolution du parlement Européen du 15 juin 2000 " exprimant son inquiétude à propose de la situation des droits de l'Homme en Tunisie et interpellant le gouvernement tunisien pour qu'il prenne des mesures sérieuses afin de garantir le respect des droits de l'homme et la démocratie.
Par conséquent, nous vous conseillons vivement de :
1- libérer tous les prisonniers politiques et déclarer une amnistie générale.
2- Mettre un terme aux pratiques de la torture en Tunisie et mettre en place un tribunal spécial et indépendant pour traduire en justice tous ceux qui sont responsables de la torture.
Nous espérons que vous répondrez favorablement à cette lettre. Nous vous assurons que les relations entre nos deux pas s'amélioreront davantage si la Tunisie prend des mesures positives et immédiates afin de garantir les droits humains de ses citoyens.
Nous vous prions d'agréer, monsieur le Président, l'expression de nos sentiments les meilleurs.
Tom Campbell
Membre du Congrès
Ciro D. Rodriguez
Membre du Congrés
Robert Erlich
Membre du Congrés
Nick J. Rahall
Membre du Congrés
John Conyers, Jr.
Membre du Congrés
John E. Sununi
Membre du Congrés
Edwards R. Royce
Membre du Congrés
David Bonior
Membre du Congrés
Donarld A. Manzullo
Membre du Congrés
Denis K. Kucinnich
Membre du Congrés
John Edward Porter
Membre du Congrés
Cynthia A. Mc Kinney
Membre du Congrés
Nick Lampson
Membre du Congrés
Dana Rohrabacher
Membre du Congrés
ECONOMIE
Depuis l'indépendance, la Tunisie a su maintenir des rapports privilégiés avec les USA et l'Europe, et des relations étroites avec la France, dans l'intérêt commun. À cette fin, les USA, par exemple, assurent à la Tunisie toute une panoplie d'assistance militaire, y compris le financement extérieur militaire (FME), l'instruction et la formation internationale militaire (IMET) et des Articles de défense (FDA) sous le chapitre 515 relatif à l'Assistance extérieure (Forein Military Act).
D'autre part, dans le nouveau contexte de la nouvelle économie globale, la Tunisie s'est dotée de divers instruments de libéralisation de son économie :
3- réforme structurelle avec l'aide du FMI et de la Banque Mondiale ;
4- simplification de la fiscalité ;
5- restructuration partielle du secteur bancaire et financier ;
6- privatisation d'un certain nombre d'entreprises publiques ;
7- réduction des contrôles des prix intérieurs et à l'exportation ;
8- simplification du code et des opérations d'investissement ;
9- création de zones franches.
Ce mouvement a été accéléré par la signature d'un Accord d'association avec l'Union européenne en juillet 1995 et entré en vigueur le 1er mars 1998. Selon les termes de l'accord, les produits industriels tunisiens ont un libre accès sur les marchés européens, alors que les produits industriels européens ne seront plus soumis à restriction ou imposition de façon graduelle (60% dans une période de 5 ans et les 40% restants dans une période de 12 ans) afin de permettre à l'industrie tunisienne, à travers un programme de mise à niveau, d'être en mesure d'affronter la compétitivité sur les marchés extérieurs.
En ce qui concerne les produits agricoles, les termes de l'Accord prévoient leur entrée libre sur les marchés européens 20 ans après l'entrée en vigueur de l'Accord.
L'Accord porte également sur le renforcement de la coopération dans les domaines de l'éducation, la recherche scientifique, la formation professionnelle et le transfert de technologies. Depuis l'entrée en vigueur du programme MEDA de réorientation de la coopération financière au 31 décembre 1999, l'UE a approuvé des projets et des programmes de coopération pour un montant de 458 millions d'euros, plaçant la Tunisie parmi les premiers partenaires méditerranéens bénéficiaires de l'aide financière européenne. Cette aide s'est appliquée dans les domaines suivants :
10- réformes économiques : deux opérations d'ajustement structurel (SAF, Structural Adjustement Facility) cofinancées par la Banque Mondiale pour un total de 180 millions d'euros ;
11- développement du secteur privé, pour un total de 40 millions d'euros ;
12- programme de rééquilibre social (développement rural intégré et gestion des ressources naturelles, protection de l'environnement urbain, création d'emplois, réforme du système de la protection sociale) pour un montant de 100 millions d'euros ;
13- prêts pour la réalisation de projets d'infrastructures.
Ces choix peuvent être en partie condivisibles. Les réserves importantes que l'on peut et doit exprimer concernent la faiblesse et en même temps la non-crédibilité des négociateurs tunisiens en face de leurs homologues internationaux, à cause de l'absence de débats en Tunisie sur des questions aussi cruciales. La société civile n'est pas impliquée dans ces choix. Les données sont biaisées au départ, les résultats seront loin de l'optimum même dans un contexte extérieur favorable. Non pour nos partenaires et amis qui sauront veiller sur l'application des accords, en particulier sur la capacité du pays à rembourser ses dettes.
En effet, la Tunisie, dont les exportations vers l'Europe représentent environ 80%du total et qui prévoyait de les augmenter de façon significative, à la suite des accords conclus, doit au contraire relever une légère détérioration de sa balance commerciale, comme on peut le constater sur le graphique suivant
Le rapport du FMI sir l'économie tunisienne de juin 1998 contient des appréciations sur les performances enregistrées. Effectivement, si on compare l'évolution économique dans les années 1983-1989 avec celle de la décennie successive, on peut noter une amélioration générale. Le produit national brut par habitant qui stagnait entre 1466 et 1473 US$ est passé à 2129US$ en 1999. Il serait toutefois exagéré de crier au miracle puisque le PNB/hab. avait même doublé au cours des années 1970-1982, passant de 722 à 1478 US$, sans avoir bénéficié d'un concours extérieur aussi massif.
La Tunisie n'a donc pas su profiter du retour à l'expansion de l'économie européenne après la Crise du Golfe. On ne peut non plus évoquer la crise asiatique récente qui n'a pas d'impact direct sur l'économie tunisienne. Le pays reste encore plus dépendant des conditions climatiques que de l'évolution des marchés extérieurs.
D'ailleurs, le même rapport du FMI ne manque pas de mettre sérieusement en garde la Tunisie contre le risque de prochaines difficultés si le train des réformes ne prend pas une certaine accélération. C'est que, note le FMI, les réformes structurelles procèdent généralement avec une certaine lenteur. La Tunisie respecte bien sûr ses engagements vis-à-vis de l'Organisation mondiale pour le commerce (OMC), relativement aux diverses restrictions et réductions tarifaires, mais dans le domaine des privatisations et de la restructuration du système bancaire, il reste à gagner " un certain momemtum ", grâce aux conditions relativement favorables du marché monétaire au vu de la dette à court terme du pays.
Le FMI ne dissimule pas ses critiques dans les secteurs importants de l'emploi, de la mobilisation, de l'épargne et de l'investissement privé.
En fait, le pays a un besoin urgent de reformuler toute sa politique macro-écomonique, autrement le rééquilibrage de la balance commerciale serait un target bien difficile, et en conséquence toute politique sociale serait renvoyée sinc die. L'emploi et les salaires dans le secteur public ne pourraient pas être maintenus, si le budget de l'Etat continue à souffrir des mesures de libéralisation, à moins que l'Etat ne décide de se retirer, par exemple, des secteurs de l'éducation et de la protection sociale, malgré la présence d'une pression démographique continue. La paix sociale a besoin d'une croissance soutenue et la croissance a, plus que jamais, besoin d'une réforme structurelle sérieuse qui puisse encourager l'épargne et l'investissement dans la transparence.
Abou Elyes
Notes estivales
Ce 16 juin 2000, un jeune Tunisien, pauvre et anonyme, s'est jeté du 6e étage d'un immeuble parisien. Fraj : la trentaine, sportif accompli, très bien dans sa peau du moins en apparence avec ses jeans 501, perfecto, catogan, mèche blonde sur le côté, beau gosse. Un pur produit de la société de consommation qui dénature toutes les valeurs et gomme toutes les certitudes, qui coupe tout lien social et occulte toute référence culturelle. Très cher Zinétron, il s'agit bien d'un vulgaire suicide selon l'enquête du Procureur de la République et d'après le Code pénal, tu n'y es pour rien dans cette tragédie. Mais nous savons tous que depuis le 7 novembre, date du sacre de tes ignominies, les proposés au suicide et les morts-vivants se ramassent à la pelle dans les caniveaux et que nombreux sont ceux qui, à l'image de Fraj, ne veulent pas crever à petit feu dans l'exil et l'errance des sans papiers clandestins. D'autres agonisent dans ton système, déchus, délavés, déshumanisés en pleine enfance, en pleine jeunesse, pour l'avoir à tout prix, aux dépens de l'être par l'émulation de l'âme et de l'esprit. Pauvres momies, muettes et désespérées, larguées par tes janissaires au fond des cafés maures, au fond des bordels clandestins, dans la pédophilie des charters bourrés de devises qui vont gonfler tes comptes argentins et ceux des 7 familles de ta grande entreprise de démolition, qui vident le pays de toutes ses forces vives. Des Fraj qui ont fui ta misère codifiée, ta folie sécuritaire, ta frénésie de Picsou, ils sont des centaines de milliers en Tunisie qui se suicident suite au désespoir du chômage, de l'alcool, de la drogue, de la prostitution et du crime crapuleux. Des jeunes et des vieux, dopés par la haine et le mépris de soi devant la richesse étalée des spéculateurs, des crapules et des arrivistes de tes clans. Qui n'ont pour mérite et pour diplôme que leur absence de conscience et leur manque de répugnance devant le sang et les larmes des orphelins et des pauvres gens. Qui donneraient le cul de leurs mères pour être dans le coup, qui se servent des rondeurs de leurs femmes et de leurs filles comme monnaies d'échange, comme le plus nécessaire à toute transaction. Cher Zinétron, le taux de suicide des Tunisiens est un des plus élevés du monde. Dans les rues de Tunis et de toutes les grandes villes du pays, on est frappé par la criante aliénation mentale et économique qui dégrade le quotidien du citoyen, fantôme tunisien, aux repères sociaux et culturels partants et traumatisés, aveuglés par la contrefaçon. Partout, la virgule Nike, tatouée à l'encre de chine, au fusain, au sperme, à même la peau des belles de plage, à même la tôle des taxis, à même les bijoux artisanaux et je ne te parle pas de toutes les autres marques... Les autres grandes marques qui collaborent à tes hérésies et à la voracité diabolique de tes enfants.
Cher Zinétron, reviens sur terre, prépare-toi à affronter le verdict de l'histoire : ton portrait de glandeur ménopausé, de big brother affiché dans tous les lieux, et nulle part ailleurs que dans tes insomnies, et tes suffisances prennent vraiment des rides. Tu ne peux plus désormais berner ton monde, personne ne te croit plus ! On sait, tout le monde sait, que tu nous prépares la présidence à vie ! Quel homme de Cros magnon, quel pauvre type, quel bouffe-merde prendrait le risque de s'afficher avec toi ? Ou même de prendre le thé en privé avec toi ? Cher Zinétron, tu es cerné par ta propre bêtise, l'horreur est humaine mais vraiment dans ton cas, elle est l'unique essence de ta petite pensée.
Derbali
Courrier
Je tiens à saluer votre courage car " L'Audace " est le seul journal écrit par des Tunisiens qui dénonce les pratiques scandaleuses du régime du Général Ben Ali. Nous avons appris il y a déjà quelques jours, que Ben Ali était sur le point de divorcer Leila Trabelsi et toute la Tunisie s'est réjouie de cette nouvelle, tellement les Tunisiens détestent cette famille de voyous et de gangsters qui ont le ministère de l'Intérieur entre les mains, avec à leur tête Abdallah Kallel et Mohamed Ali Ganzoui. C'est Leila et ses frères Trabelsi qui gouvernent la Tunisie. D'ailleurs, après la dispute, ils n'arrêtent pas de dire à leurs proches que Ben Ali ne divorcera jamais de Leila car elle a beaucoup de dossiers sur lui. On s'imagine que ce ne sont pas des dossiers de corruption mais un dossier d'assassinat, celui de l'ex-amant de Leila (...). Par contre, une chose est certaine, plus rien ne marche entre les deux époux depuis le fameux voyage du couple présidentiel au Portugal, annoncé par tous les journaux et la radio... Sur le chemin qui mène à l'aéroport, le cortège présidentiel s'est arrêté à El Aomika pendant une demi-heure pendant que Ben Ali et sa femme se bagarraient en voiture : le couple s'insultait tellement que même le chauffeur a dû quitter la voiture. Lorsque le cortège est reparti, ce fut pour accompagner Ben Ali à l'avion, seul et sans sa femme. Trois jours plus tard, les journaux expliquaient aux pauvres Tunisiens que la fille de Ben Ali était souffrante, ce qui avait obligé Madame Leila d'annuler son voyage. Quelle mascarade, encore une fois ils prennent les Tunisiens pour des idiots. Mais la vraie histoire, nous l'avons su comme rien ne se cache en Tunisie.
La cousine de Leila Trabelsi, une employée à la STB du Fram M. Hajiir Belhadj épouse Lakhdar, s'occupe d'amener les sorciers et la sorcellerie. Depuis l'histoire de Rum Jenhani, ce sont les cousines de Leila qui s'occupent de cette mission, vu que la mère " Hajja " et les sìurs de Leila ont peur de la surveillance de Ben Ali.
A Salambo, cette Jaja Belladone a forcé la porte d'une villa appartenant à 2 vieilles italiennes, placées dans un asile pour vieillards par l'Ambassadeur d'Italie. Bien sûr, les voisins ont compris le manège et alerté la police qui est aussitôt repartie : le chef de la police a vite compris qu'il s'agissait de la " famille royale ". Seulement les voisins ont écrit à l'ambassade avec tous les détails concernant les " nouveaux propriétaires " de la " Villa Lydia ", entre autres les visites quotidiennes de la tante " Hadja Nana " avec la grosse Mercedes et les gardes du corps de la Présidence, etc... Les Italiens ont envoyé un courrier par voie diplomatique sans recevoir de réponse. Et puis un fax a été envoyé au Président à Carthage et le scandale éclate : Ben Ali monte en flèche comme si c'était la première maison dont s'emparait la famille royale. Et la villa de Madame Leman encore aujourd'hui habitée par " Hadja Nana ", la mère de Leila Trabelsi ? Combien de biens d'étrangers est ce que la famille Trabelsi s'est octroyée ? Ils sont 11 frères et sìurs, ils ont ramassé des milliards et continuent à piller la Tunisie avec une vulgarité sans pareil. Combien des temps est ce que le peuple tunisien va les supporter ?
Ben Ali, réveille-toi sinon la rentrée va être chaude et débarrasse-toi de cette famille de voyous, au moins tu pourrais sauver sa peau et terminer ton dernier mandat. C'est toute la Tunisie qui est contre et qui ne parle que des extravagances de la famille de Leila Trabelsi, surnommée " Les Libyens ".
Monna Ben Salah
Paris, le 14 juillet 2000
Il met ses enfants à la vente au marché des bestiaux
L'invraisemblable drame d'un père
par Moncef Marzouki
Dans mon pays aujourd'hui, un peuple sans souveraineté, un Etat sans crédibilité, une politique sans boussole et des enfants à vendre.
Dimanche 8 juin, au milieu du souk de la ville de Douz, dans le Sud tunisien, dans la partie destinée au commerce du bétail, s'est installé un instituteur affamé depuis trois jours. M. Ali Sghaïer Ben Salem Ben Mohamed proposait ses quatre enfants, aussi affamés que lui, à la vente. Voici le texte de la lettre qu'il m'a envoyée et que je prends sur ma responsabilité de faire parvenir au peuple tunisien et à tous les défenseurs de la dignité de l'Homme dans le monde.
" J'ai passé de nombreuses années dans les prisons du régime en Tunisie, sous l'accusation d'appartenance à une association non autorisée. J'y ai connu toutes sortes de tortures et d'humiliations, dont je souhaiterais perdre jusqu'au souvenir, tellement cela était dur et cruel.
Ensuite, je suis sorti de prison et j'ai été jeté dans les tourments de la société. Je me suis retrouvé confronté à une longue liste d'interdits :
Interdit de travailler, interdit de voyager, interdit d'exprimer la moindre revendication civique, fût-elle modeste. Je me suis retrouvé dans une prison encore plus grande. J'ai tenté de trouver un travail, quel qu'il fût pour pouvoir subvenir aux besoins alimentaires de mes enfants. Je n'y suis pas parvenu, car les agents de la sécurité ont terrorisé tout le monde et les ont menacés de toutes les foudres s'ils venaient à m'apporter toute forme d'aide ou si d'aucun osait m'employer pour n'importe quelle tâche. Toutes les voies s'étaient fermées devant moi et je me suis retrouvé incapable de subvenir aux besoins les plus élémentaires de mes enfants, alors que j'avais maintes fois tenté de trouver un emploi, quel qu'il soit par lequel j'aurais sauvegardé ma dignité, même s'il ne permettait que le strict nécessaire. Il n'est rien de plus cruel pur un père que de voir ses enfants se tortiller de faim et se gangrener de maladie, alors qu'il reste plongé dans l'impuissance, désoeuvré et ne voyant aucun début de solution qui le sortirait du drame, face à un régime qui nous prive des ressources d'une vie digne, comme il prive les chômeurs de la carte de soins. Ce sont là des châtiments collectifs que prohibent toutes les législations sans exception. Dans le même temps, le pouvoir prétend préserver les droits de l'homme.
Cela peut être vrai à un certain point, mais à la condition que l'homme en question soit affilié au parti au pouvoir et donc un supporter du régime en place. Pour toutes ces raisons, j'ai résolu de proposer mes enfants à la vente. Peut-être parviendrais-je ainsi à secouer quelques consciences qui pourraient partager mon drame et celui de milliers de déshérité comme moi ".
Ceci n'est qu'un exemple parmi d'autres des drames silencieux dont souffre notre peuple.
Parce que c'est le pouvoir qui transgresse à tout bout de champs les lois élémentaires de la patrie et du monde.
Parce que durant des années, il a confisqué la plupart des droits individuels et la totalité des libertés collectives du peuple, se contentant d'une politique changeante visant à tromper l'opinion.
Parce que ce pouvoir refuse de prendre la mesure incontournable qu'est l'amnistie générale en vue de mettre fin à ces drames qui ...
M.M.